Traiter (par SMS) un coiffeur de «PD» n’est pas être homophobe. C’est une injure (5 000 euros)

Bonjour

Etre ministre signifie-t-il ne plus pouvoir se taire ? Myriam El Khomri, jeune ministre du travail, parle beaucoup, souvent trop. Cette fois elle ne connaissait strictement rien au dossier –  mais elle a aussitôt dénoncé un scandale. C’était ce matin sur RTL face aux griffes rentrées d’Olivier Mazerolle –  et l’affaire, cet après-midi, est partout sur la Toile. La ministre avait-elle, cette fois, vu juste ?

L’affaire ? Un  jugement du conseil des prud’hommes de Paris, rendu en décembre 2015, mais révélé par Metronews et mais diffusé dans la soirée du jeudi 7 avril sur Twitter. Saisi par un employé dans une affaire de licenciement abusif, le conseil des prud’hommes de Paris a considéré que le terme de « pédé » adressé à un coiffeur n’est pas homophobe. Le contexte ? Le jeune homme, employé en période d’essai dans un salon parisien, avait reçu (par erreur…)  en octobre 2014, un SMS de sa patronne qui disait : « Je ne garde pas [l’employé, NDLR], je le préviens demain, on fera avec des itinérants en attendant, je ne le sens pas ce mec : c’est un PD, ils font tous des coups de pute. »

SMS » inapproprié »

La période d’essai du jeune homme avait été rompue le lendemain pour « insuffisance professionnelle ». Estimant victime de discrimination liée à son orientation sexuelle, et très affecté psychologiquement, le jeune homme avait attaqué son employeur devant les prud’hommes. Il était en l’espèce soutenu par le Défenseur des droits, qui estimait qu’il y avait bien eu discrimination.

La défense ? Le salon de coiffure faisait valoir  que l’employé « travaillait lentement », avait des « difficultés d’intégration » et « qu’il refusait d’exécuter certaines tâches, mais prétendait accéder rapidement à un poste de manager ». Tout en reconnaissant « le caractère et la teneur inappropriés du SMS », l’employeur estimait que le terme de « pédé » « n’est qu’un simple abus de langage et que ce terme est entré dans le langage courant et qu’il n’a aucun sens péjoratif ou homophobe dans l’esprit de la manager ».

Milieu de la coiffure

Dans sa décision, le conseil des prud’hommes a repris les arguments de l’employeur. Mais il est allé plus loin, nettement plus loin,, très loin :

« En se plaçant dans le contexte du milieu de la coiffure, le conseil considère que le terme de “pédé” employé par la manager ne peut être reconnu comme propos homophobe, car il est reconnu que les salons de coiffure emploient régulièrement des personnes homosexuelles, notamment dans les salons de coiffure féminins, sans que cela pose de problèmes. »

Pour autant le même  conseil considère que « (…) que ce sont des propos injurieux qui ont été prononcés ». A ce titre, il a accordé à l’employé 5 000 euros au titre du préjudice moral. Ce dernier a fait appel.« L’injure non publique est punie par une contravention de 38 € maximum. Si c’est une injure raciste, sexiste, homophobe ou contre les handicapés, la contravention est de 750 € maximum, qu’elle ait été prononcée à l’égard d’une personne désignée ou d’un groupe de personnes », rappelle le site Service public.

Quid de la locutrice ?

Le Défenseur des droits a réagi sur Twitter : il juge la position du tribunal « surprenante ». Rappelons ici que « pédé » est un terme péjoratif désignant généralement (mais pas toujours)  un homosexuel masculin. « Il est parfois aussi repris par la communauté homosexuelle s’assumant, comme terme d’auto-désignation, sans connotation injurieuse, précise Wikipédia.  Cependant, ce terme est, selon son contexte d’utilisation, susceptible d’être considéré comme une injure homophobe et à ce titre punissable judiciairement comme tel ».

La lecture de l’ouvrage de Didier Eribon (« Pédé » in Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse, 2003, p. 355 ») laisse penser que la connotation du terme est à analyser avant tout en lien avec l’identité du locuteur, homosexuel ou non. On ne sait rien, ici, sur l’identité et la sexualité de la locutrice.

A demain

Lire aussi, sur ce thème – et sur Slate.fr : « Oui, «PD», c’est homophobe »

 

Une réflexion sur “Traiter (par SMS) un coiffeur de «PD» n’est pas être homophobe. C’est une injure (5 000 euros)

  1. Il faut lire le jugement. Le salon de coiffure a été condamné à verser 5000€ de dommages pour injure (c’est bien payé pour un ‘PD’ qui était plutôt punissable d’une amende de première classe). Le coiffeur, lui, voulait plaider le licenciement abusif pour discrimination à cause son orientation sexuelle et de son état de santé (un jour d’arrêt maladie….) , que n’ont pas reconnus les prud’hommes.
    Par ailleurs le reste du personnel a attesté de ses mauvais comportements professionnels durant la période d’essai.

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