La véritable et bien étrange histoire de la vraie-fausse Rika Zaraï de l’Indre-et-Loire

Bonjour

Entre ses rires électriques, Roland Topor (1938-1997) prophétisait. Nous l’entendons encore: « les journalistes devraient surtout s’intéresser à ce qui se passe entre les autoroutes ». Nous étions sur les rails, du côté d’Orléans, avant le TGV et au niveau du turbotrain.

Le temps a passé. On ne compte plus les autoroutes surchargées de l’information pré-malaxée. Entre elles, la chance montante de la presse quotidienne régionale.

Savoir-vivre

Nous sommes devant le tribunal correctionnel de Tours, avec La Nouvelle République du Centre Ouest (Pascaline Mesnage) : « Une vraie-fausse docteur négligente ou malveillante? ». Topor aurait adoré. Dali aussi. On y apprend que, dans la commune riante de Saint-Cyr-sur-Loire et pendant plus de quatre ans, une pharmacienne a exercé la médecine à son domicile. Les médecines, plus précisément, et les diverses spécialités, officielles ou pas, qui en font le charme et en ravive l’éclat.

La presse quotidienne régionale a ses règles non écrites, son savoir-vivre, ses pudeurs. Ainsi, parfois, ne donne-t-on pas le nom des personnes amenées à comparaître devant le tribunal de la ville. La Nouvelle République imprime ici « Patricia J… ».

« A la fin de l’année 2007, cette pharmacienne – diplômée de la faculté de Tours, elle a exercé au début de sa carrière en officine et établissements de santé – décide de lancer une activité de thérapeute. Parce qu’elle dit ne plus faire confiance à la médecine traditionnelle et académique, elle veut proposer ses conseils en matière de perte de poids, gestion de stress… Dans un premier temps, un kinésithérapeute l’accueille dans son cabinet dans le centre-ville de Tours.

« Trois mois plus tard, il met fin à cette collaboration« Elle n’était pas rigoureuse, elle oubliait ses rendez-vous, sa pièce n’était jamais rangée », confie le professionnel aux enquêteurs. C’est donc à son domicile qu’elle recrée le « décorum » d’un cabinet médical, à Saint-Cyr-sur-Loire. Salle d’attente, salle de consultation et même une plaque devant son pavillon. Plaque où la mention « Docteur » apparaît sans plus de précision : « J’ai un doctorat en pharmacie, donc, je suis docteur », affirme Patricia à la barre du tribunal, avec beaucoup d’assurance. »

De 75 à 500 euros

Quelle clientèle ? Depuis les personnes âgées jusqu’aux jeunes femmes en détresse. Quelles thérapeutiques ? Des pages entières d’homéopathie et de compléments alimentaires en tout genre. Quels tarifs ? Les consultations étaient facturées entre 75 € et 500 €. « Non remboursables » précise La Nouvelle République.  Des patients s’inquiètent. L’Ordre des médecins se plaint à la Justice. On interpelle Patricia J… Perquisition au domicile. « On y trouve des flacons, des ordonnances, des tampons », précisera la présidente.

« J’ai voulu trop bien faire », avance Patricia. La journaliste évoque « un aplomb édifiant ». « Je gêne, c’est pour cette raison que les médecins m’attaquent, dit la pharmacienne. C’est un combat que je souhaite mener. » Diagnostic de l’avocat de l’Ordre des médecins : « Cette femme est une usurpatrice. Elle s’est crue au-dessus de toute déontologie ». Une victime : Béatrice, maman de deux enfants en bas âge et en surpoids, a fait confiance à la soi-disant thérapeute pour perdre ses rondeurs. Elle a perdu chez Patricia J… l’héritage de ses grands-parents (4.000 €) et sa vie de couple.

Chantages

Etrange Patricia J… Elle a choisi un avocat qui surnomme sa cliente  « la Rika Zaraï de l’Indre-et-Loire ». « Elle n’a jamais forcé personne à faire un chèque, assure-t-il. Il y a plus eu négligence que malveillance. » Le procureur de la République observe, Rika Zaraï 1 ou pas, que Patricia ne faisait pas dans la « médecine douce » et que cette femme, pharmacienne ou pas, est un escroc. Il a requis, contre elle, une peine de dix-huit mois de prison. Le jugement sera rendu le 28 avril.

« D’habitude l’étrange circule discrètement sous nos rues » observe Michel de Certeau en introduction de « La possession de Loudun » (Gallimard). Tours n’est certes pas Loudun. Demain 24 mars on y jugera la « Rumeur du Genre », une sale affaire qui vit, il y a quelques mois, une enseignante accusée de faire se déshabiller les petits enfants dans sa salle de classe.

A demain

1 Outre sa carrière musicale, la chanteuse Rika Zaraï est connue pour avoir fait, dans les années 1980, la promotion de la « médecine par les plantes ». Elle a notamment publié sous son nom en 1985 un livre (dont Wikipédia dit qu’il a été rédigé par Dan Franck ) Intitulé « Ma médecine naturelle  » (Michel Lafon) cet ouvrage a connu un grand succès en librairie. Les prises de position publique de la chanteuse dans ce domaine déclenchèrent  de vives oppositions, notamment de la part des pharmaciens français. Elles firent aussi l’objet de railleries des humoristes et chansonniers du moment.

 

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