Essai clinique de Rennes : quel est celui, parmi les douze experts, qui a «parlé» au Figaro ?

Bonjour

Feuilleton médiatique et jeu de piste scientifique. Les principaux titres généralistes ne s’intéressent plus guère à l’affaire BIAL-BIOTRIAL de Rennes. Un mort et trois personnes souffrant de séquelles neurologiques. L’émotion est retombée et les enquêtes officielles semblent piétiner. En France seul Le Figaro creuse ouvertement le sillon journalistique. Ce qui conduit à un étrange bras de fer entre le vénérable quotidien et la puissance publique en charge des médicaments et de la santé publique.

Personnes averties

Hier 31 mars l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) diffusait  le « relevé de conclusions » de son « Comité Scientifique Spécialisé Temporaire (CSST) sur les inhibiteurs de la FAAH (Fatty Acid Amide Hydrolase) ». Quelques lignes pour personnes averties qui demanderont des développements pour le plus grand nombre. Aujourd’hui 1er avril. Salve du Figaro contre l’ANSM. Cela donne « Essai clinique : l’Agence du médicament blanchie par ses propres experts » (Anne Jouan) et « Essais cliniques : un manque de transparence critiqué à l’étranger » (Damien Mascret). D’où il ressort que la transparence n’est pas pleinement au rendez-vous tant attendu. Et que « sept des douze experts ‘’indépendants’’ nommés après l’accident mortel de Rennes sont payés par l’ANSM » – une formule que l’on jugera sans doute excessive en haut lieu.

Peu après le drame la direction générale de l’ANSM  « comité scientifique spécialisé temporaire » (CSST) pour (tenter de) faire la lumière sur l’essai clinique mortel de Rennes. Ce CSST s’était réuni pour la première fois le 15 février. Présidé par le Pr Bernard Bégaud ce comité est constitué de « douze experts indépendants, spécialistes en toxicologie, pharmacologie, pharmacovigilance, neurologie et médecine interne ». Soit, outre le Pr Bégaud, Marie-Germaine Bousser, Pascal Cohen, Bertrand Diquet, Pierre Duprat, Walter Janssens, Michel Mallaret, Guy Mazué, Joëlle Micallef-Roll, Claude Monneret, Jean-Louis Montastruc et  Laurent Venance.

Trois « observateurs » devaient d’autre part assister aux réunions de ce comité : Annick Alpérovitch (Présidente du Conseil scientifique de l’ANSM), Gilles Duhamel (Inspection générale des affaires sociales – IGAS),Hans-Georg Eichler (Senior Medical Officer, European Medicines Agency – EMA).

Le Figaro de ce jour :

« Selon nos informations, le groupe d’experts mis en place par l’ANSM au sein d’un Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) pour enquêter sur les raisons d’un tel fiasco et qui va dans les jours prochains livrer ses conclusions, dédouane l’agence. ‘’Si j’avais travaillé dans l’industrie, je n’aurais jamais validé un produit pareil, confie un membre du CSST. Bial, à la différence de Biotrial, va s’en tirer. Car ces derniers ont poursuivi l’essai alors qu’un volontaire était hospitalisé.’’ Le cas de l’ANSM est plus difficile à trancher, reconnaît l’expert, qui, comme les autres, a été nommé par l’Agence. ‘’Nous avions peur de déclencher des éclats de rire si nous disions qu’elle n’a rien fait de mal, mais c’est le cas, assure-t-il. En revanche dans le futur, il ne faudra plus valider d’essai comme celui-là avec ce type de montée de dose trop violente.’’ »

Le quotidien poursuit en décryptant les liens structurels qui unissent certains des experts du CSST à l’ANSM ; liens entre responsables d’équipes médicales et scientifiques spécialistes de pharmacologie et la technostructure en charge de la sécurité médicamenteuse.  «C’est un peu comme si l’on confiait l’enquête sur un crash d’avion au constructeur, ou à quelqu’un qui est impliqué dans l’accident», résume  un spécialiste du médicament cité par Le Figaro.  Selon ce dernier « sept au moins ont – ou ont eu – des liens financiers avec l’Agence ». Ces sept sont cités de même, par soustraction que les cinq autres.

France pharmacologique trop petite

« Les cinq autres membres du CSST n’ont, a priori, pas de lien avec l’agence. Le Pr Claude Monneret préside l’Académie de pharmacie, Walter Janssens travaille pour l’Agence belge du médicament, Laurent Venance est un spécialiste des neurosciences au Collège de France et à l’Inserm et Pascal Cohen, de médecine interne à Cochin. Enfin, Marie-Germaine Bousser, ancien chef de service de neurologie à l’hôpital Lariboisière n’a pas de lien avec l’ANSM (…). »

La question se pose de savoir qui a parlé. Est-ce le plus important ? On vient à se demander si la France pharmacologique n’est pas, désormais, devenue trop petite pour, à elle seule, faire la transparence médicamenteuse qu’elle dit vouloir faire.

A demain

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