Vaccins et aluminium: l’Académie de pharmacie coupe les ponts avec les militants «anti»

 

Bonjour

Certains le vivront comme une provocation. Dans le cadre de la Semaine européenne de la vaccination  l’Académie nationale de pharmacie fait le point sur « son action en faveur de la vaccination sur tous les fronts ». Elle vient ainsi de publier « La vaccination : une priorité de santé publique. Réflexions et contributions académiques ». On y lit ceci, sous la signature de François Chast, président honoraire de cette auguste compagnie, dans un texte intitulé « La vaccination, créatrice de lien social » (sic).

« Aucune approche pharmacologique n’aura autant fait que les vaccins pour traiter ou prévenir les maladies infectieuses et gommer les inégalités sociales ou culturelles face à certaines maladies. Malheureusement, il n’existe pas de vaccination pour prévenir les opinions publiques de la bêtise ou de l’obscurantisme et les guérir des attitudes irrationnelles ou idéologiques face à la prévention des maladies infectieuses. »

 La même Académie avait, fin mars, publié un rapport intitulé « Les adjuvants aluminiques : le point en 2016 » dont Le Figaro de ce jour (Damien Mascret) expose la genèse et le relatif dépit qui suivit : « Vaccins: l’interminable débat sur les adjuvants à base d’aluminium ». Dépit exprimé notamment par les responsables de l’association « E3M » d’entraide aux malades de myofasciite à macrophages qui milite pour des « vaccins sans aluminium ».

Rêve d’un consensus

Les conclusions du rapport ruinent les espoirs de ceux qui imaginaient qu’un consensus serait un jour possible.  On peut y lire ceci :

« La vaccination a permis d’éradiquer la variole, d’envisager l’élimination prochaine de la poliomyélite et de contenir un grand nombre d’infections parmi lesquelles la diphtérie, le tétanos, la tuberculose et la rougeole. Pourtant, depuis une quinzaine d’années, la vaccination est remise en cause par certains groupes de pression très actifs, alors que, paradoxalement, nos autorités de santé sont fortement sollicitées par les citoyens pour que des vaccins soient développés contre l’infection à VIH, l’hépatite C, la fièvre hémorragique Ebola ou l’infection à virus Zika. 

 « Si certains ne remettent pas en cause la vaccination en elle-même, ils remettent en question la sécurité des vaccins contenant des adjuvants, plus particulièrement des dérivés de l’aluminium qu’ils rendent responsables d’une symptomatologie complexe regroupée sous le nom de myofasciite à macrophages. Il s’agit d’une entité histologique caractérisée par des dépôts d’aluminium dans le tissu musculaire accompagnée de myalgies, d’arthralgies, de fatigue et de troubles cognitifs. »

 L’Académie de pharmacie précise que depuis vingt ans, 445 cas de myofasciite à macrophages ont été notifiés aux centres de pharmacovigilance en France. Durant la même période, environ 160 millions de doses de vaccins contenant un adjuvant aluminique ont été administrées – soit de l’ordre de un cas pour 360 000 vaccinations. Face aux doutes exprimés sur la sécurité des vaccins à adjuvant aluminique, l’Académie  a entrepris une étude des données cliniques et expérimentales les plus récentes publiées sur ce sujet ainsi que des données de pharmacovigilance et de pharmaco-épidémiologie obtenues en France depuis la notification des premiers cas de myofasciite à macrophages.

Une maladie très française

Conclusions académiques : l’aluminium sous la forme d’hydroxyde ou de phosphate est utilisé dans les vaccins depuis plus de 80 ans ;  cette utilisation est motivée par les propriétés stimulantes de l’immunité du complexe formé entre l’antigène vaccinal et la particule aluminique ainsi que la persistance de ce complexe ;  la quantité d’aluminium apportée par une dose de vaccin est négligeable au regard des apports alimentaires, cosmétiques, professionnels ;  d’une manière inexpliquée, les cas de myofasciite à macrophages n’ont été décrits qu’une soixantaine d’années après les débuts de l’utilisation de l’aluminium comme adjuvant ;  tout aussi inexpliquée est la restriction géographique relative de la description de ces phénomènes. »

C’est l’un des aspects les plus troublants du dossier : une équipe française (celle de Romain Gherardi, professeur de neurologie et pathologie du Centre expert de pathologie neuromusculaire de l’Hôpital Henri Mondor, Créteil) a, à elle seule, regroupé plus de 95 % des observations mondiales. Et les cas de myofasciite à macrophages ont formé un « pic épidémique » entre les années 1994 et 2002 (avec un maximum annuel d’une cinquantaine de cas en 1996), contemporain de la campagne nationale de vaccination contre l’hépatite B (1994 – 1998). D’autre part, d’après les données de pharmacovigilance, un seul nouveau cas de myofasciite à macrophages  serait survenu depuis 2012, alors qu’actuellement, environ 12 millions de doses de vaccins contenant un adjuvant aluminique sont administrées chaque année en France.

« Croyance », de Jean-Claude Carrière

Au final l’Académie nationale de Pharmacie « reconnaît la souffrance endurée par les patients présentant une myofasciite à macrophages »  mais constate (même si certaines manifestations cliniques sévères ont pu être associées à des injections vaccinales) qu’aucun lien de causalité n’a pu être établi, à ce jour, avec les adjuvants aluminiques. Et ce d’autant que ces manifestations paraissent limitées dans le temps (non identifiées avant 1990 et semblant en extinction depuis 2012) et dans l’espace (la France a cumulé la quasi-totalité des cas décrits dans le monde).

« Mobilisée depuis toujours sur la prévention des maladies infectieuses et sur la sécurité des patients, l’Académie nationale de Pharmacie » réaffirme « avec force que le rapport bénéfice/risque est très en faveur de l’utilisation des adjuvants aluminiques et insiste sur l’apport majeur de la vaccination dans le domaine de la santé publique ».

Reste, fragile, l’hypothèse d’une sensibilité particulière et rare aux adjuvants aluminiques chez certaines personnes. Qui, désormais, s’y intéressera ? Faute de science on confortera la croyance. La croyance, cette « certitude sans preuve » à laquelle Jean-Claude Carrière consacre, en ces temps troublés,  un  ouvrages des plus éclairants.

A demain

 

 

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