Grâce à Periscope® vous pouvez désormais, aussi, regarder celles et ceux qui vont se suicider

 

Bonjour

Jules Verne et vie ultra-moderne… Le  parquet d’Evry a, mercredi 11 mai, ouvert une enquête sur le suicide d’une jeune femme âgée de 19 ans la veille à Egly (Essonne). La veille, en milieu d’après-midi, cette femme s’est jetée sous un train de la ligne C du RER. Ils sont nombreux à ne pas avoir été vraiment surpris. Les enquêteurs ont en effet des éléments pour penser que la victime a mis fin à ses jours en direct dans une vidéo diffusée sur l’application Periscope. Selon France Info, la jeune femme expliquerait dans cette vidéo avoir subi un viol et donnerait le nom de l’auteur présumé. Une information que les enquêteurs doivent encore vérifier.

« L’exploitation du téléphone et la récupération de la vidéo sont en cours », a précisé une source judiciaire à l’Agence France-Presse. Quelques heures avant son passage à l’acte, la jeune femme, « au profil psychologique fragile selon ses proches », a envoyé un SMS à un ami de son ex-compagnon dans lequel elle évoque « des violences et un viol » que celui-ci lui aurait fait subir, a déclaré mercredi à la presse le procureur d’Evry Eric Lallement. « L’audition de cette personne est en cours », a-t-il précisé, ajoutant que l’enquête, confiée à la brigade de gendarmerie de Palaiseau, serait réorientée si les faits de violences et viol étaient avérés.

Attention à la suite

Ce n’est pas tout. Quelques heures auparavant, le même compte Periscope® avait publié une autre vidéo en direct. Durant un peu moins d’une heure, la jeune femme y répondait aux questions banales d’internautes, et annonçait qu’elle reviendrait un peu plus tard pour une deuxième vidéo dans laquelle, disait-elle : « Ce qui va se passer risque d’être très choquant. » Combien sommes-nous à être choqués ?

Enregistrées peu après l’heure du déjeuner, les cinq vidéos – dont deux tests – de la jeune femme, d’une durée cumulée d’environ deux heures, ont depuis été supprimées du flux de Periscope®. Ces vidéos « sont en cours d’exploitation » a précisé Eric Lallement. Un extrait où elle se filme avant son suicide, republié par des internautes, était encore toutefois visible mercredi sur YouTube. Assise, elle se confie à la caméra et dit que sa vidéo « n’est pas faite pour faire le buzz » mais « pour faire réagir les gens, ouvrir les esprits ».

Ecran noir

Puis, l’écran devient noir pendant un long moment et l’on perçoit, difficilement audibles, les voix de secours venus au chevet du corps. La séquence s’achève sur les images d’un secouriste qui semble saisir le téléphone.

Les « gens » n’ont pas réagi. Elle fait le « buzz ». Jusqu’à la BBC : “Woman ‘live-streamed her own suicide on Periscope”Quant à ouvrir les esprits…

« Nous ne faisons pas de commentaires sur les comptes individuels pour des raisons de vie privée et de sécurité », a réagi un porte-parole de Twitter®, qui a racheté Periscope® en 2015, précisant simplement que « le contenu a été signalé et retiré ». Le propriétaire de Periscope® peut ne pas faire de commentaires, d’autres en feront.

Morts a posteriori

Periscope® ? L’outil permet de diffuser gratuitement, avec un smartphone, un flux vidéo en direct, relayé par Twitter® et visible par tous. La vidéo reste accessible pendant 24 heures puis disparaît. Ni les images ni les commentaires en direct ne sont contrôlés au préalable par Twitter® qui, comme les autres réseaux sociaux, fonctionne sur le système du signalement a posteriori par les internautes de contenus jugés illégaux ou choquants.

Ses équipes vérifient alors ces contenus, en fonction de la loi du pays et de ses propres critères, qui bannissent les images violentes ou sexuellement explicites. Elles décident alors soit de diffuser un avertissement, soit de les retirer. Sur Twitter®, un formulaire permet aussi de signaler des menaces de suicide ou d’automutilation. Le réseau peut alors contacter l’utilisateur. « Nous lui communiquons des ressources en ligne et des contacts téléphoniques et l’encourageons à solliciter de l’aide », explique Twitter® sur son site. Le peuple peut-il demander plus ?

Periscope® revendique plus de dix millions d’utilisateurs dans le monde, qui ont tourné plus de 200 millions de vidéos. Ces images brutes ont déjà suscité des controverses dans plusieurs pays. Notamment en France, devenue l’un des premiers pays utilisateurs, quand en février dernier sur Periscope®, Serge Aurier, un joueur du Paris Saint-Germain, a insulté son entraîneur Laurent Blanc. C’était violent et incompréhensible. Mais on pouvait encore en rire.

Ce soir, à Egly (Essonne) on en rit pas. Vendredi prochain, le Théâtre sur la Colline y joue « Les Fourberies de Scapin ».

A demain

 

 

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