Suicide à Marseille. «Coups de poing» des internes pour le droit au repos après une nuit debout

Bonjour

Les médecins nostalgiques y verront le dernier symptôme d’une profession en cours de normalisation. Des sociologues radicaux feront le lien avec #NuitDebout. Ou avec cette contestation qui n’en finit pas pour le respect du « droit du travail », du « droit au travail ».  L’Intersyndicat national des internes (ISNI) lance une action « partout en France » une opération coup de poing pour le respect du repos de sécurité après une garde. C’est une colère, longtemps rentrée, qui pourra aller « jusqu’à une plainte en pénal ». Baptiste Boukebous, le président de l’ISNI, vient d’expliquer au site Egora.fr (Catherine Le Borgne) de quoi il retournait. On y entend les accents des leaders syndicaux aujourd’hui sur d’autres fronts.

Pourquoi des internes jadis longtemps dociles, taillables et corvéables,  se lancent-ils dans cette « action dure » ?

 « Tout simplement parce que depuis 2002, le repos de sécurité est reconnu comme un droit pour l’interne et un devoir pour l’établissement de le mettre en œuvre. Or, l’application est tellement lente que quatorze  ans après, sa mise en place est incomplète. Parce que le repos de sécurité après une garde rentre dans les conditions de travail des internes, qui s’intègrent dans une prise de conscience généralisée de la société sur  les conditions de travail en général. »

 Suicide au travail

Le président de l’ISNI explique aussi que l’événement déterminant, celui qui a précipité les actions, a été le suicide d’un interne à Marseille. Ignoré des médias généralistes nationaux ce suicide a, précise-t-il, « été déclaré comme accident du travail par l’AP-HM ». « Une enquête est en cours auprès de la sécurité sociale pour savoir si ce suicide peut ou non être reconnu comme tel » ajoute-t-il.  A l’ISNI, cela fait un an que le temps et les conditions de travail des internes sont considérées comme des dossiers phares. Mettre en lumière, en somme, le fait que la  publication du décret fixant à 48 heures la durée de travail hebdomadaire tolérée par Bruxelles et celle de sa circulaire d’application restent le plus souvent lettre morte.

Ceci impose de regarder plus large :

« La non-application du repos de sécurité tient à des raisons multifactorielles. L’interne est dans un cycle de formation, et le fait de ne pas venir un lendemain de garde, contrevient à cette logique. Deuxième raison : la formation de manière globale, en journée ou en garde a été diluée car il y a une forte augmentation du nombre des internes d’une part,  et on observe un glissement des tâches d’autre part. Les internes se retrouvent de plus en plus à faire de la paperasse car il y a moins de secrétaires médicales, et cela joue sur leur temps de formation.

« Ensuite, du fait de l’accroissement du nombre d’internes et que ces derniers ne sont plus assez formés durant leur internat, il y a une véritable course aux postes de post internat, chefs de clinique, assistants spécialistes, etc. Mais ces postes ne sont pas extensibles à l’infini, ce ne sont pas des postes opposables, il n’y a ni droit ni devoir à les obtenir. Alors, on constate que pour obtenir ces postes, il faut bien se faire voir par le chef de service et l’équipe, faire plus de masters 2, de publications, de travaux annexes à la médecine mais qui entrent dans le cadre d’une valorisation de parcours et de profil utile pour briguer un post-internat. Et là on ressent bien le poids de la hiérarchie qui pèse sur l’interne. »

Soleils hospitaliers

Les plus âgés pourront ici se demander s’il y a quelque chose de neuf sous les soleils hospitaliers. La nouveauté, peut-être, est dans cette revendication exprimée concernant le « qualité de vie » de l’interne ; dans cette dénonciation du non-respect d’un repos synonyme de sécurité ; dans l’expression de la volonté de mettre l’administration hospitalière devant ses responsabilités.

Dans l’instauration, en somme, d’un rapport de force. Et l’élargissement de la focale médico-psycho-sociale : le non-respect du repos de sécurité « met en péril la vie du soignant et du soigné, avec les erreurs de diagnostic, de prescription, les accidents domestiques, de trajet et les risques psycho sociaux, on est obligé d’appliquer une tolérance zéro ».

Pulsations des tambours

Comment traiter une pathologie multifactorielle ? Il ne s’agit pas, pour l’heure de faire converger les luttes, de s’associer aux syndicats des secrétaires.

« Il y a des textes qui nous protègent et il va bien falloir commencer à les mettre en application, c’est évident. La responsabilité des tutelles, des ARS, des doyens, des coordinateurs et même des syndicats représentatifs des internes est en jeu car tout ceci se décide dans des commissions de répartition et agrément de stages pour les internes. Et il faudra dès lors se poser la question de savoir si le stage est cohérent sur le plan du temps de travail.

« Dans la procédure que nos antennes vont suivre, on commence par mettre en demeure les établissements. Et si cela ne donne rien, les syndicats locaux peuvent saisir le tribunal administratif ou le procureur de la République en vue d’une plainte au pénal. C’est ce qui s’est passé à Marseille. Les internes ont mis en demeure l’AP-HM, qui s’est engagée pour le début mai à réviser les conditions du repos de sécurité. Et si cela n’est pas le cas, ils passeront à l’étape supérieure. Toutes les villes sont synchrones et en ordre de marche. »

Pour un peu on entendrait la pulsation des tambours, le premier symptôme d’une profession en mutation.

A demain

 

 

 

Une réflexion sur “Suicide à Marseille. «Coups de poing» des internes pour le droit au repos après une nuit debout

  1. Triste France où les avancées professionnelles suscitées par les mouvements sont déclenchés par des suicides …fléau qui concerne également les médecins dits « seniors »: encore un suicide de généraliste dans l’agglomération toulousaine …ainsi que me l’a appris une salariée ….de la CPAM confrontée lorsqu’elle rencontre les généralistes à des plaintes croissantes …

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