Papillomavirus : chez les hommes, seuls les homosexuels sont incités à se faire vacciner.

 

Bonjour

Dernière nouvelle, dérangeante, du front des pro-vaccinations : un avis rendu public le 3 mai du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) : « Recommandations vaccinales contre les infections à papillomavirus humains chez les hommes ». On y lit ceci :

« La grande majorité des hommes et des femmes sont infectés par les papillomavirus humains (HPV) au cours de leur vie. Concernant les hommes, l’infection anale par les HPV et ses manifestations cliniques (lésions pré-cancéreuses, cancers, condylomes anaux) sont plus fréquentes chez ceux ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et en particulier ceux infectés par le VIH.

 « Le HCSP a  pris en compte l’efficacité et la tolérance des vaccins HPV, les aspects médico-économiques, l’absence de protection indirecte des HSH par la vaccination des femmes et l’acceptabilité de la vaccination chez les hommes. »

 Au final, la recommandation des sages du HCP :

« Qu’un accès au vaccin HPV soit proposé dans les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (Cegidd) et dans les centres publics de vaccination. Le bénéfice de cette vaccination sera d’autant plus important que le début de l’activité sexuelle sera récent et que le nombre de partenaires passés sera faible. »

« La couverture vaccinale des jeunes filles reste la priorité pour la prévention des maladies liées à l’infection par les HPV et une couverture vaccinale élevée chez les femmes procure une protection indirecte chez les hommes hétérosexuels. »

 Le silence de Laurence Rossignol

En d’autres termes une couverture vaccinale élevée chez les jeunes filles (puis chez les femmes) permettrait de protéger les hommes hétérosexuels pour lesquels ce vaccin n’est ni recommandé ni proposé. Ainsi c’est bien parce qu’ils ne bénéficient pas de cette protection indirecte via les femmes que les  hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) sont désormais incités à se faire vacciner. Il y a là une inégalité de genre dont ne se sont emparés ni les associations féministes ni Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes.

Il faut en réalité lire le rapport associé à l’avis pour saisir la complexité du sujet ; rapport intitulé « Vaccination des garçons contre les infections à papillomavirus ».  Un rapport qui fait suite à la demande de Sanofi Pasteur MSD de pouvoir également vendre le vaccin Gardasil® (122,10 euros la dose, remboursé à 65%) dans l’indication « prévention des lésions précancéreuses anales et du cancer anal ». Extrait:

« En France, le cancer du canal anal est en progression mais reste un cancer rare en population générale. L’infection anale par les HPV et ses manifestations cliniques (condylomes, lésions précancéreuses et cancers) sont plus fréquentes chez les HSH et en particulier ceux infectés par le VIH.

«Chez les HSH, les données sont en faveur d’une transmission précoce et importante des HPV dès les premières expériences sexuelles. Les verrues génitales souvent récidivantes, sont fréquentes chez les hommes et peuvent altérer temporairement la qualité de vie. Concernant les cancers de la sphère ORL, les données internationales disponibles sont hétérogènes et non transposables à la France. »

Exception vaccinale pour les HSH

Question : pourquoi faire une exception vaccinales des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes ? Pourquoi ne pas proposer la vaccination à l’ensemble de la population, étant bien entendu que la contamination des jeunes filles et des femmes par les papillomavirus humains se fait lors de relations sexuelles avec des partenaires masculins infectés ? Pourquoi ne pas viser l’éradication égalitaire de préférence à la seule protection des personnes de sexe féminin ?

Quatre pays ont fait ce choix de santé publique : les États-Unis, l’Australie, le Canada et l’Autriche).  Aux Etats-Unis la a vaccination des garçons âgés de 11-12 ans est recommandée en routine avec le vaccin quadrivalent depuis fin 2011 avec un rattrapage des 13-21 ans. La vaccination y est également recommandée pour les HSH (jusqu’à 26 ans).  Les premières estimations montrent une adhésion à la vaccination des garçons âgés de 13-17 ans qui était de 33,6 % en 2013 et de 41,7 % en 2014 (variations importantes en fonction des Etats : 23,2 % à 69,0 %).

Etats-Unis, Australie, Canada et Autriche

En Australie la vaccination des garçons est financée par un programme national depuis 2013 chez les garçons âgés de 12-13 ans avec un rattrapage des 14-15 ans qui s’est fait jusqu’à la fin de l’année scolaire en 2014. En 2014, la couverture vaccinale à 15 ans des garçons était de 60 % au niveau national pour trois  doses contre 73 % pour les filles du même âge.  Au Canada le vaccin quadrivalent est recommandé depuis 2012 chez les sujets de sexe masculin âgés de 9 à 26 ans. Sur le Vieux Continent l’Autriche est le seul pays d’Europe à recommander le vaccin chez les garçons, et ce depuis 2008.

En France la puissance publique sanitaire ne s’intéresse pas, officiellement, à la vaccination des jeunes garçons. Et, dans le même temps, l’on peine à vacciner les jeunes filles : au 31 décembre 2014, la couverture vaccinale n’était que de 17,6 % chez les jeunes filles de 15 ans – bien loin des 60 % préconisés par le Plan cancer à l’horizon 2019. Quant à la vaccination des hommes hétérosexuels elle n’est pas « coût-efficace » – alors que la vaccination avec le Gardasil® (Sanofi Pasteur MSD) « a été démontrée contre les verrues génitales et, dans les populations HSH, contre les lésions précancéreuses anales ».

Le « coût-efficacité » peut ne pas être synonyme d’égalité.

A demain

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