Greffes de poumons : quand la rivalité entre deux centres hospitaliers confine à l’absurdité

 

Bonjour

Abcès. C’est un conflit suffisamment aigu pour que la presse quotidienne régionale s’en fasse l’écho. En l’espèce La Nouvelle République du Centre Ouest (Mariella Esvant) : « Tours défie Poitiers pour la greffe pulmonaire ».

Soit, donc, deux CHU voisins et jusqu’ici plus ou moins amis – chacun campant et régnant sur un territoire peut-être moins vaste qu’on pourrait le croire. Deux CHU qui, pour réparer les vivants, collaborent étroitement pour les transplantations hépatiques. Deux CHU qui, ouvertement,  s’entredéchirent maintenant pour l’habilitation aux greffes de poumon.

Tout cela se passe à l’ombre des donjons des ARS à l’époque des regroupements vassaux et suzerains de territoire, sur fond de « réforme territoriale » et de « groupements hospitaliers ». Il y a là une matière pour série télévisée à couper le souffle. Explication à la lumière de La Nouvelle République sur le thème « Faut-il se méfier de ses meilleurs amis ? ».

Vu depuis Tours. L’habilitation à la transplantation pulmonaire  est l’un des objectifs fixés par la directrice du CHRU de Tours, Marie-Noëlle Gérain-Breuzard. « Nous montons un projet de transplantation pulmonaire qui sera présenté à l’Agence de la Biomédecine, déclarait-elle en octobre dernier. Si on est habilité à faire la greffe pulmonaire, on fera la greffe cœur-poumon. J’espère d’ici un an et demi ou deux ans. » Depuis, silence sur le dossier.

Vu de Poitiers. Le directeur du CHU de Poitiers, Jean-Pierre Dewitte, le 11 mars dernier : « L’hôpital de Tours étant seul dans sa région, il se sent délié de l’accord qu’il avait avec Poitiers. Or, alors que nous avons tous les deux déposé un dossier, il ne peut pas y avoir deux centres pour la transplantation pulmonaire à 100 km d’écart ». Ce directeur s’exprimait  à l’occasion d’une visite du préfet de la nouvelle grande région Aquitaine – Limousin – Poitou-Charentes (ALPC).

Tacle de la directrice du CHRU de Tours : « C’est un argument que l’on peut comprendre, mais le choix de la répartition territoriale des centres de greffe est une décision qui appartient au ministère et à l’Agence de biomédecine. Lorsque l’on a une activité de transplantation assez importante, comme c’est le cas à Tours, on acquiert des compétences […] Je dis cela sans préjuger de la qualité du dossier poitevin, que je ne connais pas. »

Rien à attendre, sur les bords de la Loire, avant 2017. Dans le cadre de l’Inter-régions des Hôpitaux Universitaires du Grand Ouest (HUGO), Tours a pactisé avec Nantes – pour l’heure le seul centre de transplantation pulmonaire du Grand Ouest (Bretagne, Pays de Loire, Centre-Val de Loire). « Et ce « pour donner toutes les chances à l’activité nantaise de monter en puissance », explique Marie-Noëlle Gérain-Breuzard. Et la vingtaine de patients initialement pris en charge à Tours et orientés vers la région parisienne « sera de préférence adressée au centre nantais ». Et la directrice du CHRU de Tours de rappeler que  « Poitiers appartient à l’Inter-régions Hugo jusqu’en 2019 »,  date à laquelle il voguera vers le sud, vers Bordeaux, Toulouse et Montpellier.

La déclaration de guerre de Poitiers. Mais Jean-Pierre Dewitte, directeur du CHU (par ailleurs président de la conférence des directeurs généraux de CHU) ne l’entend pas ainsi. « Je défendrai âprement ce dossier » prévient-il. « Pas question de revenir sur l’accord qui a été passé voici trois ans, pour le CHU de Poitiers. Les hôpitaux poitevins et tourangeaux se sont alors entendus sur une répartition des greffes. À Tours celle du foie. À Poitiers celle du poumon, rappelle La Nouvelle République. Tours a recruté un chirurgien qui travaillait auparavant en Normandie et développé un véritable pôle de compétence sur la greffe du foie avec le soutien de Poitiers.

La réalisation future des greffes de poumon à la Miletrie (CHU de Poiters) figure dans le schéma interrégional d’organisation sanitaire HUGO. Mais qu’en sera-t-il lorsque ce  CHU sera rattaché au grand Sud ? « Il faudrait un centre qui travaille pour les populations de Poitiers, Tours et Limoges » dit Jean-Pierre Dewitte. Par exemple à Poitiers. .. Mais quid, alors du centre de Nantes et de celui de Tours ? Il faudrait aujourd’hui une autorité supérieure, pour trancher. M. Dewitte glisse qu’il a « évoqué le dossier au cabinet du ministre » et qu’il va le déposer à l’Agence de la Biomédecine. « Je le défendrai âprement » menace-t-il.

Ainsi donc, en 2016, continue-t-on de monter à Paris pour plaider sa cause en haut lieu. Où est la transparence, la démocratie sanitaire? Qui entend la voix des patients? A Tours certains rappellent les liens étroits entre la ville et Marisol Touraine. A Poitiers on rétorque que le maire – Alain Claeys est aussi président du Grand Poitiers, député de la Vienne, spécialiste de bioéthique et baron socialiste.

On pourrait rêver plus harmonieux, moins moyenâgeux que cette nouvelle bataille de Poitiers, que ce tournoi des greffes de poumons.

A demain

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