Le donneur de sperme était un délinquant psychotique. Trente-six enfants. Et après ?

Bonjour

Ont-ils les yeux bleus ? C’est une déclinaison, réelle, de Starbuck. L’affaire, peu banale, est rapportée des deux côtés de l’Atlantique. Voir The Star :Three Ontario families sue sperm bank and Canadian distributor”. Trois familles canadiennes viennent d’engager des poursuites en justice contre une société américaine commercialisant des échantillons de sperme humain. Motif de leur plainte : le donneur (n ° 9623) était, sur catalogue, présenté comme un homme d’une particulière intelligence. Il ne semble pas que ce soit le cas.

La plainte vise, pour tromperie sur la marchandise, la société américaine Xytex Corp et son distributeur canadien Outreach Health Services (« créateurs de familles depuis 1999 »). Les trois familles réclament des dommages de 15 millions de dollars canadiens (10,4 millions d’euros).

Tromperie sur la marchandise

Il apparaît aujourd’hui qu’au moins trente-six femmes (en Grande-Bretagne, au Canada et aux Etats-Unis) ont donné naissance à des enfants durant les dix dernières années à partir d’une insémination artificielle avec le sperme de cet homme. « Ces couples cherchaient de l’aide pour fonder une famille et dans une situation de vulnérabilité, ont placé leur espoir dans une banque du sperme », a fait valoir leur avocat Me James Firema. Espoir déçu, mais à quel titre.

Elles accusent les deux firmes d’avoir présenté le n°9623 comme une personne en parfaite santé, dotée d’un quotient intellectuel élevé et titulaire d’un doctorat d’ingénieur en neurosciences. Or une erreur de transmission leur a permis d’apprendre sa véritable identité (Xytex avait par inadvertance joint dans un courriel les coordonnées du fournisseur).

Narcisse, psychotique et toxicomane

Une erreur de mail, une recherche sur Internet et les couples receveurs de découvrir que l’homme était en fait âgé de 39 ans et qu’il souffrait de schizophrénie, ainsi que de troubles psychotique et narcissique de la personnalité en raison de sa consommation de drogues. Il avait été emprisonné pour divers délits et cambriolages et avait abandonné ses études universitaires il y a une vingtaine d’années. Son sperme aurait continué a être commercialisé jusqu’en janvier de l’an dernier.

Où l’on en vient à une question de fond : les données connues sur la génétique (et celles plus récentes sur l’épigénétique) permettront-elles qu’il y a, ici, perte de chance ? En d’autres termes ce passé de délinquant toxicomane est-il transmissible dans les gènes comme on pensait que l’était un QI élevé et une carrièr brillante ? Où l’on voit, aussi ce qu’il peut en être de la commercialisation des éléments du corps humain ; ici les cellules sexuelles. Il y a quatre ans, lors de la sortie du film Starbuck, Slate.fr s’était penché sur la question des possibles dérives des banques de sperme : « ‘’Starbuck’’: Peut-on vraiment avoir 533 enfants? » (Charlotte Pudlowski).

Régénérer l’humanité

On y rappelait que la marchandisation du sperme (et des ovocytes est, en France, interdite par la loi de bioéthique. L’ensemble du système (ou presque) est géré par les Cecos (Centres d’Etudes et de Conservation des Oeufs et du Sperme). Il est reçu en consultation par un médecin, pour voir sa motivation, puis éventuellement par un psychologue. Slate.fr :

« Quelques candidats sont parfois récusés. Ceux qui, par exemple, se trouvent beaux et veulent régénérer l’humanité. (Ils existent.) Puis le dossier du futur donneur est établi: on fait des tests et une enquête génétique. C’est une enquête orale, faite par un généticien, pour déterminer si l’entourage familial est atteint de maladies génétiques. Au terme de cette enquête, le donneur peut être récusé parce qu’il y a un risque mais c’est exceptionnel. Le plus souvent il va être accepté (…).»

 Mention au bac

Quels sont, en France, les examens médicaux pratiqués chez le donneur ? Voici ce que répondent les Cecos au chapitre génétique : « Le bilan comporte un entretien permettant la recherche de facteurs de risque génétiques : enquête génétique concernant ses ascendants, descendants et collatéraux, à la recherche de maladies graves transmissibles. »

Rien n’est dit aux couples receveurs sur le QI du donneur, ni sur d’éventuelles pathologies psychiatriques, ni le casier judiciaire.Rien, non plus, sur la mention au bac ou sur le statut socio-économique. Et, pour l’heure, rien sur les yeux bleus.

 A demain

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