«Pass’contraception» : de quoi sa suppression peut-elle raisonnablement être le nom ?

 

Bonjour

Au départ c’est un scoop à retardement de Marianne (Delphine Legouté). « Le « Pass contraception » supprimé en toute discrétion par la majorité de Pécresse ». Depuis quelques heures l’affaire grésille sur les fils.

En toute rigueur il faudrait parler du « Pass’prévention-contraception » ; un dispositif, lancé en 2010 par Ségolène Royal en Poitou-Charentes.

« Que vous soyez une fille ou un garçon, le Pass prévention contraception vous permet d’accéder gratuitement à la prévention en matière de santé sexuelle, à la contraception et au dépistage des Infections Sexuellement Transmissibles (IST), accompagné(e) par un professionnel de santé. Il s’agit d’un chéquier comportant 7 coupons correspondant chacun à une prestation délivrée par un professionnel de santé, pour un suivi médical et la délivrance de tout type de contraceptif pour une durée moyenne d’un an.

 « Les consultations médicales sont des étapes incontournables du parcours car les prestations concernées sont délivrées sur ordonnance (hormis les préservatifs féminins et masculins). »

Droite conservatrice

 En pratique ce dispositif  est proposé aux jeunes, garçons et filles dans les lycées, les centres de formation d’apprentis (CFA), les établissements régionaux d’enseignement adapté (EREA) et les maisons familiales rurales (MFR). Le chéquier est remis de manière confidentielle, par un référent adulte identifié au sein du lieu de diffusion.

Qu’a bien pu révéler Marianne qui fasse tant de bruit ? Que la majorité de droite à la tête de la région Ile-de-France a annoncé, lors de la séance plénière du conseil régional du 7 avril, la suppression du Pass’ contraception,. L’opposition a aussitôt condamné une politique jugée typiquement conservatrice. 

« Trente ans après la mort de Simone de Beauvoir, Valérie Pécresse met fin au Pass’ Contraception » a observé-condamné la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, qui connaît ses classiques féministes. Moderne, elle l’a fait sur son compte Twitter.

Auvergne-Rhône-Alpes  touchée ?

L’association « Osez le féminisme ! » a quant à elle protesté dans un communiqué en élargissant la cartographie des indignations :

« Les régions Ile-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes, toutes deux présidées par des élu-e-s Les Républicains, viennent d’annoncer la suppression du Pass Contraception, outil d’accès gratuit et anonyme à la contraception pour les jeunes de 14 à 25 ans, pour des motifs budgétaires. (…)

 Anonyme et gratuit, le ‘’Pass Contraception’’ permet de toucher un public qui rencontre des difficultés (économiques, familiales etc.) dans son parcours de santé et sa sexualité. (…) Supprimer le Pass contraception, c’est pénaliser, une fois de plus, les plus précaires.

Dans le contexte actuel, où des centres IVG disparaissent, où les Plannings familiaux manquent de ressources, et où les cours d’éducation sexuelle reposent largement sur la bonne volonté des établissements scolaires, la suppression des Pass Contraception signe un vrai recul. Osez le Féminisme ! s’insurge que des responsables politiques fassent des économies sur la santé des jeunes !

Nous demandons à Valérie Pécresse et à Laurent Wauquiez de préserver cet outil, et même de le promouvoir davantage dans les lieux où il est diffusé. »

Mme Pécresse est-elle féministe ?

Le Planning familial est, comme on peut aisément l’imaginer,  très critique. « Les agissements de Valérie Pécresse ne nous permettent pas de confirmer son féminisme », affirme Veronica Noseda,  coordinatrice nationale. Ce qui mériterait d’être développé.

Idéologie ou pragmatisme ?  Valérie Pécresse fait valoir que ce dispositif est « un échec » (seuls 2.000 dispositifs ont été demandés) et qu’à ce titre il n’avait plus lieu d’être. La ligne budgétaire supprimée s’élève à environ  20 000 euros. Les autres budgets de la région consacrés à la contraception ou à l’interruption volontaire de grossesse sont maintenus ou augmentés. Mme Pécresse :

« Pour 500 lycées publics, ça fait 40 euros par lycée, soit 4 centimes par lycéen. Ces 20 000 euros étaient inscrits au budget mais pas dépensésIl y a un double langage : celui qu’on tient dans les hémicycles et dans les médias (…), et il y a la réalité des discours et des actions. »

Sévère bilan de l’IGAS

Si elle est attaquée par Marisol Touraine, ministre de la Santé, Mme Pécresse pourra rétorquer qu’un rapport (à bien des égards remarquable) 1 de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) réalisé à la demande de Mme Touraine avait, il y a un an, dressé un bilan d’une particulière sévérité (en annexe 4). Extrait :

« Le taux de recours au ‘’Pass’’ est relativement bas. Il varie sensiblement selon les régions en fonction de la manière de calculer la population éligible et des variations du volume de bénéficiaires mais, malgré ces différences, il est partout très bas. Ainsi d’après l’étude GAAP menée en 2014, parmi les quatre régions étudiées (cf. Poitou-Charentes, Rhône-Alpes, Aquitaine et Pays de Loire), le volume de ‘’Pass’’ distribués rapporté à la population éligible est inférieur à 4 % dans toutes les régions et le taux d’utilisation des chéquiers distribués est toujours inférieur à 50 % et parfois même inférieur au quart comme en Rhône-Alpes ; enfin, à peine plus d’un quart des coupons sont dépensés parmi les rares chéquiers utilisés(à savoir en priorité la délivrance des contraceptifs puis ensuite le coupon prévu pour la première contraception). L’analyse plus détaillée de la situation en Rhône-Alpes montre même que le taux de recours serait proche de 0,1 %. »

Comme souvent la polémique, superficielle, cache l’essentiel : les failles majeures et chroniques d’un « enseignement », ou plus précisément des prises de paroles, d’échanges, à visée pédagogiques sur la sexualité et ce au fil des années de scolarité. Distribuer ou éduquer ? Mme Najat Vallaud-Belkacem a-t-elle quelques idées sur le sujet ?

A demain

1 Ce rapport est disponible à cette adresse « L’accès gratuit et confidentiel à la contraception pour les mineures ». Ses auteurs sont Stéphanie Dupays, Catherine Hesse, et Bruno Vincent, membres de l’inspection générale des affaires sociales

Une réflexion sur “«Pass’contraception» : de quoi sa suppression peut-elle raisonnablement être le nom ?

  1. Bonjour,
    Pharmacien d’officine, je déplore la disparition de Pass. Cependant, je dois reconnaître deux choses :
    1) Je n’ai jamais été sollicité pour fournir des contraceptifs financés par ce type de dispositif de financement.
    2) J’ai le regret d’affirmer que je m’en réjouis car ce dispositif était d’une grande complexité pour se faire rembourser. Il était nécessaire de faire des dossiers papier que l’on envoyait au Conseil Régional d’Ile de France sans que celui ci n’ait communiqué sur ses délais de remboursement.
    Cordialement,
    Rémi Dufourcq-Lagelouse

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