Autisme: le scandale de l’exil des malades français en Belgique est de nature politique

 

Bonjour

Nouveaux rituels caritatifs et médicaux : nous venons de traverser un week-end consacré au Sidaction et à la « sensibilisation à l’autisme ». La première opération, largement médiatisé, aura permis de récolter environ quatre millions d’euros de promesses de dons. La seconde n’a guère fait recette. Qui, hormis les parents et les soignants concernés, s’intéresse aux syndromes autistiques ? Extraits de l’AFP :

« Plusieurs centaines de personnes ont participé samedi 2 avril à la 13ème « marche de l’espérance » pour la cause de l’autisme à Paris, afin de demander une meilleure prise en charge des enfants autistes dans la société, a-t-on appris auprès des organisateurs. Les participants, trois cents selon la police, cinq cents selon l’association organisatrice « Vaincre l’autisme« , étaient venus de toute la France pour marcher entre le parvis de l’Hôtel de Ville et l’Assemblée nationale, à l’occasion de la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme.

« Vaincre l’autisme » revendique notamment « la fin de la psychiatrisation des personnes autistes et l’abolition des prises en charge inadaptées » et la « scolarisation effective des enfants autistes dans l’école de la République », pour mettre « fin à la discrimination » dont sont victimes en France les personnes atteintes d’autisme.

« On sait aujourd’hui que les meilleurs traitements relèvent de l’éducation, pas du système sanitaire et médico-social: nous revendiquons une nouvelle législation qui aille dans ce sens », a expliqué à l’AFP M’Hammed Sajidi, président et fondateur de Vaincre l’autisme, qui entend solliciter les parlementaires la semaine prochaine.

Selon M. Sajidi, « le système sanitaire et médico-social a des principes et des procédures qui n’ont rien à voir et empêchent la qualité de la prise en charge de se mettre en place: le Premier ministre doit séparer les budgets ».

L’association demande également le développement « des structures innovantes » – 29 structures expérimentales (appelées « établissements d’excellence ») à l’heure actuelle – qu’il « faut multiplier sur tout le territoire » car elles « donnent des résultats très probants en terme d’autonomie ». »

Pr Jean-Pierre Olié, sur Slate.fr

Comprendre l’autisme …les syndromes autistiques … la complexité diagnostique …  les polémiques étiologiques et thérapeutiques ? Le citoyen peut en revanche s’intéresser à une affaire éminemment politique qui émerge, ici ou là, de temps à autre, dans les médias. Une affaire parfaitement résumée sur le site Slate.fr par le Pr Jean-Pierre Olié : « Autisme: l’intolérable exil des malades français en Belgique ». Le Pr Jean-Pierre Olié, spécialiste de psychiatrie et membre de l’Académie nationale de médecine est aussi président de la Fondation Pierre Deniker pour la recherche et la prévention en santé mentale.

Sujet : depuis des dizaines d’années des centaines de malades autistes, parmi les plus graves sont, exilés hors de France faute de capacités d’accueil. Comment en finir avec ce scandale ? Comprendre impose de remonter un peu dans le temps. Depuis les années 1970-1980, notre pays a réduit de moitié le nombre de lits psychiatriques et davantage encore dans les établissements chargés d’assumer la noble mission d’asile pour les plus démunis d’aptitudes à la vie en société. Y séjournaient sans limite de durée les handicapés mentaux et les malades chroniques les moins capables d’autonomie. Sans doute ces établissements étaient-ils trop souvent devenus de tristes et vastes lieux de médiocre survie sans qu’y soient faits les efforts de stimulation des capacités propres à chaque malade. Les murs transpiraient alors l’ennui et le désœuvrement.

Double prix, double peine

« Mais cette évolution a aujourd’hui un double prix, explique le Pr Olié. Certaines personnes handicapées sont artificiellement maintenues à l’extérieur de toute institution sanitaire, y compris dans des hôtels qui ne disent pas leur nom de lieux d’accueil pour malades mentaux parce qu’ils ne remplissent aucune des conditions que l’on souhaiterait légitimement pour un accompagnement digne de ces personnes. Pis encore des handicapés sont littéralement déportés en Belgique parce que ce pays a ouvert des structures professionnalisées dans l’accueil des handicapés mentaux et psychiques les plus graves.

« Le très beau film de Sandrine Bonnaire –Elle s’appelle Sabine– illustre tout ce qu’un environnement institutionnel mieux adapté que ne l’était l’asile psychiatrique (tel qu’il avait été conçu au XIXe siècle et tel qu’il a duré jusqu’à la fin du XXe) peut permettre d’épanouissement malgré la maladie autisme. Hélas, trop peu de places sont disponibles en France malgré les actions des familles notamment au travers des établissements de l’Union nationale des parents d’enfants inadaptés (Unapei). Et persiste ce scandale d’une exclusion infiniment plus sévère que celle à laquelle on a voulu mettre fin à partir des années 1980. »

Appel à Marisol Touraine

 Que faire? Le Pr Olié le dit sur Slate.fr (décompte précis, par chaque région, du nombre exact de ses ressortissants « expatriés » ; création de  petites unités de vie et de soins ne regroupant pas plus d’une vingtaine de malades avec des objectifs de réhabilitation cognitive, émotionnelle et comportementale adaptées aux besoins de chacun). « Il y a urgence, ajoute-t-il. Et que l’on ne vienne pas dire que la France n’a plus les capacités financières pour cela. Les séjours en Belgique sont payants. Et l’investissement nécessaire est bien modeste: ceci devrait inspirer chaque candidat à un mandat électoral: plus de 600.000 familles sont touchées pour un des leurs par ces pathologies mentales! »

Certains politiques lisent-ils Slate.fr ? La ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, et la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées, Ségolène Neuville, viennent de se dire « déterminées à mettre en oeuvre les collaborations nécessaires pour que la scolarisation des élèves présentant des troubles du spectre autistique progresse quantitativement et qualitativement » : « Najat Vallaud-Belkacem et Ségolène Neuville se mobilisent pour la scolarisation des jeunes enfants autistes ».

Bien. Mais ce n’est pas une réponse au scandale dénoncé par le Pr Olié. Seule, aujourd’hui, Marisol Touraine dispose des moyens politiques pour en finir avec le fait que de jeunes citoyens français sont exilés au motif qu’ils souffrent de ne pas pouvoir communiquer. Tout est décrypté. Que fera la ministre des Affaires sociales et de la Santé ?

A demain

Une réflexion sur “Autisme: le scandale de l’exil des malades français en Belgique est de nature politique

  1. Mettre le sidaction le meme jour que l autisme : quelle honte le probleme est bien pointe du doigt : il vaut mieux recolte des fonds pour une »noble cause » que pour une cause desesperee

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s