Affaire Baupin : le temps des portraits assassins, «gendre idéal» ou «séducteur maladif» ?

Bonjour

Plus personne ne parle de « présomption d’innocence ». Ce n’est pas la chasse à l’homme, certes. Mais cela pourrait bientôt y ressembler. Arnaud Robinet, pharmacien, député (Les Républicains) et maire de Reims parle ouvertement de « dimension médicale et psychiatrique ». Denis Baupin, 53 ans ; l’homme, n’intéressait personne, désormais il passionne. Tout ira très vite. Des consultants spécialisés ne tarderont guère, sur les plateaux télévisés, à émettre des hypothèses sans rien connaître du dossier. On va disséquer et s’ébattre dans quelques généralités. Ce sera, ici ou là, comme  une affaire DSK a minima.

Charisme et pathologie

Pour l’heure voici venu, puisqu’il faut bien tenter de comprendre, le temps des portraits. Le Monde s’y emploie. Cela donne  « Denis Baupin, bosseur fou ‘’sans charisme’’ », par Cécile Bouanchaud. Est-ce pathologique ? Qu’est-ce, exactement, que le charisme 1 ?

« Avec les accusations d’agressions sexuelles accablant Denis Baupin se dessine le portrait d’un homme discret, convoitant depuis de nombreuses années les hautes sphères de la politique française, mais resté jusqu’ici inconnu du grand public. Le député de la 10e circonscription de Paris, figure du mouvement écologiste, cumule pourtant les faits d’armes, notamment à Paris où il a réduit considérablement l’espace attribué aux voitures ; à l’échelle nationale aussi, où il s’est attaqué avec pugnacité à l’épineux dossier de l’abandon du nucléaire.

« Jusqu’à ce que ces vingt-sept années d’une carrière politique sans accroc soient éclaboussées par une image de séducteur maladif, aux confins du harcèlement, de la menace et de l’abus de pouvoir. Une image dont personne n’avait fait écho publiquement, hormis une élue parisienne, qui avait glissé en 2006 que Denis Baupin ‘’ne résistait pas à son envie de séduire’’ » comme l’avait rapporté Libération.

Homme intriguant

Dix ans plus tard Le Monde, renvoie ainsi au portrait signé Alain Aufray dans le quotidien créé par Jean-Paul Sartre : « Auto-stop ». L’homme, déjà, intriguait :

« Il avait un profil de gendre idéal. Comment prévoir qu’il allait se métamorphoser en tortionnaire d’automobilistes, ce fils de la petite-bourgeoisie normande, monté à Paris dans l’ascenseur social ? Avec ses grands yeux clairs et son allure de poussin ébouriffé, on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Et c’est sans hésiter que Bertrand Delanoë en a fait son adjoint aux transports. (…)

« De sa vie privée, ce «gros bosseur» confie qu’elle peut se résumer «à une succession d’histoires». Ni père, ni marié, il n’a «pas encore» choisi de se poser. Et reste rarement plus de deux ou trois ans locataire du même appartement. ‘’Comme beaucoup d’hommes politiques, il ne résiste pas à son envie de séduire’’, raconte une élue parisienne. »

Le Kouchner des transports

« Séduire » ou « harceler » ? Personne, il y a dix ans, ne posera ouvertement la question. En 2006 la seule interrogation était, déjà, celle de savoir si la gauche gagnerait. Si oui Denis Baupin deviendrait « ministre des transports ». Il « ne pensait qu’à ça ». Ce centralien voulait «être aux transports ce que Kouchner est à la santé». La gauche gagna. On sait ce qu’il en fut. Libération raconte aussi comment Denis Baupin se sépara de Dominique Voynet dont il était très proche. « Il tua la mère » osa le portraitiste.

Le Monde complète le portrait sans pour autant l’achever. Le quotidien vespéral rappelle le père expert-comptable « éploré par l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand », l’objection de conscience « pour éviter le service militaire, alors obligatoire », la direction de l’ONG Terre des hommes, « qui milite principalement pour la défense des droits de l’enfant dans le monde ».

Manque de générosité

« Malgré un bilan marqué par une myriade de mesures prises en faveur de l’écologie, Denis Baupin ne fait pas l’unanimité au sein de son parti, à cause de son côté « froid », « centralien ». Sergio Coronado, qui l’a côtoyé lorsqu’il était adjoint au maire du 14e arrondissement de Paris, évoquait un homme « sans charisme et sans générosité ». Plus récemment, on lui a reproché sa complaisance envers le gouvernement socialiste, et ses prises de position controversées. »

Libération avait rappelé qu’il était trop jeune pour être au charismatique PSU ou, pire, chez les maos. Il n’a pas non plus goûté aux joies du trotskisme. Le quotidien de Serge July rapportait aussi, à son endroit, un mot du charismatique sarkozyste Claude Goasguen, député et conseiller UMP de Paris :

« Il a un vrai contentieux avec l’individualisme. Le pire, c’est qu’il est sincère. A son propos, je pense à ce que disait Mirabeau de Robespierre : « Il ira loin, car il croit tout ce qu’il dit… Et il n’a pas de besoins. »»

A demain

1 « Charisme » :

A.− THÉOL. Don surnaturel extraordinaire octroyé à un croyant ou à un groupe de croyants, pour le bien commun de la communauté. À plusieurs reprises, Paul parle des charismes qui se rapportent au gouvernement des Églises (Théol. cath.t. 4, 2, 1938, p. 497):

B.− P. ext. Domaine de la sociol. pol. Autorité, fascination irrésistible qu’exerce un homme sur un groupe humain et qui paraît procéder de pouvoirs (quasi) surnaturels. Un régime fondé sur le charisme du chef(Giraud-Pamart1971). Domaine littér.Don, inspiration qui pousse irrésistiblement à la création (…)

 

 

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