Haines officinales: l’invraisemblable histoire de la pharmacie Barichard (Saint-Cyr-sur-Loire)

Bonjour

D’où vient-elle, l’énergie de la haine ? Après la « boucherie indigne »  de l’hôpital Jacques Cœur de Bourges c’est une nouvelle histoire invraisemblable. Non pas chirurgicale, mais bien officinale.  Il faut quitter le Cher et descendre la Loire, Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry… jusqu’à Tours. « La guerre des officines » titre La Nouvelle République d’Indre et Loire.

C’est un feuilleton que tient à la perfection le quotidien ligérien. C’est un abcès que nul ne parvient à vider ; pas même Marisol Touraine ministre de la Santé. Nous sommes à Saint-Cyr-sur-Loire, commune richissime dont le maire connaît quelques difficultés avec son passé de trésorier d’une campagne présidentielle. Ici Balzac fut élevé au son des mésanges par une belle nourrice, face à une Loire où flottaient encore les voiles. Il se serait nourri de l’affaire Barichard, en eût fait un pendant de l’Illustre Gaudissart  et de ses vins de Vouvray. Félix Gaudissart était le premier des voyageurs de commerce de la glorieuse monarchie de Juillet. Elisabeth Barichard est pharmacienne d’officine à une époque où même les pharmaciens ne vont plus très bien.

L’affaire ferait l’une de ces délicieuses séries télévisées qui plaisent tant aujourd’hui. Elle commence il y a plus de vingt ans en haut de La Tranchée, voie ouverte par un Roi souhaitant aller plus vite vers l’Espagne. Ce sera bientôt la Nationale 10. La pharmacie est petite, un peu plus au nord, sur la route qui mène à Château-du-Loir puis au Mans on annonce ce qui sera bientôt un hyper. Mme Barichard y déménage. Ce sera le début du calvaire. Un ligue est formée, quelques confrères assurant une haine vigilante, prêts à tout pour chasser l’intruse. Une affaire de territoire et de caisses-enregistreuses.

Galerie marchande

Avril 2016 : par décision de justice, Elisabeth Barichard vient de perdre de nouveau sa licence. »Le 26 juin prochain, cela fera dix ans que la pharmacie Barichard est installée dans la galerie marchande du magasin Auchan à Saint-Cyr-sur-Loire, nous dit le journal. Et cela fait maintenant plus de dix ans que le transfert de cette officine – qui était auparavant située près du carrefour de la Tranchée – est régulièrement attaqué en justice par cinq pharmacies des environs, au motif que ce transfert ne respecte pas les critères démographiques imposés par la loi. »

On a beau lire ce feuilleton depuis le premier épisode, rien ne perce des raisons profondes qui le nourrissent. On peine à imaginer que la concurrence commerciale, le goût du lucre, en soit l’unique moteur. Ou plus précisément que les institutions municipales, ordinales et politiques n’aient pas trouvé les moyens d’étouffer ce désolant spectacle. L’affaire est pourtant montée très haut, jusqu’à Paris, jusqu’au parapheur de la ministre de la Santé, ancienne élue du département qui y revient très régulièrement. Mais les ministres, même les ministres, n’ont plus le pouvoir dont ils pouvaient, hier, user. La Nouvelle République :

Marisol Touraine

« Le 25 février dernier, cet interminable feuilleton a connu un énième épisode avec l’annulation de l’arrêté du ministère de la Santé qui avait accordé à Elisabeth Barichard l’autorisation d’exercer dans le centre commercial de Saint-Cyr, au vu du projet de lotissement qui doit sortir de terre non loin de là, d’ici 2018. Le ministère et la pharmacienne ont fait appel de ce jugement mais, en attendant, Elisabeth Barichard a perdu sa licence professionnelle. »

Et c’est ainsi  que dans une galerie marchande du Jardin de la France une pharmacie peut, aujourd’hui, vendre de tout à l’exception de médicaments. Peut-on vivre avec les seuls rayons, fussent-ils bien achalandés, de parapharmacie ? Ce n’est pas la première fois que la pharmacienne de Saint-Cyr se trouve ainsi sanctionnée. La dernière fois, il y a deux ans, son officine avait été privée de 90 % de son chiffre d’affaires pendant sept mois. Elisabeth Barichard avait mené une grève de la faim de 45 jours. (« Beau cas de haine ordinaire chez des pharmaciens »).

Cahier de doléances

« C’est une épreuve pour toute l’équipe. Ce conflit n’a pas de sens. A une époque où les gens attendent toujours plus de services, il est temps que notre profession prenne en compte les évolutions de la société », commentait hier Elisabeth Barichard qui emploie cinq salariés. Elle peut aussi tabler sur l’appui sans faille de ses fidèles clients  et d’un comité de soutien fort de 1.500 adhérents. Il y a aussi les témoignages de solidarité. On peut les lire sur un registre de doléances. « Tenez bon ! L’acharnement de quelques individus ne doit pas vous arrêter. … »… « L’exercice de votre fonction est vital pour nous… ». On peut les lire sur un registre de doléances.
La pharmacienne sans médicaments attend désormais le début des travaux du quartier « Central Park » entre Saint-Cyr et Tours-Nord. Sept cents nouveaux logements doivent être construits dans les deux ans à venir. La pharmacie Barichard  pourrait, dit-on,  obtenir une nouvelle licence dans le courant du mois de mai. Les ligueurs se tiennent coi. Il faut relire Gaudissart. Et le père Grandet. Sans oublier Vautrin.

A demain

2 réflexions sur “Haines officinales: l’invraisemblable histoire de la pharmacie Barichard (Saint-Cyr-sur-Loire)

  1. Monsieur le médecin journaliste,

    Les personnes averties de ce dossier regrettent d’avoir à vous dire que votre article d’opinion est l’article d’un ignorant.
    Vous n’en êtes pas fautif puisque votre seule information provient de la seule lecture d’un quotidien à « l’information » partielle et partiale.
    En effet, de toute évidence, l’ensemble des articles publiés semblent relever plus du militantisme que du journalisme.
    Est-ce parce que le principal sponsor publicitaire et donc économique de ce quotidien est ce groupe de la grande distribution désirant une pharmacie pour sa galerie marchande malgré la loi démo-géographique d’implantation des officines ?

    En tous cas, depuis 10 ans, Madame Barichard, pharmacien à Saint-Cyr-sur-Loire, qui a transféré dans un centre commercial est présentée en victime de l’acharnement de confrères et elle prétend avoir le soutien de la profession.

    On peut donc se demander pourquoi le Conseil Régional de l’Ordre des Pharmaciens a toujours émis un avis défavorable à son transfert, pourquoi ce pharmacien perd toujours devant les tribunaux, même à deux reprises devant le Conseil d’Etat ?

    La justice juge objectivement à partir de la réalité des faits :

    Après avoir abandonné la population de son quartier d’origine pour laquelle elle avait obtenu sa licence, Madame Barichard a demandé son transfert à environ 2 km de son lieu d’origine dans la galerie marchande d’un hypermarché en périphérie de la commune sur un vaste plateau économique de seulement 200 habitants résidents (Pour mémoire, aujourd’hui , pour assurer la viabilité d’une officine à créer, le quota retenu est de 4500 habitants autour de celle-ci).

    Ce secteur, réservé aux entreprises et aux commerces ne peut recevoir de nouveaux habitants.
    Les deux autres quartiers que Madame Barichard revendique, sont déjà desservis chacun par deux pharmacies préexistantes.

    Dès lors, après 4 annulations par les tribunaux, comment ne pas penser qu’il s’agisse là d’autorisations de complaisance liées aux appuis politiques de ce pharmacien ?

    Comme médecin vous savez que ce qui caractérise un malade c’est d’abord sa difficulté à se déplacer. C’est pour cela que le législateur français a voulu que les pharmacies soient de proximité et exercent au sein de quartiers ou de villages à la population résidente.

    Il n’a pas voulu un système « à l’américaine » pour des populations de passage dans des centres commerciaux excentrés des lieux où elles habitent. Tous les contre exemples que l’on pourra soulever ne sont que les fruits de dérogations à la loi par interventions et pressions extérieures…et par le laissé faire…

    Comme médecin, on pourra trouver piquant vos écritures venant contester des décisions de justice qui veillent au respect d’une loi garantissant l’accès à une officine de proximité sur tout le territoire national pour éviter les déserts pharmaceutiques, alors que les médecins sont eux-mêmes incapables de s’organiser pour éviter les déserts médicaux !

    Dans le dossier du transfert Barichard, la Cour administrative d’appel a récemment constaté que l’administration avait comptabilisé des populations qui avaient déjà été recensées ou qui étaient en dehors du quartier d’accueil, ce que le directeur général de l’ARS du Centre a bien été obligé de reconnaître devant le tribunal !

    Quant au futur quartier non encore construit qu’elle revendique depuis des années, il se trouve à 2,2 km du lieu de transfert et dispose déjà d’une pharmacie préexistante à 400 m et d’une autre à 700 mètres.

    Ainsi la Cour administrative d’appel a-t-elle pu conclure en novembre 2015 : « la population de ces secteurs ne pouvait être rattachée au quartier d’accueil et prise en compte pour retenir que le transfert en cause permettrait de desservir de façon optimale la population de ces quartiers. » (CAA 10/11/2015 N°13NT02274)

    Faut-il changer la loi pour faciliter les transferts abusifs et satisfaire les grandes enseignes qui ne pensent qu’à augmenter leur chiffre d’affaire au détriment du maillage pharmaceutique et de la santé publique ?

    La fréquentation des pharmacies préexistantes de proximité a considérablement baissé depuis ce transfert, mettant en difficulté celles-ci en raison de l’attractivité du centre commercial sur la population. De plus, l’une des pharmacies du secteur en redressement judiciaire est en train de fermer. Là, l’émotion de la NR sur cette situation est moins visible…

    Ce sont donc bien ces pharmacies préexistantes légalement installées et répondant à la volonté du législateur quant à l’aménagement du territoire en terme de santé publique qui sont les véritables victimes de cette succession de passe-droit de l’administration pour maintenir artificiellement ouverte une officine illégale au profit d’un supermarché.
    Est-cela que le citoyen est en droit d’attendre du devoir de contrôle de l’administration ?

    Heureusement la France est un état de droit, la Justice protège encore l’humble de l’arbitraire !

    Le ministre de la santé qui avait accordé le dernier transfert sous la pression, entre autres d’une déclaration de « grève de la faim », vient d’être désavoué par les juges.

    Pourtant malgré l’annulation de sa licence par le tribunal administratif, le 25 février 2016, Madame Barichard a continué d’exercer en toute illégalité. La NR ne s’en est pas plus émue alors qu’aucune assurance ne couvre les clients victimes de possibles erreurs d’une activité pratiquée illégalement…

    Avertis, le directeur général de l’ARS du Centre et l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament ont laissé faire, en violation du Code de la Santé Publique qui interdit aux grossistes-répartiteurs et aux laboratoires de livrer des médicaments à un pharmacien sans licence. La NR ne s’en est pas plus émue…

    L’État serait-il au-dessus des lois ?

    Preuves à l’appui, tout cela a été dit aux « journalistes » de la NR mais il semble bien qu’à la vérité, ils ont préféré l’angle de l’émotion pour un faire un feuilleton…
    Le seul acharnement a constaté dans ce dossier est celui de madame Barichard insistant contre la loi pour le maintien d’un transfert qu’elle savait illégal bien avant même que celui-ci ne soit effectif.

    En espérant vous avoir informé plus précisément, notre collectif de pharmaciens tient à votre disposition toute pièce vous permettant de vous faire votre propre opinion.

    Pour le collectif des pharmaciens
    Michel BIGNAND
    Docteur en pharmacie

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