Ebola: la nouvelle donne spermatique réclame des gestes préventifs très pragmatiques

 

Bonjour

 On le redoutait, c’est désormais bien confirmé. Et les médias ne sont plus là; Une étude internationale confirme la persistance du virus Ebola dans le sperme de survivants à l’épidémie. Cette nouvelle donne virologique, dérangeante, vient d’être exposée dans la dernière livraison du Journal of Infectious Diseases : New Evidence of Long-lasting Persistence of Ebola Virus Genetic Material in Semen of Survivors”. Dirigé par Eric Delaporte, ce travail est signé  par des chercheurs de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) , de l’Inserm et de l’Institut Pasteur et leurs partenaires guinéens (CHU de Donka, Hôpital de Macenta, Institut national de santé publique, Université de Conakry).

Ce travail a été conduit en Guinée depuis novembre 2014, dans le cadre du programme PostEboGui (suivi pendant deux ans d’une cohorte de plus de 700 adultes et enfants, ayant survécus à l’épidémie d’Ebola. Il s’agit, au travers d’une approche pluridisciplinaire  d’identifier les séquelles cliniques et sociales de l’épidémie, ainsi que les risques de réactivation potentielle du virus ou de transmission sexuelle.

Liquides corporels

Ici  les chercheurs ont suivi les 450 premiers patients de ce programme (hommes et femmes) pendant un an. Ils ont effectué des prélèvements de liquides corporels (larmes, salive, fèces, liquides vaginaux et sperme), le premier jour de l’étude, puis tous les trois mois. Les résultats portent au final sur 98 prélèvements issus de 68 personnes. Et il apparaît que le virus Ebola a été détecté dans dix prélèvements provenant de huit hommes – et ce  jusqu’à 9 mois après la guérison.

 Ce travail montre aussi que la persistance du virus dans le liquide séminal diminue avec le temps : il est présent dans 28,5 % des échantillons des prélèvements effectués entre le 1er et 3e mois ; ce taux passe à 16 % entre le 4e et le 6e mois ; à 6,5 % entre le 7e et le 9e mois ; 3,5 % entre le 10e et le 12e mois, et enfin 0 % après 12 mois.

Déséquilibre corrigé

Ces données viennent confirmer les résultats de la publication, en octobre 2015  dans le  New England Journal of Medicine », d’un premier travail  :  ’Ebola RNA Persistence in Semen of Ebola Virus Disease Survivors — Preliminary Report’. A cette époque, dans le même journal, une autre publication concluait à l’existence, moléculairement démontrée, d’un risque de transmission : ‘Molecular Evidence of Sexual Transmission of Ebola Virus’’. Nous observions alors que les spécialistes et les institutions françaises étaient totalement absents de ces deux publications réunissant pour l’essentiel des auteurs américains et ouest-africains.

Ce déséquilibre est aujourd’hui corrigé. Les spécialistes français mettent l’accent sur la nécessité de recommander, au niveau international, l’utilisation de préservatifs par les survivants dans les mois suivant leur guérison. Ils soulignent aussi l’importance de développer, voire de systématiser le suivi des survivants, afin de limiter les risques de recrudescence de l’épidémie. Au plan fondamental la question centrale concerne les réservoirs du virus Ebola dans les organismes humains ayant survécus à l’infection. Quels sont, outre les gonades et les yeux, les territoires de  « privilège immun » ?

 Masturbation comprise

Il faut aussi compter avec les questions très pratiques. Depuis un an  l’OMS donne des « recommandation intérimaires sur la transmission sexuelle de la maladie à virus Ebola ». Des directives comme dictées de Genève par des responsables ne connaissant guère le terrain africain dont ils parlent. L’OMS recommande notamment que tous les survivants testent leur sperme à partir de trois mois après le début de la maladie. Pour ceux qui sont positifs, un test par mois est ensuite conseillé jusqu’à ce que le sperme soit négatif par deux fois à au moins une semaine d’intervalle. Jusqu’à ces deux tests négatifs, l’OMS recommande l’abstinence sexuelle ou le port de préservatifs, une bonne hygiène des mains, après masturbation comprise. :

« Si un homme ayant survécu à Ebola n’a pas eu d’analyse du sperme, il doit poursuivre les pratiques sexuelles à moindre risque pendant au moins six mois après l’apparition des symptômes ; cette durée pourra être revue en fonction des nouvelles informations disponibles sur la présence du virus Ebola dans le sperme en fonction du temps écoulé.

« Jusqu’à ce que leur sperme ait été donné par deux fois avec  un test négatif à la recherche du virus Ebola, les hommes qui ont survécu à la maladie doivent respecter les règles d’hygiène personnelle et celles pour les mains en se lavant soigneusement à l’eau et au savon après tout contact physique avec du sperme, y compris après la masturbation. »

L’OMS ajoute qu’au cours de cette période, les préservatifs usagés doivent être manipulés et jetés avec précaution, « de façon à éviter tout contact avec le liquide séminal ».

 A demain

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