Vitrifier, puis enfanter jusqu’à 50 ans ? Les obstétriciens français n’y sont plus opposés

Bonjour

Le « Manifeste PMA des 130 médecins et biologistes » a-t-il un avenir ? Publié dans Le Monde, relayé ici ou là, il ne semble pas eu avoir d’impact proprement politique. Seul Jacques Testart, biologiste atypique, est monté en ligne pour remettre en perspective quelques tenants et aboutissants éthiques de cette initiative sans précédent. Outre la problématique de l’homosexualité féminine et de l’accès aux techniques de PMA un point de ce manifeste devrait, en toute logique, relancer une controverse, celle de l’interdiction, en France, de l’autoconservation sociétale des ovocytes.

Lois du marché

L’autoconservation ovocytaire ne peut être pratiquée en France que si la femme présente une pathologie à risque pour sa fertilité (chimiothérapie pour cancer et, parfois, endométriose) ou si elle souhaite donner une partie de ses ovocytes. En revanche, une autoconservation ovocytaire préventive alors que la fertilité est encore satisfaisante, mais sans projet de grossesse immédiat, est interdite. Or cette pratique est autorisée en Espagne, Belgique ou en Grande-Bretagne. Une pratique qui a retrouvé une nouvelle dynamique avec la maîtrise de la technique de la « vitrification » des ovocytes.

Les signataires du manifeste reconnaissent que cette pratique ne devrait peut-être pas être livrée aux seules lois du marché. « Elle doit, disent-ils, être accompagnée, mesurée et encadrée. » Pour autant le principe même d’une interdiction ne leur « semble pas fondé ». « D’autant, ajoutent-ils, qu’il y a pour les hommes l’autoconservation de sperme en paillettes qui peut être réalisée sur simple ordonnance dans tout laboratoire de ville agréé. » Un sujet qui reste à explorer.

Conservation de convenance

On ne saurait, sur un tel sujet, en rester là. Fort heureusement le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) a pris position sur le sujet. Il l’a fait dans un communiqué daté du 12-12-2012. Le conseil d’administration du CNGOF « soucieux de la vie des femmes et de leur santé reproductive » s’était alors majoritairement prononcé en faveur de la conservation sociétale. Il l’avait exprimé sous la forme d’un texte qui, trois ans plus tard, retrouve une nouvelle actualité. Extraits :

« La récente maitrise de la conservation ovocytaire par le procédé de vitrification amène à envisager son application à l’autoconservation. Plusieurs arguments plaident en faveur de l’autoconservation ovocytaire :

  • L’autoconservation d’ovocytes constitue un progrès médical car elle est, avec le don d’ovocytes, la seule méthode de traitement de l’infertilité réellement efficace à 40 ans et plus. Elle permet aux couples d’utiliser leur propre capital génétique, ce qui n’est pas le cas du don d’ovocytes qui souffre d’une réelle pénurie en France nécessitant le recours, pour de nombreuses femmes, à des centres étrangers.
  • Elle est autorisée par la loi de bioéthique de juillet 2011 pour raison médicale. Sa pratique est devenue courante lorsque la fertilité est menacée par un traitement stérilisant (en cas de cancer). • L’âge de la maternité ne cesse de reculer et les femmes qui consultent pour infertilité sont, elles aussi, de plus en plus âgées.
  • L’autoconservation de convenance est possible pour les hommes. Il n’y a pas de raison particulière pour que cela ne soit pas autorisé aux femmes.
  • Il ne serait pas admissible, comme la loi le prévoit pourtant, de limiter la possibilité d’autoconservation aux seules femmes qui accepteraient de donner une partie de leurs ovocytes. Un tel chantage nous parait éthiquement inacceptable.
  • De nombreux pays acceptent la conservation d’ovocytes dans le cadre de la convenance. La société européenne de reproduction humaine et d’embryologie (ESHRE) vient de rendre un avis favorable. »

Nombreux risques

Pour autant le CNGOF est conscient des problèmes soulevés par cette technique. Il sait pertinemment qu’il y a là le risque d’encourager les grossesses tardives (risques réels pour la mère et l’enfant, qui augmentent dès 40 ans et sont franchement majorés après 45 ans). Il sait aussi qu’il y a le risque de donner de faux espoirs aux femmes. Le déclin du taux de succès de l’AMP s’amorce dès 35 ans et s’accentue à partir de 37 ans. Il faudrait donc réaliser la conservation avant 35 ans pour un maximum d’efficacité.

En décembre 2012 un groupe de travail devait encore faire le point pour situer l’âge limite jusqu’auquel il serait acceptable qu’une grossesse puisse être induite par ce procédé. « En effet, il ne serait pas raisonnable de ne pas fixer de limite en raison de l’augmentation importante des risques gravidiques liés à l’augmentation de l’âge maternel » soulignait le CNGOF. Depuis, les gynécologues-obstétriciens français ont tranché. « L’âge limite  pour reprendre ses ovocytes : si possible avant 45 ans en sachant que c’est  possible jusqu’a 50 ans si la femme est en bonne santé et dument avertie des risques, tant pour elle que pour l’enfant » explique aujourd’hui le Dr Joëlle Belaisch- Allart, membre de ce Collège.

Qui paiera ?

Reste, entier, le problème du financement et de la compétition avec les centres privés espagnols qui ont depuis peu lancé de véritables offensives publicitaires (très médiatisées) dans l’Hexagone. En France l’assurance maladie de rembourse plus les frais liés à la PMA lorsque la femme a plus de 42 ans. Faut-il modifier cette frontière ? Est-il logique de faire prendre en charge par la collectivité, non plus le traitement d’une pathologie mais le souhait, exprimé par des femmes fertiles de décaler dans le temps leur maternité ?

Quel est sur ce point la position, éthique et technique, des responsables de la Fédération des CECOS ? Ces centres accepteront-ils tous sans mal de vitrifier et de conserver des ovocytes en marge de toute forme de dimension thérapeutique ? Les controverses ne font que commencer.  Il faudra les éclairer.

A demain

Une réflexion sur “Vitrifier, puis enfanter jusqu’à 50 ans ? Les obstétriciens français n’y sont plus opposés

  1. Deux génies, de façon sans doute apocryphe l’avaient bien dit.

    J.A. Murphy (Loi éponyme) :
    – si une c…ie est possible , elle sera faite.
    A. Einstein
    – « Deux choses sont infinies, l’Univers , et la bêtise humaine. Quoique pour l’Univers je ne sois pas absolument certain ».

    Il y a probablement des cas qui justifient ce type d’excès. Mais on ne pourra limiter l’accès à ces cas faute de pouvoir élaborer ou justifier des critères.

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