Science et politique: des chercheurs de l’Inra se révoltent contre un parachutage socialiste

Bonjour

Crise ouverte au sein du prestigieux Institut national de la recherche agronomique (Inra). Le mandat de quatre ans de l’actuel président-directeur-général, François Houllier, arrive à son terme fin juillet. Extraits d’un courrier adressé ce lundi 9 mai à quelques journalistes par le Collectif « Sciences en Marche » – (nous avons ajouté les liens):

«  Vous trouverez en pièce attachée un courrier adressé aujourd’hui à l’ensemble des directrices et directeurs d’unités de recherche, ainsi qu’à des responsables techniques ou administratifs, de l’Institut National de la Recherche Agronomique.

Caser en fin de mandature

« Ce courrier vise à alerter sur une probable tentative de parachutage à la tête de l’INRA de M. Philippe Mauguin 1, très proche collaborateur du ministre de l’Agriculture, M. Stéphane Le Foll. Cette tentative a été initialement mentionnée dans deux articles récents du Journal du Dimanche et du Figaro, que les intéressés n’ont pas démentis. Il s’agirait de caser en fin de mandature un collaborateur ministériel précieux à la tête d’un organisme de recherche prestigieux pour lequel il n’a cependant pas les qualifications requises, en termes d’expérience de recherche notamment, et ce sans prendre en compte l’intérêt de l’organisme public.

« Cette nomination serait de plus en contradiction totale avec l’esprit de l’article L. 311-1 de loi dite « Fioraso » (no 2013-660 du 22 juillet 2013), qui visait à rendre le processus de nomination des responsables d’organismes de recherche à la fois plus transparent et plus indépendant du pouvoir politique. 

«  Il paraît difficilement compréhensible que le gouvernement cherche à imposer un candidat qui n’a pas d’expérience de recherche, ne connait que superficiellement les enjeux scientifiques à relever, et est intimement associé à la gestion controversée de la crise agricole actuelle.

Mépris des Présidents

« Le Président de la République précédent avait affiché son mépris du monde académique dans son discours du 22 Janvier 2009. Le Président actuel semble être plus banalement indifférent aux problématiques scientifiques, qu’il aborde rarement. Le peu de cas fait des chercheurs, malgré les enjeux scientifiques actuels, s’est notamment traduit en 2012 par l’enterrement des conclusions des Assises de la Recherche, par le remplacement en 2013 du Ministère de l’Enseignement Supérieur et la de Recherche par un secrétariat d’Etat aux pouvoirs très limités, par le rejet en 2015 du rapport sénatorial sur le Crédit Impôt Recherche, et par l’explosion du nombre de jeunes scientifiques contractuels.

« Si nos craintes étaient fondées, et que le pouvoir politique réduisait l’un des organismes de recherche publics majeurs à une plateforme d’atterrissage pour directeur de cabinet en mal de futur, nous considérerions qu’une ligne rouge a été franchie par un gouvernement dont le bilan dans le domaine de la Recherche Scientifique est caractérisé par un reniement presque systématique du programme présenté lors de la campagne présidentielle de 2012. »

La jurisprudence Bournigal – Bruno Le Maire

Depuis quelques heures cette initiative commence à rencontrer un certain écho sur la Toile.  M. Mauguin a confirmé qu’il était bien intéressé par le poste mais qu’il n’avait pas encore pris sa décision. François Houllier est candidat à son renouvellement et il défendra son bilan. Avant lui l’Inra était dirigé par Marion Guillou (polytechnicienne et agronome) qui avait effectué deux mandats.

Le Monde fait observer que M. Mauguin ne manquera pas, le cas échéant, d’évoquer le dossier de Jean-Marc Bournigal, ancien directeur de cabinet (entre 2010 et 2012) de Bruno Le Maire, alors ministre de l’Agriculture de Nicolas Sarkozy. M. Bournigal, vétérinaire de formation (Toulouse), avait nommé en mars 2012, (juste avant les élections présidentielles) président de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture.

Au final c’est l’exécutif, et François Hollande, qui tranchera. Un président plus indifférent aux grandes problématiques scientifiques qu’aux équations de politique politicienne.

A demain

1 Sa biographie officielle : « Né en 1963. Ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts. Spécialisation en socio-économie de l’innovation (Ecole des Mines de Paris) et auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de Développement et d’Aménagement des Territoires Européens. De 1987 à 1989, il a été chercheur au Centre de sociologie de l’innovation de l’école des Mines de Paris. De 1989-1992, il fut responsable du secteur agro-alimentaire au ministère de la recherche puis conseiller auprès du ministre de 1992 à 1993.

De 1993 à 1997, Philippe Mauguin a été directeur de l’agriculture et des bioénergies à l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). De juillet 1997 à janvier 2002, il était conseiller du Premier ministre Lionel Jospin, pour l’agriculture, la forêt et l’alimentation. Il a ensuite occupé les fonctions de directeur de l’Institut national des appellations d’origine (INAO) de février 2002 à mars 2006 puis a été nommé directeur régional et interdépartemental de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRIAAF) d’Ile-de-France d’avril 2006 à mai 2009. Depuis cette date, il était directeur des pêches maritimes et de l’aquaculture, au ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche jusqu’en mai 2012. »

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s