Zika et microcéphalie : un pourcentage vient compliquer un peu plus l’équation de santé publique

Bonjour

C’est le premier pourcentage concernant le risque, pour une femme enceinte infectée par le virus Zika, de donner naissance à un enfant présentant une microcéphalie. Mais loin de les simplifier il vient compliquer un peu plus une équation de santé publique d’une particulière complexité.

« Une mère infectée par le virus Zika au premier trimestre de sa grossesse a un risque de l’ordre de 1% d’avoir un bébé atteint de microcéphalie soit 50 fois plus qu’en temps normal, selon la première étude à quantifier ce risque, réalisée par l’Institut Pasteur, résume l’Agence France Presse (Brigitte Castelnau). ‘’Le premier trimestre de la grossesse est le plus à risque, le plus critique », dit le Dr Simon Cauchemez, principal auteur de l’étude, basée sur des calculs mathématiques et publiée mercredi dans la revue médicale The Lancet. »

On trouvera ici le résumé de cette publication :  “Association between Zika virus and microcephaly in French Polynesia, 2013–15: a retrospective study”. Une publication reprise par The New York Times : “Study of Zika Outbreak Estimates 1 in 100 Risk of Microcephaly.

Travail mathématique rétrospectif

Ce travail est fondé sur une analyse de modélisation mathématique réalisée à partir des données collectées pendant et après de l’épidémie de Zika qui, en 2013 et 2014 a sévi en Polynésie française, touchant 66% de la population. Elle se fonde sur l’identification rétrospective des cas de microcéphalie observés entre septembre 2013 et juillet 2015. Selon les calculs assez sophistiqués de ces chercheurs  1% des foetus ou nouveau-nés dont la mère a été infectée au cours du premier trimestre de grossesse ont présentés une microcéphalie. Le risque, en dehors de tout épisode épidémique, est estimé à  0,02%  – soit un risque multiplié par un facteur 50. Cette étude ne porte toutefois que sur huit cas de microcéphalie, dont sept apparus durant les quatre mois qui ont suivi l’épidémie de Zika.

« Le modèle rendant le mieux compte de la réalité est celui d’une infection au cours du premier trimestre de grossesse. Avec les examens sérologiques pratiqués chez les femmes enceintes et attestant ou non d’une infection par le virus Zika, les chercheurs ont évalué à 0,95 % le risque pour une femme enceinte infectée au cours du premier trimestre de grossesse d’avoir un enfant microcéphale, résume Le Monde (Paul Benkimoun). Compte tenu de la qualité des données presque exhaustive selon les chercheurs, l’étude apporte donc un argument puissant et inédit de l’implication du virus Zika dans la flambée de cas de microcéphalies observées en Amérique latine et dans les Caraïbes. »

Zika et rubéole

Contextualiser ? « Ce niveau de risque par femme enceinte infectée est plus faible qu’avec d’autres infections virales associées à des lésions cérébrales durant la grossesse » observe le Dr Cauchemez (unité de modélisation mathématique des maladies infectieuses, Institut Pasteur de Paris). Ainsi, pour une infection par le virus de la rubéole contractée au premier trimestre de grossesse, le risque de complication fœtale grave est estimé entre 38% et 100%.

Mais, à la différence de l’infection par le virus Zika il existe un vaccin contre la rubéole; et ce que l’on sait des épidémies de Zika (et de la proportion des personnes infectées dans les populations touchées) conduit à une nouvelle donne de santé publique ; une donne compliquée par le fait que l’infection est le plus souvent asymptomatique et qu’elle sévit aujourd’hui dans des pays d’Amérique latine où le recours à l’interruption de grossesse est le plus souvent officiellement prohibé. Avec une question sous-jacente à la problématique éthico-religieuse : les formes asymptomatiques correspondent-elles à un risque de malformations fœtales équivalent aux formes symptomatiques ? Si oui que faire, en pratique, en situation épidémique ? Où l’on revient à la préconisation officiellement formulée il y a quelques semaines de se protéger, autant que faire se peut, des moustiques et, de la même manière, de « retarder les projets de grossesses »…

Relation de causalité

D’ores et déjà certains spécialistes, font valoir que le risque pourrait ne pas être le même en Polynésie française et Amérique du Sud du fait de différences ethniques, virologiques ou environnementales. « Une étude préliminaire au Brésil a avancé un risque de 22% chez des femmes ayant présenté des symptômes, mais avec une grande marge d’incertitude, rappelle l’AFP. Pays le plus touché par l’épidémie, le Brésil compte déjà plus d’un million et demi de cas de Zika depuis 2015, et 745 nourrissons brésiliens atteints de microcéphalie et 157 bébés morts à cause de cette malformation, selon un bilan arrêté au 10 mars. »

Et maintenant ? On se souvient que l’OMS a décrété, le 1er février, que l’épidémie de Zika constituait (du fait notamment de l’augmentation du nombre des cas de microcéphalies et de syndromes de Guillain et Barré en Amérique latine et dans les Caraïbes) une « urgence de santé publique de portée mondiale ».

Prudente, la même OMS  précisait que la relation de cause à effet, fortement soupçonnée, n’était pas encore scientifiquement démontrée. En toute rigueur, elle ne l’est toujours pas. Faut-il attendre qu’elle le soit ? Et si l’on estime que non, quelles conclusions en tire-t-on ?

A demain

 

 

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