Manuel Valls a changé : comprendre n’est pas excuser. Les sciences humaines peuvent respirer

Bonjour

On peut changer, évoluer, s’assouplir, voire se déradicaliser.  La preuve avec Manuel Valls. C’était le 9 janvier dernier. Le Premier ministre prenait la parole dans le cadre de l’une des cérémonies, en mémoire des victimes de l’attaque de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, le 9 janvier 2015. Extraits :

« Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. Rien ne peut expliquer que l’on tue à des terrasses de cafés! Rien ne peut expliquer que l’on tue dans une salle de concert ! Rien ne peut expliquer que l’on tue des journalistes et des policiers ! Et rien ne peut expliquer que l’on tue des juifs ! Rien ne pourra jamais expliquer ! ».

Ou encore (réponse à une question du sénateur Christian Favier, au Sénat, le jeudi 26 novembre):

« J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications culturelles ou sociologiques à ce qui s’est passé [i.e. les attentats du 13 novembre] ».

Motus et sociologie

Peu d’échos, alors, dans les universités, les amphithéâtres, les laboratoires. Quelques débats pour initiés sur France Culture. Un mois plus tard, toutefois,  trois sociologues 1 publiaient une tribune dans Le Monde : « La sociologie, ce n’est pas la culture de l’excuse ! ». Leur texte, essentiel, dépassait de beaucoup la sociologie et les sciences humaines :

« Le Premier ministre, Monsieur Manuel Valls, ne devrait pas parler dans la précipitation : il confond deux verbes simples, « excuser » et « expliquer ». C’est en tout cas ce que laissent penser ses mots, répétés la semaine dernière au Sénat et dans les médias (…)  « Si chercher à expliquer tel ou tel phénomène permet généralement de le comprendre, le processus d’explication ne présage en rien de ce qui relève d’un autre enjeu : juger, et donc condamner ou excuser. Surtout, la recherche d’explications est indispensable à l’action, qu’elle soit politique, économique ou encore militaire. Et nous ne saurions croire que le Premier ministre et son gouvernement engagent l’action de la République française, en cette période extrêmement grave, sous le coup des seules émotions.

«  Qu’aurait-on pensé si Manuel Valls avait dit : « J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des explications géologiques aux tremblements de terre » ou encore « j’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des explications médicales au cancer » ? »

Ides de mars

Nous avons dépassé les Ides de mars et Manuel Valls n’est plus le même. Aujourd’hui 21 mars, en ouverture ouverture de la deuxième instance de dialogue avec l’islam de France, le Premier ministre a souligné qu’il fallait « bien sûr chercher à comprendre » ce qui mène à la radicalisation jihadiste. Il n’a toutefois pas pu s’empêcher d’ajouter : « ce qui ne veut pas dire chercher je ne sais quelle explication ».

« C’est un phénomène complexe et protéiforme, et les sciences sociales ont bien sûr un rôle à jouer pour comprendre, analyser, décortiquer les mécanismes qui font que des individus basculent dans cette forme d’hyperviolence, de négation de l’autre, de nihilisme », a reconnu le chef du gouvernement. Est-il d’accord, in fine, avec celles et ceux qui affirment que « la sociologie, ce n’est pas la culture de l’excuse » ?

Hyperviolence

« Moi je crois au travail des chercheurs, des experts, des sciences sociales, je rencontre beaucoup de ceux qui réfléchissent sur ces questions-là.  Mais je m’adresse aussi à l’opinion publique (…), qui non seulement cherche des explications mais veut des réponses. Il faut d’abord et surtout la combattre, cette hyperviolence (…) ».  

« Il faut bien sûr chercher à comprendre, ce qui ne veut pas dire chercher je ne sais quelle explication  (…) les terroristes sont responsables de leurs actes, ils n’ont pas de circonstances atténuantes, ce sont des individus libres, qui avaient le choix. Sinon ça veut dire que tout jeune qui est en difficulté, qui se cherche, pourrait basculer dans le terrorisme, ce serait totalement inacceptable comme explication. »

Il reste encore quelques difficultés à suivre le raisonnement sinon quelques incohérences. Sans doute faudra-t-il remettre l’ouvrage des sciences humaines sur le métier républicain.

A demain

1 Il s’agissait de Frédéric Lebaron,  président de l’Association française de sociologie ainsi que de Fanny Jedlicki et Laurent Willemez  co-présidents deL’Association des sociologues enseignants du supérieur.

 

 

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