«Pénaliser le client» ou « délit de racolage»: sous la prostitution, la punition. Oui ou non?

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Dans les années 1990 la progression de l’épidémie de sida associé à la défense des minorités avait conduit à parler des « travailleurs du sexe ». On voulait en finir avec les « prostitué(e)s ». La prostitution devenait un métier, pour mieux protéger celles et ceux qui s’y livraient.

Un quart de siècle plus tard; tout ou presque est, en France, oublié : on ne parle plus que de prostituées et l’ « achat d’actes sexuels » va être verbalisé : une contravention de 1 500 euros (et 3 500 euros en cas de récidive). Le Parlement a, mercredi 6 avril, adopté de manière définitive une proposition de loi socialiste hautement controversée – y compris (et surtout) dans les rangs de la gauche associative. Un tour de force gouvernemental.

Amendes plus que dissuasives

Au terme de deux ans et demi de débats, tribunes, cris, rires gras et polémiques, l’Assemblée nationale (64 voix contre 12 et 11 abstentions) a adopté le texte : soit, d’un côté, la verbalisation-contravention du client ; et de l’autre  la fin, pour les prostituées ; du délit de racolage. Elles peuvent ouvertement proposer une relation sexuelle désormais menacée d’une amende plus que dissuasive. Des dispositions qui ne valent, il est vrai, que lorsque tout ceci se pratique (pour partie) en public. Comment sortir de ce dilemme inversé ? Simple : les prostituées peuvent « arrêter leur activité » et, pour ce faire « bénéficier d’un accompagnement social » ainsi, pour les étrangères,  « que d’un titre de séjour temporaire ».

Bancs de l’Hémicycle fracturés : si les députés PS et Front de gauche soutenaient le texte (dans l’ensemble), une majorité des Républicains penchaient pour l’abstention, alors que l’UDI avait laissé la liberté de vote. Une majorité des radicaux de gauche (mais aussi des écologistes) étaient également défavorables au texte.

Achats d’actes sexuels

La France devient ainsi le cinquième pays européen à pénaliser les clients de prostituées, après la Suède, pionnière (en 1999) la Norvège, l’Islande et le Royaume-Uni. Le Premier ministre Manuel Valls a salué sur Twitter « une avancée majeure pour le respect de la personne humaine, pour les droits des femmes ». Et après ses propos polémiques sur les voiles et la négritude Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes n’a pas craint d’affirmer qu’avec ce vote « la France affirme avec force que l’achat d’actes sexuels est une exploitation du corps et une violence faite aux femmes ».

Au même instant des prostituées et des abolitionnistes manifestaient (chacun de leur côté) de part et d’autre de l’Assemblée nationale. « Une soixantaine de travailleurs(euses) du sexe, en grande majorité originaires d’Amérique latine et de Chine, s’étaient réunis derrière une banderole clamant : « putes aux poings levés contre la pénalisation des clients » a observé l’AFP.  Certaines scandaient « clients pénalisés, putes assassinées », quand d’autres criaient : « Où ? Quand ? Comment ? Combien je prends ? Ce choix me revient, mon corps m’appartient. »

Féministes et moralisatrices

« C’est un peu un coup de massue. C’est une manifestation symbolique, car ce n’est plus maintenant qu’on va bloquer quoi que ce soit », soupirait Cadyne, prostituée et juriste pour le Strass, le syndicat du travail sexuel. Malgré la mobilisation de « toutes les associations communautaires » de prostituées contre cette loi, la pénalisation du client « va accroître la répression policière » et « précariser les conditions de travail », affirme-t-elle.  « La pénalisation des clients est une position moralisatrice et pas efficace des féministes institutionnelles, proches du PS », tonne Emmanuelle, porte-parole du Collectif du 8 mars, un mouvement féministe alternatif défendant selon elle « tant les femmes voilées que les travailleuses du sexe ».

La veille du vote treize associations (dont Médecins du monde, Act-up Paris ; Aides ou encore le Planning familial, ont critiqué ce dispositif législatif  qui relève selon elles de l’« effet d’annonce ayant pour but de masquer la dimension essentiellement répressive de ce texte »

Strauss-Kahn et Moulin Rouge

De l’autre côté de l’Assemblée nationale. Une petite vingtaine de personnes, derrière une banderole « Prostitution, une seule option, l’abolition », chantaient joyeusement : « À partir de maintenant, l’insulte, c’est plus pute, c’est client ! » « C’est une étape historique dans la conquête du droit des femmes », s’est réjoui Grégoire Théry, 32 ans, secrétaire général du Mouvement du Nid, abolitionniste depuis bientôt un siècle. « C’est une révolution pour le pays de Strauss-Kahn, celui du Moulin Rouge et des petites femmes de Pigalle », se félicite-t-il. A Montmartre, 82 boulevard de Clichy, les salariées de l’entreprise Moulin Rouge apprécieront la publicité de Mr Théry et du Nid.

On n’a pas vu, semble-t-il, autour de l’Assemblée nationale,  Pierre-André Taguieff . Voilà qui est dommage L’auteur, politologue, historien et philosophe, vient de publier un ouvrage ciblé. Il y appelle « à résister au nouveau  conformisme idéologique qui étouffe la liberté de penser et celle de choisir nos formes de vie ». En l’occurrence il voit dans la pénalisation des clients de la prostitution « l’un des indices de la vague androphobe contemporaine des sociétés occidentales ». Une vague qui « alimente  déjà une guerre froide entre les sexes ». Il vous en coûtera 18 euros : « Des putes & des hommes ; tous coupables, toutes victimes » Aux éditions Ring.

A demain

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