Tue-mouches : l’interdiction d’un insecticide par le gouvernement menace le temps des cerises

 

Bonjour

Mangerons-nous des griottes et des bigarreaux ? A quel prix les Burlat, les Montmorency ? Stéphane Le Foll avait menacé. Il passe désormais à l’acte.  Faute d’accord avec ses homologues européens, le ministre  de l’Agriculture a annoncé, vendredi 15 avril, que la France déclencherait « la semaine prochaine » une clause de sauvegarde. En clair : interdiction de la commercialisation en France de cerises provenant de pays utilisant le « diméthoate ». Il s’agit ici de protéger les consommateurs. Mais la mesure pourrait aussi priver les amateurs de ce fruit placé parfois au sommet d’une pâtisserie.

Les fleurs passées et la cueillette doit commencer dans quelques semaines. Mai des cerises, gouttes de sang, mémoire de Jean-Baptiste Clément qui écrivit, aussi, Dansons la capucine, une histoire de pain sans partage.

Nuages vinaigrés sur les cerisaies 

Qu’en sera-t-il, précisément, en France ? Le gouvernement a prononcé l’interdiction unilatérale de l’usage d’un insecticide connu des professionnel de l’arboriculture sous le nom de « diméthoate » et commercialisé sous la marque DIMATE BF 400.

C’est là un insecticide à « large spectre » sur le marché depuis le lendemain de la Seconde Guerre. Insecticide systémique, organophosphoré, efficacité et toxicités redoutables. Détruit les mouches et la plupart des diptères. Il était hier encore autorisé dans l’Hexagone, notamment en oléiculture dans la lutte contre Bactrocera olea . C’était aussi une thérapeutique maniée par les producteurs de cerises. Or son autorisation de mise sur le marché a été retirée depuis le 1er février 2016.  D’où ces nuages noirs, vinaigrés, sur les cerisaies.

Il y a quelques jours, comme on peut le voir sur FranceTV Info,  des producteur du Lubéron  (ont abattu trois cents arbres pour protester contre l’interdiction de cet insecticide « seule méthode efficace », selon eux, pour protéger les cerisiers d’une mouche d’une particulière nocivité : Drosophila suzukii. Ses larves ont la capacité de détruire les fruits, occasionnant des pertes de productions considérables. Cette même mouche peut aussi, dans certains cas, se révéler redoutable pour les vignerons. Elle s’attaque aux grains de raisin et provoque des foyers détestables de pourriture acide. Ce fut notamment le cas en 2014 dans quelques-unes des plus belles parcelles (à Vernou-sur Brenne notamment) de l’appellation Vouvray.

Concurrence distordue

L’interdiction par le gouvernement du diméthoate fait suite à un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) : « Avis  de l’Anses relatif à une demande d’appui scientifique et technique concernant le diméthoate ». Vérité en France, erreur à l’étranger ?  Stéphane Le Foll avait, fin mars, saisi la Commission européenne pour demander l’interdiction immédiate de cette molécule (déjà décidée par l’Italie et l’Espagne) au sein de l’Union, afin d’éviter toute distorsion de concurrence entre producteurs européens.

La Commission a alors saisi l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Et cette dernière a constaté « l’absence de données » concernant les effets de cette molécule sur la santé des consommateurs. En d’autres termes les experts des deux agences ne font pas la même lecture des mêmes données scientifiques. Chaque capitale des pays de l’UE place la barre où il veut, jouant comme il l’entend avec l’économiecologie, la science et le protectionnisme. Et aucune voix indépendante pour faire la traduction éclairée de ces deux avis scientifiques qui, à partir des mêmes données, aboutissent à des recommandations opposées.On aimerait, ici, quelques explications de l’Anses.

On peut désormais penser que les consommateurs français de cerises seront mieux protégés. Certes.Reste à savoir s’ils pourront en déguster. Protégés d’une concurrence étrangère distordue les producteurs sont sous la menace de l’insecte. Ils évoquent déjà, si on laisse faire Drosophila suzukii, des prix de l’ordre de 50 euros le kilogramme. Voire plus. Le ministre recevra, mardi 19 avril, les représentants des producteurs pour évoquer avec eux des « mesures concrètes de protection » alternatives contre les mouches. Le temps presse, les fleurs sont fanées, le ver s’approche du fruit.

A demain

 

3 réflexions sur “Tue-mouches : l’interdiction d’un insecticide par le gouvernement menace le temps des cerises

  1. Quelle vie!!! Et pendant ce temps, les Pompettes en sont à 700 000 vues en 3 jours, encore loin que MDK, mais quand même : le jour où nos stratèges sauront faire la même pub à nos films de prévention, W, on leur offre des queues de cerises!

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