Des biologistes britanniques annoncent pouvoir cultiver des embryons humains au-delà de 14 jours

Bonjour

C’était écrit. Des biologistes britanniques réclament, au nom du droit à la connaissance, qu’on leur donne la possibilité de pouvoir cultiver des embryons humains fécondés in vitro au-delà de 14 jours. Lorsqu’elles sont autorisées, de telles recherches ne peuvent actuellement être menées au-delà de cette période. C’est là une forme de consensus international qui repose sur une forme de pragmatisme éthique et quelques données biologiques.

Il tient faut aussi tenir compte de la réalité biologique : pour se développer l’embryon humain doit, après quelques jours, se nicher au sein de la muqueuse utérine. C’est ce qui avait conduit les britanniques à mettre au point le concept utilitariste de « pré-embryon », nullement reconnu en France.

Implantés ou détruits

Cultiver plus longtemps ces embryons permettrait – tous les biologistes de la reproduction l’affirment – de mieux comprendre les processus moléculaires et cellulaires (normaux et pathologiques) des premiers instants de la vie humaine – à ce titre ils permettraient d’engranger de nouvelles connaissances fondamentales et, très vraisemblablement, de mettre au point de nouvelles thérapeutiques contre l’infertilité.

Faute de moyens adéquats de culture ces embryons ne peuvent, in vitro, être conservés au-delà de quelques jours. Ils sont alors soit implantés chez la future mère (dans les programmes de procréation médicalement assistée) soit détruits. Or la donne vient de changer avec l’annonce de chercheurs britanniques dirigés par Anna Hupalowska et Magdalena Zernicka-Goetz (Mammalian Embryo and Stem Cell Group, University of Cambridge, Department of Physiology, Development and Neuroscience).

Au-delà de la frontière

Cette annonce vient d’être faite dans la revue Nature Cell Biology  dans une publication au titre éloquent : “Self-organization of the human embryo in the absence of maternal tissues”. Elle est d’autre part remarquablement commentée dans Nature par trois spécialistes américains : ‘’Embryology policy: Revisit the 14-day rule’’(Insoo Hyun, Amy WilkersonJosephine Johnston). Elle est enfin reprise par la BBC, toujours friande de ces questions éthiques : « Embryo study shows ‘life’s first steps’ ».

Les biologistes britanniques expliquent avoir mis au point de nouvelles techniques de culture imitant l’environnement utérin et être ainsi parvenus à obtenir des développements embryonnaires jusqu’à la frontière des 14 jours. Ils se seraient arrêtés à 13 jours. Il s’agit là d’un saut considérable qui nous mène bien au-delà du moment où ces embryons (quatre ou cinq jours) auraient dû être implantés. Corollaire, ils demandent à pouvoir aller plus loin, à ne plus respecter la limites des 14 jours (après lesquels un embryon humain ne peut plus se segmenter et conduite à la formation de jumeaux)

Relire « L’Utérus artificiel »

Tout ceci a été mis en scène. La Pr Magdalena Zernicka Goetz a confié à la BBC  ne pas se souvenir quand elle avait été plus heureuse que le jour où elle est parvenue à ce résultat – résultat dont elle vante par ailleurs les perspectives scientifiques. « Nous pourrions peut-être (…) étudier les causes potentielles de l’autisme et trouver pourquoi des produits chimiques dans l’environnement peuvent affecter le développement de l’embryon », fait valoir une autre chercheur. L’horizon des nouveaux possibles s’élargit comme rarement.

Au Royaume-Uni le Nuffield Council of Bioethics (qui a joué un rôle de premier plan dans l’acceptation de la création de « bébés à trois parents ») vient de faire savoir qu’il examinera sous peu cette question éthique qui apparaît, avec celle de l’usage du CRISPR dans l’espèce humaine, comme la plus importante de celles des années à venir.

Nous sommes le 5 mai 2016. Combien de temps faudra-t-il, en France, avant que le Comité national d’éthique songe à s’intéresser à ce sujet ? On attend, pour l’heure et avec intérêt, les réflexions de Jacques Testart et de René Frydman. Et l’on peut suggérer à Henri Atlan et aux éditions du Seuil une réédition, augmentée, de « L’Utérus artificiel ».

A demain

2 réflexions sur “Des biologistes britanniques annoncent pouvoir cultiver des embryons humains au-delà de 14 jours

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