Cannabis. Faudra-t-il traiter du serpent de mer aux primaires ? Vaudrait-il mieux se taire ?

 

Bonjour

15 avril 2016. Fin de la « séquence » cannabis. Elle aura duré moins d’une semaine. Lundi 11 Jean-Marie Le Guen, vieux routard du socialisme et bon connaisseur du dossier allume la mèche sur BFMTV (Ruth Elkrief). Depuis Marseille l’ami  Patrick Mennuci prend le relais. Mêmes causes, mêmes effets, chaque fois un peu surannés. Mêmes mots-clefs : Dépénalisation…. Légalisation… Trafics….  Santé publique… Jeunesse (protection de) … Précaution (principe de)… Réalité (principe de)… Raison (savoir garder)… Cités (difficiles)… Quartiers (idem).

#Nuit Debout ne veut pas tomber dans le piège politicien. La ficelle est trop grosse. Les priorités politiques sont ailleurs. Elles sont exposées place de la République, entre Nation et Bastille. Mêmes sujets, mêmes audiences. Les politiques montent sur les plateaux. Le Point (Alexandre Rousset) vient de résumer l’essentiel : les « présidentiables » ne veulent rien changer à l’ubuesque actuel. Modifier une loi qui n’est pas appliquée ? Il ne faut pas y songer.

Marine Le Pen : « C’est une idée profondément dangereuse. Là où ça a été fait, ça a été dramatique avec une explosion de la drogue et des problèmes psychiatriques dans la population » (Europe 1). Elle était invitée à répondre à la « séquence » précédente – celle amorcée alors par Daniel Vaillant, ancien ministre socialiste de l’Intérieur  (voir Slate.fr). »Les produits sont beaucoup plus dangereux dans leur composition maintenant qu’à l’époque où monsieur Vaillant était un peu hippie et tirait sur le joint ». Marine Le Pen n’a jamais été hippie et n’a jamais tiré sur un joint. « Non, tout ceci me fait bien trop peur pour que j’essaye » confie-t-elle.

Nicolas Sarkozy: « Je n’autoriserai pas la drogue. Je pense que c’est un drame pour les jeunes. Ils bousillent leur vie et ils bousillent leur avenir. C’est pour ça que je propose la contraventionnalisation. » C’était au micro de Skyrock un mois avant l’élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy disait alors son souhait de verbaliser les consommateurs de cannabis plutôt que d’engager des poursuites judiciaires. Il n’en fera rien. Cinq ans plus tard. Le socialiste François Rebsamen propose à son tour la contraventionnalisation des consommateurs d’herbe.  Nicolas Sarkozy, alors en campagne pour sa réélection condamne cette idée : « C’est irresponsable. Si la société envoie le message que fumer, se droguer, ce n’est pas un problème, que peut dire la famille ? Que peuvent dire les parents ? ». Nicolas Sarkozy ne boit pas de boissons alcooliques.

Alain Juppé : « Je considère depuis toujours la drogue comme un terrible fléau. Pour ceux qui la consomment et pour la société tout entière qu’elle mine de ses trafics mafieux. Il faut donc la combattre avec détermination. C’est pourquoi je suis et reste hostile à la dépénalisation du cannabis ». Cette profession de foi a été faite par l’ancien détaille Premier ministre sur son blog en 2015. L’idée de verbaliser la consommation de cannabis est toutefois reprise par Alain Juppé : il souhaite instaurer pour les consommateurs pris en flagrant délit  une « amende forfaitaire payable sur le champ ».

François Fillon : « C’est étrange. D’un côté, il y a un mouvement de plus en plus dur, à juste titre, contre le tabac, et de l’autre côté, on voudrait dépénaliser le cannabis ». En 2011 lorsqu’il était Premier ministre : « Ni sur le plan sanitaire, ni sur le plan politique, ni sur le plan moral, je ne puis envisager une seconde de voir l’État annoncer officiellement à sa jeunesse que le cannabis est désormais en vente libre. »

François Bayrou : « Je crois que la légalisation augmenterait la consommation. Pour faire reculer ce fléau qu’est la drogue, il faut repenser la manière de lutter contre elle. En tous les cas, c’est la santé publique qui doit constituer la ligne directrice à suivre dans cette affaire » (campagne présidentielle de 2007). L’homme n’est toutefois  « pas fermé à la réflexion ».  Son ami, président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde est lui ouvertement favorable à une « organisation de la consommation de cannabis » par l’État.

Manuel Valls : « J’ai la conviction que toute société doit savoir fixer des interdits. Je crois que la consommation du cannabis, parce qu’elle a un impact sur la santé publique, doit en rester un. » ( Interview du 13 avril à Libération, deux jours après la sortie de Jean-Marie Le Guen sur BFMTV.  En 2009, l’actuel Premier ministre s’était opposé à la proposition de Daniel Vaillant d’ouvrir le débat de la légalisation. Dans son livre ‘’Sécurité : la gauche peut tout changer’’ paru en 2011 (et disponible sur Amazon), il expliquait que « toute substance qui contribue à l’aliénation des hommes est pour moi une hérésie ». Aliénation et hérésie. A méditer. A rapprocher de peuple et opium ?

François Hollande : « Le cannabis doit rester un interdit, donc la pénalisation est nécessaire. Rien ne changera de ce point de vue » avait-il déclaré lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2012. Une fermeté qui contrastait avec son discours lors des primaires socialistes quelques mois plus tôt. Il estimait alors que la question du cannabis « devait être débattue au niveau européen ». Hier 14 avril, dans son entretien télévisé avec quatre Français (France 2, Michel Field). Le sujet n’a pas été abordé. Nul ne sait si le président de la République se représentera au suffrage universel prévu pour dans un an.

Laisser entre la lumière

Se morfondre devant cet immobilisme ? Nullement. Faire de l’air au contraire. Laisser entrer la lumière. Ouvrir les fenêtres de l’Hexagone, et pour cela lire la tribune éclairante du Dr William Lowenstein, interniste et président de SOS Addictions sur Slate.fr : « La guerre au cannabis est une mauvaise politique ». Ou, à tout le moins, lire la fin :

« Nous avons, en ce printemps à venir de 2016, quelques raisons de nourrir un pâle espoir. Tel le fantôme de Rigoletto, une lueur a éclairé notre pessimisme politique quand l’inénarrable professeur Bernard Debré, grand chirurgien urologue et tout aussi grand homme politique, a évoqué la possibilité d’une contravention, synonyme de dépénalisation.

« La traditionnelle fin de récréation sur ce sujet était traditionnellement sifflée par les Premiers ministres. Or, cette fois, le sifflet a été confié à Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture. Les plus allumés ne manqueront pas d’y voir un signal fort en faveur de l’autoculture du cannabis. Il y a, enfin, la perspective de foisonnement des candidats pour les diverses«primaires», un moment où les politiques acceptent d’évoquer ce qu’ils ne font jamais avant et après: parler, débattre de santé publique. C’est-à-dire, en France plus que n’importe où ailleurs, d’addictions. »

A demain

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