Essai clinique mortel de Rennes: une découverte assez «surprenante » relance l’affaire

Bonjour

Nouvelle étape dans la recherche de la vérité. Qui est responsable de la mort du « volontaire sain » qui, moyennant de l’argent, avait accepté de participer à un essai conduit par la société BIOTRIAL de Rennes ? L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) vient de publier le rapport final de son  Comité Scientifique Spécialisé Temporaire (CSST). Ses conclusions constituent une vérité. Une deuxième sera celle des autorités judiciaires, et une troisième celle de l’Inspection Générale des Affaires sociales (IGAS).

Ces trois vérités seront-elles convergentes ? Seront-elles parallèles ? Discordantes ? La vérité judiciaire se nourrira-t-elle de la vérité scientifique ? Que diront les policiers de l’administration de leurs collègues de l’ANSM ? Où l’on voit que c’est là, finalement, sinon un petit monde, du moins un entrelacs.

Indépendance et transparence

Fin mars Le Figaro avait sérieusement mis en doute l’indépendance des membres du CSST, membres choisis par l’ANSM et qui, pour certains ont des liens professionnels avec cette agence. L’ANSM répond clairement  au Figaro : « Le rapport publié aujourd’hui a été élaboré par les membres du comité qui ont exercé leur expertise en totale indépendance, conformément aux règles qui président au fonctionnement de ces comités ». L’institution n’en dira pas plus.

Ses douze membres avaient pour objectif « d’explorer les hypothèses pharmacologiques et toxicologiques qui ont pu conduire au décès d’un volontaire en janvier 2016 et à l’hospitalisation de cinq autres volontaires ».

Douze membres « choisis pour leur compétence en toxicologie, pharmacologie, pharmacovigilance, neurologie et médecine interne ». Le rapport final des travaux de ce CSTT est désormais disponible sur le site de l’ANSM.

Que retenir des conclusions des douze experts indépendants et totalement transparents ? Ceci :

1 L’accident survenu chez plusieurs volontaires de l’essai mené par BIOTRIAL « apparaît clairement lié à la molécule testée ». On pouvait s’en douter. En revanche « il est très peu probable que cette toxicité soit liée à la stimulation du système endocannabinoïde via l’inhibition de la FAAH (cible pharmacologique du BIA 10‐2474). » En d’autres termes la mort et les lésions cérbrales observées seraient des dégâts « collatéraux ».  Pour les experts « un mécanisme toxique lié à l’augmentation des concentrations intracérébrales d’anandamide paraît également a priori à exclure » ; de même que « la responsabilité de l’un des métabolites identifiés du BIA 10‐2474 ».

2 L’hypothèse à ce jour la plus vraisemblable est celle « d’une toxicité propre de la molécule via sa fixation sur d’autres structures cellulaires cérébrales (…) ». « Ceci serait de nature, à expliquer pourquoi l’accident de Rennes n’est survenu qu’à partir du cinquième jour d’administration d’une dose de 50 mg et non chez les volontaires ayant reçu une dose deux fois plus forte en administration unique » précisent les experts. Mais rien n’est clair : « Le fait que cette toxicité n’ait pas été observée chez l’animal malgré l’administration de doses très élevées reste, à ce jour, inexpliqué ». Pour autant ces mêmes experts pointe la responsabilité des auteurs du protocole de l’essai clinique : « l’accélération peu compréhensible de l’escalade des doses entre les cohortes MAD 20 et 50 mg a vraisemblablement joué un rôle important dans le déclenchement de l’accident ».

On notera l’usage euphémistique du peu compréhensible. Ils expliquent encore pourquoi l’augmentation des doses était particulièrement  risquée. Et ils n’osent pas imaginer ce qui se serait passé avec la dernière dose prévue initialement, soit 100 mg….

3  Grand flou pour situer les responsabilités de l’ANSM. Ainsi les exeprts du CSST écrivent-ils au directeur général de l’ANSM : « Il n’entrait pas dans les prérogatives du CSST (contrairement aux deux inspections en cours) de se prononcer sur le bien‐fondé de l’autorisation de l’essai par l’ANSM après avis du Comité de Protection des Personnes de Brest ». Pour autant le CSST dédouane de facto,  au plan scientifique, la responsabilité de l’ANSM. On lit notamment ceci :

« Les données transmises, notamment la Brochure Investigateur ne contenaient pas d’informations, notamment au plan toxicologique, de nature à faire craindre un risque particulier lors d’une première administration à l’homme. Rappelons cependant que cette brochure comporte un assez grand nombre d’erreurs, d’imprécisions, d’inversion de chiffres ou de traduction erronée des documents sources qui rendent la compréhension difficile sur plusieurs points. Ceci est tout à fait surprenant du fait de l’importance réglementaire de ce document. »

Question : qui a notamment rédigé la « Brochure Investigateur » ? Qui l’a lue ? Où, quand, comment ? Qui l’a commentée ? Que signifie, concrètement, le surprenant des experts ? Pourraient-ils traduire ? Que dira la justice ?

L’affaire de l’essai clinique mortel de Rennes pourrait bien ne faire que commencer.

A demain

4 réflexions sur “Essai clinique mortel de Rennes: une découverte assez «surprenante » relance l’affaire

  1. Bonjour,

    Il est encore plus surprenant que seule la BI soit considérée comme « peu en ligne » avec les prérogatives de rigueur scientifique et éthique qui gouvernent toute recherche biomédicale. Car le protocole comporte lui aussi son lot d’imprécisions/d’absences notamment sur la définition des doses de la MAD (pour rappel le protocole prévoyait 4 cohortes comme il était prévu 8 cohortes pour la SAD). Il a été décidé de compléter les cohortes de la MAD alors que cette décision n’a pas été prise pour compléter les cohortes de la SAD et au vu des évènements dramatiques, c’est cet argumentaire /justification de la dose de la 5ème cohorte qui doit être investiguée.

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