Suspension des greffes cardiaques au CHU de Limoges : neuf morts sur dix-sept transplantations.

 

Bonjour

C’est la face inversée de « Réparer les vivants », bientôt sur tous les écrans. Après des fuites dans la presse, l’affaire est désormais résumée par le CHU lui-même : « Le CHU de Limoges suspend son activité de transplantation cardiaque ». Elle ne peut, bien évidemment, faire l’économie du jargon. Un jargon qui dit la tourmente. D’où il ressort que la direction « en appui du travail interne mené avec les équipes hospitalières en charge des greffes cardiaques  a sollicité la Société française de chirurgie thoracique et cardio-vasculaire pour déterminer les causes médicales de l’échec de neuf transplantations depuis janvier 2015 ».

Période de suspension

« Concomitamment, l’Agence Régionale de Santé Aquitaine Limousin Poitou Charentes  (ARS APLC) réalise actuellement une inspection en ce sens et afin d’envisager les actions correctives. Les résultats sont attendus dans les semaines à venir. Durant cette période de suspension, le CHU a organisé les modalités d’accueil, de prise en charge et de transport des patients éligibles à une greffe cardiaque, et, susceptibles d’être accueillis en situation d‘urgence, pour un transfert vers le CHU de Bordeaux et l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, sites autorisés à pratiquer la transplantation cardiaque. »

Les syndicats du personnel hospitalier disent comprendre mais s’opposeront à  la fermeture de cette activité de transplantation. La prise en charge des patients à Bordeaux et Paris s’effectuera « en lien avec les équipes de chirurgie thoracique et cardio-vasculaire du CHU de Limoges ». De même le CHU de Limoges « continuera d’organiser le suivi de programmation des patients, en relation avec les centres greffeurs de Bordeaux et Paris ».

L’établissement limougeaud prend actuellement contact avec l’ensemble des familles des patients transplantés. Il « communiquera régulièrement sur les avancées du travail d’analyse en cours et les mesures prises en lien (sic) »

Constat alarmant

Comment comprendre ? « Limoges n’est pas un des principaux centres de greffe du cœur en France, observe Le Populaire  – et ce même si la première remonte à 1988: seulement 5 opérations en 2012, autant en 2013, et 7 en 2014, d’après les chiffres-clé publiés chaque année par le CHU de Limoges. En revanche, en 2015, il y en aurait eu un peu plus : 13. Une hausse de l’activité qui n’est pas propre au centre limougeaud et qui correspond à l’augmentation des indications par l’Agence de biomédecine. »

Mais encore ? « Le constat devenait alarmant » note quant à lui Le Quotidien du Médecin.  Enregistrant 9 décès sur 17 transplantations cardiaques depuis janvier 2015, le taux de décès dépassait 50 % alors que, selon l’Agence de la biomédecine, le taux de survie à un an des malades greffés du cœur entre 1993 et 2012 sur l’ensemble de la France est de 74 %, soit un taux de décès de 26 % en moyenne ».

Les enquêtes en cours prendront en compte précisément les données relatives à tous ces cas de décès et analyser notre protocole de transplantation cardiaque. L’ARS APLC a d’ores et déjà indiqué au Quotidien que le CHU de Limoges « n’a pas fait l’objet d’une sélection particulière des patients pouvant expliquer ce nombre important de décès ». Elle précise  également « sans plus de précision » que le protocole de prise en charge de l’hôpital a évolué fin 2015, mais sans plus de précision à cette heure.  Elle ajoute qu’ « aucun nouveau patient n’est actuellement inscrit sur la liste nationale des transplantations au CHU de Limoges ».

Greffes d’utérus

Les archives montrent que depuis 1988 le CHU de Limoges n’a pas fait l’objet de signalement particulier dans ce domaine. Elles montrent aussi qu’en mars 2011, un problème s’était posé dans le domaine de la transplantation, mais il s’agissait alors des greffes de rein.  « La survenue inhabituelle de complications notamment infectieuses à l’origine probable d’une surmortalité » avait amené la direction générale du CHU à suspendre cette activité – une suspension levée deux mois et demi plus tard par le directeur général de l’ARS du Limousin. L’activité ayant alors repris « dans des structures et des organisations optimisées de nature à renforcer la qualité et la sécurité des patients pris en charge » avait annoncé l’hôpital.

Le Quotidien souligne enfin que l’établissement prend en charge habituellement une centaine de greffes par an. En 2014, 101 y ont été réalisées : 51 greffes rénales, 7 transplantations cardiaques et 43 greffes de cornée. Sa dernière notation (en 2014) lui attribuait un A pour les indicateurs de lutte contre les infections nosocomiales. En novembre dernier de nombreux médias avaient vanté les mérites d’une équipe chirurgicale du même CHU  qui venait de recevoir de l’Agence du médicament et des produits de santé (ANSM) l’autorisation de mener le premier essai clinique, en France, de greffe d’utérus.

A demain

 

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