Johan Cruyff est mort à 68 ans. Sa disparition n’a pas été commentée par les industriels du tabac.

Bonjour

Si vous avez quelques instants, et le cœur bien accroché, avant de lire ces lignes, regardez ceci : « Témoignage d’un footballeur ».

27 mars 2016. Dans Le Journal du Dimanche l’écrivain Philippe Delerm revient sur la mort de ce footballeur de génie : « On avait les cheveux longs comme Cruyff ». Delerm, tout en finesse nostalgique, célèbre la mémoire de Johan Cruyff mort d’un cancer broncho-pulmonaire le 24 mars à l’âge de 68 ans.

« Il inventa et mit en place une philosophie de jeu. Le style, il avait ça dans le sang. Celui des Blaugranas fait encore nos délices aujourd’hui. C’est le football intelligent, collectif, offensif, celui dont Messi est l’étoile et Iniesta l’âme secrète. Joueur, Cruyff était à la fois Messi et Iniesta.

 « Comme homme, il aimait la fumée. Un jour, il a dit qu’il avait deux passions : le football et la cigarette. Est-ce si étrange? Le football que Cruyff a inventé est immortel. Mais l’homme aimait se consumer, dominer là encore, se laisse griser par le pouvoir de tout mener, de tout détruire. De gros pépins cardiaques encore très jeune, et puis beaucoup plus tard le cancer du poumon. Il y a beaucoup d’orgueil dans l’autodestruction. Celui de Cruyff était immense. Il a choisi sa mort sans se douter de la place qu’il tenait dans notre imaginaire. Nous ne savions pas à quel point nos années soixante-dix lui ressemblaient. »

L’ultimatum de sa femme

C’est en octobre 2015 que l’entourage de Johan Cruyff annonce qu’il est atteint d’un cancer du poumon.  Mi février il avait déclaré : « J’ai le sentiment de mener 2-0 dans le match [contre le cancer] à la mi-temps, mais évidemment, ce n’est pas fini. Je suis sûr que je terminerai le match avec une victoire. » Depuis quelques jours ceux qui l’ignoraient ont découvert, dans les nombreuses nécrologies qui lui ont été consacrées, la vérité sur sa consommation massive de tabac durant sa carrière de joueur – y compris pendant les mi-temps de matchs – puis durant celle d’entraîneur ; découvert aussi ses antécédents cardiaques familiaux et la malaise dont il fut victime, en 1991, alors qu’il est entraîneur du FC Barcelone ; l’ultimatum de sa femme et l’intervention chirurgicale qui suivit ; découvert encore sa décision d’arrêter toute consommation de tabac et son engagement dans la lutte anti-tabac.

Tout cela est parfaitement rapporté par The Huffington Post : « Mort d’un cancer des poumons, Johan Cruyff était autant accro au tabac qu’au football » (Romain Herreros). Extraits :

« Autre temps, autre mœurs. S’il est difficile d’imaginer un entraîneur qui laisserait aujourd’hui son meilleur élément cloper à la mi-temps, il était tout autant inconcevable qu’un coach de l’époque empêche Johan Cruyff de s’en griller une dans les vestiaires.

« Quand il était joueur, il fumait pas mal, y compris pendant les matches, à la mi-temps, avant, après », rembobine pour Europe 1, Chérif Ghemmour auteur d’une biographie sur le footballeur. « La presse allemande et néerlandaise l’avait même baptisé de Wasem » (« la vapeur », allusion aux volutes de clopes qui émaillaient certains de ses entretiens avec les médias), explique encore ce dernier dans un article publié par So Foot.

Camel sans filtre (ou filtre arraché)

 Et si aujourd’hui une telle attitude recevrait un accueil plus que mitigé auprès de l’opinion, le « Hollandais volant » et sa clope au bec jouissaient à l’époque d’une certaine sympathie auprès du public. « Débutée précocement à l’adolescence à l’Ajax, son addiction tabagique (Camel sans filtre, ou filtre arraché) a paradoxalement fait partie de sa légende, au même titre que ses Pumas, ses chaînes en or, ses Ray Ban », explique encore Chérif Ghemmour. À tel point que l’industrie du tabac n’a pas hésité à le solliciter. Dans les années 1970, le numéro 14 a d’ailleurs joué dans une publicité pour une marque de cigarettes hollandaises. (…)

Sa consommation s’accélère lorsqu’il qu’il quitte la pelouse pour le banc de touche. « On raconte qu’il pouvait fumer jusqu’à quatre paquets par jour », selon le quotidienDe Volkskrant, évoquant les innombrables images de Cruyff allumant des cigarettes sur le bord du terrain alors qu’il était entraîneur. « Il l’a été encore plus quand il a été entraîneur. Avec le stress et sa situation difficile, il a augmenté les doses de tabac. Je crois qu’il était à deux-trois paquets par jour », détaille Chérif Ghemmour. C’est à ce moment là que la légende du football néerlandais va se faire très peur. « Il a eu cet accident cardiaque en 1991, quand il était entraîneur du Barça », rappelle le journaliste. Résultat, à 44 ans, il subit une triple pontage coronarien. « Une opération miraculeuse qui lui a permis de rester en vie ».

À ce moment précis, il négocie un virage à 180°. Il s’engage dans une campagne de prévention contre le tabagisme initiée par les autorités de la Catalogne. « Dans ma vie, j’ai eu deux passions : Jouer au football et fumer. L’une m’a tout donné, l’autre a failli tout me reprendre », expliquait-il dans un spot devenu célèbre où on le peut voir jongler avec un paquet de cigarettes.

L’industrie du tabac n’a pas commenté la mort de Johan Cruyff. Si vous êtes esclave du tabac, regardez  « Témoignage d’un footballeur ». Cela peut aider à se libérer.

A demain

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