Comment expliquer le mystère de l’envolée des honoraires des chirurgiens-dentaires ?

Bonjour

26 avril 2016, actualités dentaires. Surnommé le « dentiste boucher » Jacobus Marinus – dit « Mark » – Van Nierop  a été condamné à huit ans de prison par  le tribunal correctionnel de Nevers. Le « dentiste de l’horreur » était poursuivi pour « escroqueries », « faux et usage de faux » et« violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente ». Il avait lésé et fait endurer de vives souffrances  à plus d’une centaine de ses patients, à Château-Chinon (Nièvre), entre la fin de 2008 et juillet 2012.

Autre actualité : un rapport provisoire qui était destiné à ne pas rester dans l’un des innombrables tiroirs en acajou de la rue Cambon. Le Figaro (sur abonnement) l’a déniché (Guillaume Guichard) et en publie aujourd’hui des extraits – au grand dam de l’Ordre des chirurgiens-dentistes qui vient de dire son courroux sur RTL.  Les magistrats de la Cour des Comptes auteurs du projet de rapport sur « les soins bucco-dentaires » s’en donnent à cœur joie. C’est, dit-on, « une charge sans concession », un document « accablant ». Un exemple de « faillite des politiques publiques face aux professionnels ».

Lanceurs et photocopieurs

Comment Le Figaro a-t-il eu accès à ce document ? Peut-être parce que ce dernier a été adressé aux organismes que la Cour a auditionnés pour qu’ils fassent part de leurs remarques. On ne maîtrise plus, aujourd’hui, ni les lanceurs d’alerte ni les photocopieurs.

Ce «désengagement» des pouvoirs publics, le «manque de transparence du secteur», ainsi que «l’indigence des contrôles de la profession» expliquent l’état de santé bucco-dentaire «médiocre» de la population française, selon les magistrats de la rue Cambon. À cause de la progression des dépassements d’honoraires ces dernières années, un cinquième des patients renoncent à consulter leur dentiste. La Cour appelle donc à «réformer profondément l’organisation des soins bucco-dentaires».

La version finalisée, « trois colonnes », du rapport (avec les réponses du ministère et des institutions mises en cause) ne sera pas connue avant plusieurs mois. Dans l’attente on peut, en pleine conscience, méditer quelques chiffres :

Non respect des engagements

« Malgré trois hausses de tarifs accordées depuis 2006 aux professionnels qui lui ont coûté 160 millions d’euros par an, la Sécu n’a pas atteint son objectif de contenir l’envolée des dépassements d’honoraires. (…) Les engagements pris par la profession n’ont (…) jamais été à la hauteur des efforts consentis par l’Assurance-maladie. Ils n’ont par ailleurs pas été respectés.

« Actuellement la Sécu rembourse seulement 33% des 10,6 milliards d’euros de dépenses bucco-dentaires, et les mutuelles environ 39%. Le reste, soit plus de 2,6 milliards d’euros est réglé directement par les patients. »

Une solution envisagée par la Cour serait que l’Assurance-maladie laisse les seules complémentaires-santé rembourser les soins lourds (dont les prothèses). Elle pourrait en contrepartie concentrer ses moyens sur les actes dentaires plus légers (de prévention et d’entretien). Le postulat est ici que les complémentaires peuvent peser davantage sur les prix. Il faudrait, pour cela, que les chirurgiens-dentistes ne soient pas allergiques à la transparence : dire, par exemple, à quel prix ils achètent « les prothèses et autres dispositifs coûteux ».

Concurrence non respectée

« La Cour appelle à développer plus largement les réseaux de soins, écrit Le Figaro. Ces derniers, comme Santéclair et Carte Blanche, proposent à leurs assurés des tarifs de 10% à 15% inférieurs s’ils se rendent chez des dentistes agréés. Or ces structures font l’objet d’attaques régulières de la part de l’Ordre des chirurgiens-dentistes et des syndicats. » Des attaques qui ont été sanctionnées par l’Autorité de la concurrence en 2009.

Saisi par Santéclair, le Conseil de la concurrence avait alors sanctionné le Conseil national de l’Ordre des chirurgiens-dentistes et les conseils départementaux du Bas-Rhin, des Pyrénées-Orientales, de Saône-et-Loire, du Var et du Vaucluse à hauteur de 78 000 euros, pour avoir incité, de 2002 à 2008, les chirurgiens-dentistes à boycotter un partenariat avec Santéclair.

Or ces attaques, nous dit-on, persistent. Il n’est nullement question, ici,  de santé publique, de probité ou d’honneur de la profession. C’est ainsi : ne saisit pas toujours, de l’extérieur, ce que défend vraiment l’Ordre des  chirurgiens-dentistes. Le « dentiste boucher » de Château-Chinon était-il à jour de ses cotisations ?

A demain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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