Faut-il dépister les anomalies chromosomiques chez les embryons destinés au DPI ?

Bonjour

18 mars 2016. Quel sera l’avenir du « Manifeste des 130 qui n’ont pas respecté la loi sur la PMA » publié dans Le Monde daté d’aujourd’hui ? En dépit de ses résonances médiatiques le politique, pour l’heure, reste coi. Il semble que le gouvernement le restera, du moins pour ce qui est de la question de l’accès des femmes homosexuelles aux techniques de PMA.

Interrogée sur ce sujet par Libération dès sa prise de fonction de ministre de la Famille et droits des femmes, Laurence Rossignol déclarait le 16 février dernier : «A titre personnel, j’y suis favorable pour les couples lesbiens, et il me semble que toute la gauche l’est. Le problème est clair : jusqu’où fait-on remonter le niveau d’excitation ? (…) Les vociférations de la Manif pour tous ont tout paralysé ». Vociférations est-il exagéré ?

D’une particulière gravité

En marge de cet aspect le plus volontairement polémique, un chapitre particulier mérite d’être développé. Il porte sur l’interdiction actuellement en vigueur en France du dépistage des malformations chromosomique de certains embryons conçus in vitro. Il s’agit ici d’une disposition technique qui ne concerne (pour l’heure) qu’un très petit nombre d’embryons – ceux faisant l’objet d’un diagnostic préimplantatoire  afin de prévenir le risque de transmission d’une maladie génétique d’une particulière gravité. Voici les termes, sur ce point, des signataires du manifeste :

« D’une façon générale, plus de 60 % des embryons que nous transférons ont des anomalies génétiques graves ou sont non viables sur un plan métabolique. Dans des situations particulières, ce pourcentage est encore plus élevé et aboutit à une répétition d’échecs d’implantations, à des fausses couches ou à des anomalies chromosomiques qui vont être détectées lors du dépistage anténatal et peuvent conduire à des douloureuses interruptions thérapeutiques de grossesses.

Sources de déception

« Ces fréquentes anomalies rendent nombre de transferts, de congélations embryonnaires, inutiles ; ces échecs prévisibles sont sources de déception, de complications et d’une multiplication de prises en charge coûteuses et sans aucun bénéfice. Connaître le statut chromosomique de l’embryon par la technique du diagnostic préimplantatoire (DPI) dans des situations à risques reconnues est devenu courant dans de nombreux pays limitrophes (Belgique, Grande-Bretagne, Italie, Espagne) et constitue une règle de bonne pratique médicale que nous ne pouvons appliquer.

« La position de notre pays est incohérente puisque l’analyse du risque chromosomique fœtal est autorisée aux femmes enceintes qui le souhaitent après quelques semaines de grossesse, dans le cadre du dépistage anténatal, alors que ce même examen reste interdit par prélèvement d’une cellule de l’embryon avant qu’il soit transféré dans l’utérus. Quelle est la justification de ces positions contradictoires selon l’âge de l’embryon ? »

Espoir thérapeutique

On comprend sans mal les arguments des signataires.  Cette revendication  est développée dans le dernier numéro de la revue Médecine/Sciences par le Pr Nelly Frydman (service de biologie de la reproduction, hôpital Antoine-Béclère, Clamart) ; un texte-éditorial  que nous avons repris et développé dans la Revue Médicale Suisse : « Interdira-t-on longtemps encore le dépistage des aneuploïdies ? » (sur abonnement).

Au-delà de sa technicité c’est aussi une question de bioéthique et de politique qui est soulevée. Résumons : il est question ici des aneuploïdies. On désigne ainsi, schématiquement, une cellule n’ayant pas le nombre normal de ses chromosomes. Lorsqu’il touche l’embryon humain, ce phénomène peut être létal ou peut ne pas l’être (personnes trisomiques, syndrome de Turner). D’une manière générale, les anomalies chromosomiques de l’embryon sont une cause importante d’échec de développement de la grossesse. Elles sont responsables d’une grande proportion des fausses couches spontanées qui, le cas échéant, augmente avec l’âge de la femme.

En dehors des procédures de procréation médicalement assistée, c’est là une réalité sans espoir thérapeutique. La donne est désormais bouleversée dès lors que l’on a recours aux techniques de fécondation in vitro  associées à celle du diagnostic préimplantatoire (DPI) qui autorise l’analyse du patrimoine génétique embryonnaire avant l’implantation dans l’utérus de la future mère.

Risques de complications

On découvre à cette occasion le contexte dans lequel évoluent des professionnels de santé qui conçoivent, transfèrent ou congèlent des embryons humains « tout en sachant que la moitié d’entre eux sont porteurs d’une aneuploïdie ». « Leur transfert nous conduit à exposer le couple à un risque de complication, prévient la Pr Frydman. Au regard de l’objectif d’amélioration de la qualité des soins, l’interdiction du DPI-A est devenue une contradiction incompréhensible, d’autant que dans certains cas, sa pratique n’ajoute aucun geste médical supplémentaire. »

En France, le diagnostic génétique préimplantatoire sur embryons issus de FIV n’est autorisé qu’à titre exceptionnel : uniquement lorsqu’il concerne des couples ayant un risque parfaitement identifié de transmettre une maladie génétique d’une particulière gravité. Ces biopsies embryonnaires ne peuvent être pratiquées que dans les quatre centres français habilités par l’administration sanitaire et éthique. Et, le cas échéant, seule la maladie génétique pour laquelle le couple est pris en charge est recherchée.

Deux vitesses

« Tristement, le taux de fausses couches obtenu après DPI avoisine les 25 %, en raison d’aneuploïdies qui auraient pu être diagnostiquées sur la cellule biopsiée, conclut la Pr Frydman. De plus, deux centres ont déjà été confrontés à la pratique d’une interruption médicale de grossesse en raison d’une trisomie 21 diagnostiquée au stade fœtal – et ce alors que le diagnostic aurait pu être fait au stade embryonnaire. »

Ainsi les termes du débat sont désormais, grâce au « Manifeste des 130 », sur la place publique médiatique. Qui exposera, objectivement, la nature des risques présents et à venir inhérents à la levée de cette interdiction ? Où, à quel niveau, dans quel palais de la République, ce débat sera-t-il tranché ?

Une autre question, d’une particulière importance, est de savoir quand et de quelle manière la puissance publique parviendra à repousser la menace émergente en France d’un dépistage prénatal à deux vitesses – un dépistage aujourd’hui payant (près de mille euros), abusivement présenté comme « non invasif » et réalisé à partir  d’un « simple » prélèvement sanguin de la mère. C’est un sujet que les signataires du manifeste n’abordent pas. Ils ne nous disent pas pourquoi.

A demain

 

4 réflexions sur “Faut-il dépister les anomalies chromosomiques chez les embryons destinés au DPI ?

  1. Sur le fond…l’argumentaire des contestataires est recevable sur de nombreux points…
    Mais deux notions, entre autres, me gênent :
    – Pourquoi ne pas avoir posé ces notions de viabilité de l’implant en préalable au développement de la technique…et les présenter comme impérieuses alors que la technique est presque banalisée…
    – Ensuite, compte tenu de la position de nombreux « Professeurs…, pourquoi contourner la Loi, ce qui ne peut que la pérenniser puisque n’étant plus un obstacle….alors que le soucis citoyen lié à la position et au titres devrait être de faire évoluer cette loi !!

    ( Je me souviens de la protestation des Anesthésistes ( il y a une vingtaine d’années ) impliqués dans les stérilisations coelioscopiques qui ont réussi à faire abolir la Loi de….1870…punissant les mutilations volontaires , en refusant de collaborer à un geste thérapeutique illégal, -les exposant par ailleurs à une responsabilité civile personnelle illimitée puisque liée à un geste illégal -! En bloquant la technique plutôt qu’on contournant la Loi, on l’a fait évoluer !!!)
    En fait ….tout cela en dit assez sur la valeur donnée aux lois….dans un état….de faits !!

  2. Bonjour et merci pour cet article, et pour l’ensemble de votre blog que je consulte régulièrement. J’ai deux petites remarques sur la dernière ligne de l’article, à propos du dépistage prénatal. Vous dites : « un dépistage aujourd’hui payant (près de mille euros), abusivement présenté comme « non invasif » et réalisé à partir d’un « simple » prélèvement sanguin de la mère. » D’une part le prix a beaucoup baissé, il est actuellement de 390 euros, et de ce que j’ai compris il pourrait devenir remboursable d’ici quelques années. D’autre part, pourquoi des guillemets à « non invasif » ? Par rapport à une aminocentèse, la prise de sang est effectivement non invasive ; que lui reprochez vous ? Merci !

    • Bonjour et merci pour votre commentaire. Pour résumer: la prise de sang est certes « non invasive ». Toutefois en cas de résultat positif (suspicion) il reste à réaliser les examens « invasifs » pour confirmation-infirmation. D’où les guillemets…

      • Waaaah quelle réactivité 😉
        C’est plus clair comme ça. Je dois faire le test demain, et la prise de sang me semble bien préférable à une amniocentèse. Après, si le résultat est positif, il faudra effectivement en passer par là… voire pire… mieux vaut ne pas y penser.

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