Haines confraternelles : Caroline Eliacheff lavée du blâme infligé par l’Ordre des médecins

 

Bonjour

« Confraternité » ? Une haine vigilante ! C’est, aujourd’hui, la fin d’une affaire baroque; une de ces méchancetés dont on imaginait qu’elle ne pouvait dater que du siècle que nous avons quitté. On y entend les postes de radio sur la cheminée, les conciliabules, les indignations feutrées, la colère monter, les hermines triomphantes, les mouches voler. Trame balzacienne, film de Chabrol.

Les faits ? C’était en janvier 2011, sur France Culture. La pédopsychiatre et psychanalyste Caroline Eliacheff y tient, de longue date, une chronique. Liberté de ton, sujets variés, impertinence mesurée, violence maîtrisée : cela pourrait être un blog. A l’image de sa mère Françoise Giroud, le Dr Eliacheff « s’intéresse à tout » – y compris au journalisme, et même à celui de demain.

Vieux métier, charme conservé

« Peu de professions ont subi autant de transformations, tant sur le fond que sur la forme, que le journalisme, observait-elle il y a quelques semaines Comment, aujourd’hui, participer à ces évolutions tout en défendant les valeurs pérennes d’un métier qui exerce toujours le même charme auprès des jeunes générations ? ». Vaste question au cœur, notamment, de l’aventure Slate.fr

Le 19 janvier 2011 le Dr Eliacheff avait, dans sa chronique, tenu des propos pouvant surprendre, choquer,  exaspérer certains médecins généralistes :

« Toutes les études montrent que la prise en charge par le pédiatre entraîne une baisse de la mortalité infantile […] Elles montrent aussi que les pédiatres prescrivent moins d’examens biologiques, moins de médicaments, hospitalisent moins souvent, vaccinent davantage, assurent une meilleure prévention du rachitisme, des caries dentaires, prescrivent à meilleur escient l’orthophonie. Bref, ils soignent mieux et moins cher. » La psychiatre ajoutait que les généralistes étaient « moins disponibles pour répondre aux angoisses des parents ».

La FMF veille au grain

« La célèbre psychanalyste s’alarmait de la disparition annoncée des pédiatres de ville et insistait sur le fait que les généralistes ne pourraient jamais remplacer totalement ces confrères, résume Le Généraliste. Pour étayer sa démonstration, elle décrivait des médecins généralistes moins disponibles, plus dépensiers en prescriptions, mais aussi moins performants en termes de prévention et de soins aux enfants. Et de conclure sa comparaison à l’avantage des pédiatres. »

Combien de généralistes ont-ils le temps d’écouter, à l’aube, France Culture ? Adhérents à la FMF, les Drs Philippe Mauboussin (Normanville dans l’Eure) et Pascal Charbonnel, (Les Ullis en Essonne) attaquèrent leur médiatique consœur. Ils l’accusaient de manquer à cette confraternité qui doit souder le corps médical face aux étrangers. En mars 2012 l’accusée était blâmée par la chambre disciplinaire régionale de l’Ordre d’Ile-de-France. Blâme, qui plus est, confirmé par la section disciplinaire de l’Ordre national en janvier 2014.

C’était ainsi : on ne critique pas impunément la qualité des soins effectués par les généralistes ; fût-ce sur les ondes  de France Culture. La FMF s’était alors réjouie de cette condamnation confirmée. Le Dr Jean-Paul Hamon, président de ce syndicat qui n’est guère réformiste applaudissait des deux mains sans vouloir pour autant ranimer la vieille guerre des généralistes contre les pédiatres. « Ces propos étaient inacceptables pour les généralistes. Il ne faut pas laisser dire n’importe quoi sur les antennes. Caroline Eliacheff s’est vu confirmer le blâme et c’est amplement mérité » déclarait-il alors au Généraliste.

Chronique journalistique

Or voici que le blâme ordinal vient d’être annulé par le Conseil d’État. La juridiction administrative a jugé estimé que le « manquement à la confraternité » ne pouvait pas être qualifié :

« Ces propos s’inscrivaient dans un sujet relatif à la démographie médicale et reposaient sur plusieurs éléments factuels (…) Dès lors, en jugeant que de tels propos, formulés en termes impersonnels, dans le cadre d’une chronique journalistique, sur un thème d’intérêt général, excédaient les limites que le devoir de confraternité justifie d’apporter à la liberté d’expression des médecins et constituaient, par suite, un manquement aux obligations déontologiques, la chambre disciplinaire nationale a donné aux faits reprochés (…) une qualification juridique erronée. »  L’Ordre avait au contraire considéré que les propos du Dr Eliacheff constituaient un « dénigrement de l’ensemble de la profession de médecin généraliste au profit de celle des pédiatres ».

Ainsi donc nous vivons bien, en France, dans un état démocratique. La parole demeure libre et le Conseil d’Etat défend les droits des médecins qui s’expriment dans les espaces journalistiques.  On verra là une bien bonne nouvelle pour celles et ceux qui, n’y pouvant rien, s’intéressent à tout.

A demain

3 réflexions sur “Haines confraternelles : Caroline Eliacheff lavée du blâme infligé par l’Ordre des médecins

  1. Je suis médecin (non pédiatre) et je dois avouer que cela me choque de poursuivre quelqu’un qui énonce des faits désagréables pour certains, certes ! Si la médecine c’était facile, tout le monde pourrait en faire ! Les pédiatres sont bien les spécialistes des enfants, il est donc tout à fait logique et rassurant de constater qu’ils sont meilleurs pour soigner les enfants ! Parfois certains confrères partent en sucette : depuis quand énoncer des vérités évidences doit il être puni ?! Par contre on peut s’inquièter de la façon dont la france traite ses médecins: généralistes y compris, qui méritent bien mieux que ce qu’on leur offre actuellement et qui gagneraient sans aucun doute à avoir davantage de temps pour se former tout au long de leur carrière ! Et petit détail: cela profiterait aux patients ! 😉

  2. Bonjour,
    Cette femme, que je me retiens de traiter de connasse (et puis non, après tout, c’est une donnée connue) affirme à tort (c’est faux) que les soins dispensés par les généralistes sont à l’origine d’une surmortalité chez les enfants. C’est grave, c’est diffamatoire. Le levée de ce blâme pour non-confraternité n’honore par le Conseil d’Etat.

  3. Chacun a le droit de donner son avis sur le sujet. En tant que médecin généraliste je dis que les pédiatres de ville voient surtout des enfants en bonne santé et moi les enfants malades entre deux pesées…c’est sûrement un peu vrai et un peu faux et ça ne sert à rien de dénigrer une corporation mais puisque ça permet d’être publié alors…

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