AP-HP: «paquebot englué» et «frégate» rapide, les métaphores marines du Directeur Général

Bonjour

La santé publique suscite parfois des métaphores aquatiques. Le Monde nous apprend que le plus grand navire de croisière jamais construit quitte, aujourd’hui 12 mai, les chantiers de Saint-Nazaire. Harmony of the seas :

« Quelques discours, des cadeaux, une bénédiction, et ce luxueux bateau de 362 mètres de long sera remis à Royal Caribbean Cruise, le numéro deux mondial des croisières, dont le siège opérationnel est à Miami et le siège fiscal au Liberia. Le paquebot, qui arborait le drapeau français pour ses essais en mer, passera aux couleurs des Bahamas, un des principaux pavillons de complaisance au monde. Mais, une fois n’est pas coutume, baisser le drapeau bleu-blanc-rouge marque ici une victoire du made in France : la livraison de l’Harmony of the seas à une multinationale symbolise la renaissance de Saint-Nazaire, et plus globalement de la construction navale tricolore. »

Du mal à bouger

Le hasard des fatalités veut que, le même jour, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, file la métaphore maritime. C’est dans un entretien accordé au Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez, Cyrille Dupuis) depuis le phare de l’avenue Victoria. On lui demande si l’AP-HP n’est pas, parfois, un paquebot difficile à manœuvrer. Réponse du capitaine :

« L’idée d’une AP-HP immobile, engluée, n’est plus valable aujourd’hui. La métaphore du paquebot énorme qui a du mal à bouger n’est plus exacte. On a ouvert de nombreux sujets d’organisation, d’innovation, de management, des sujets sociaux, scientifiques… Ceux qui exercent à l’AP-HP se rendent compte que ça bouge, nos partenaires aussi. L’AP-HP est une frégate, elle ne se laissera pas dépasser. Mais il y encore beaucoup de chemin à faire : nous nous y attelons. »

Un paquebot, on connaît.  C’est un grand navire de la marine marchande assurant, généralement de façon régulière, le transport de passagers. Jadis il  était souvent transatlantique. « Le gouvernement américain réquisitionnait dans ses ports le paquebot Normandie et treize autres navires français (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p.184). »

Une frégate, on connaît moins. Il faut pour comprendre remonter au temps de la marine à voiles. C’était un bâtiment de guerre à trois mâts, extrêmement rapide, de taille intermédiaire entre la corvette et le vaisseau de ligne, armé d’une seule batterie couverte ne comportant pas plus de 60 canons. « Les États-Unis (…) ont quatre vaisseaux de ligne et une douzaine de bricks et de frégates » (Chateaubr., Congrès Vérone, t. 2, 1838, p. 356).»

Travail à fond de cale

Il est rare, de mémoire de marin, que des paquebots soient « englués ». Une telle situation imposerait d’ailleurs aussitôt une recherche des responsabilités. Quant à l’image de la corvette elle ne manque pas d’étonner : sa rapidité tient à la faiblesse de ses effectifs. Or il fait ici compter avec 95 000 personnes dont 23 500 médecins travaillant dans trente-neuf hôpitaux. Par où commencer le « travail de fond » ?

« Transformer l’AP-HP requiert une démarche globale et non séquentielle. Médicaux et paramédicaux ont donc tout intérêt à travailler autrement à tous les niveaux, que ce soit sur l’organisation des transmissions, des staffs, des visites, des horaires de consultation ou d’ouverture des blocs opératoires.

« Pourquoi ? Les conditions de prise en charge des patients en ce début de XXIe siècle sont radicalement différentes de celles de la fin du XXe siècle. L’hospitalisation de jour a évolué, la chirurgie ambulatoire se développe, l’hospitalisation à domicile poursuit une dynamique très forte. L’hôpital tourne plus vite. Ne pas nous réorganiser, c’est nous exposer à être toujours débordés. »

Anesthésistes mutins

Les mutineries, ces anesthésistes qui ont ouvert un nouveau front en menaçant l’AP-HP d’une grève des PH le 1er juin ?

« Nous ne sommes pas le laboratoire des revendications syndicales nationales ! Il n’y a pas de problème spécifique aux anesthésistes de l’AP-HP, dont la plupart ont conscience de l’intérêt d’exercer dans nos établissements. »

L’affréteur ? L’équipement ? La réduction des soldes ? Cette CME qui s’est prononcée, pour la deuxième fois consécutive, contre le plan de financement pluriannuel de la direction générale ?  

« Si les efforts programmés – 150 millions d’euros d’efficience par an –, dont je mesure bien l’exigence, étaient incompatibles avec nos missions, je ne les aurais pas inscrits et assumés. L’avenir, c’est préserver l’emploi – d’où la réforme des organisations de travail – et conserver nos capacités d’investissement. »

Gravité

On plaisante quelque peu, bien sûr, la métaphore y pousse. On mesure pourtant bien la gravité du moment, les troubles identitaires de l’institution hospitalière et dont souffrent ses servants. Paquebot englué et frégate bondissante… frégate « que personne ne dépassera »…. Certes. Mais d’où vient le vent ? Qui pourrait la dépasser ? Pourquoi ? Et quelle est la destination de ce bâtiment de guerre à trois mâts ?

Pour finir on observera qu’une longue partie de cet entretien au Quotidien du Médecin est consacré au suicide, par défenestration sur son lieu de travail, du Pr Jean-Louis Mégnien. Un suicide qui remonte à la mi-décembre. Cinq mois plus tard la communauté hospitalière en est encore profondément ébranlée.

A demain

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