Prière de donner des parcelles de vous-même : un peu de sang et/ou des cellules sexuelles

Bonjour

Donner, certes. Mais pousser au don. Dans un monde idéal, la publicité n’existerait pas. Et personne ne l’aurait inventée, surtout pas. Mais on sait ce qu’il en est. La réclame est là. C’est vrai aussi pour le vital, les fluides, corporel, l’intime de l’intime, jusqu’à la descendance.

Urgence. L’Etablissement français du sang nous rappelle aujourd’hui l’importance qu’il y a à donner son sang. Les ponts de mai sont là, les réserves s’amenuisent : les établissements sont sous tension il faut reconstituer les réserves en produits sanguins :

« Il est important de venir donner son sang dans les jours et semaines à venir. L’Etablissement français du sang observe de façon périodique une baisse de la fréquentation de ses collectes de sang en avril et en mai. La mobilisation ne doit pas faiblir : 10 000 dons de sang sont nécessaires chaque jour. Pour que les réserves soient reconstituées régulièrement, il est essentiel que les donneurs répondent présent chaque jour de l’année. »

Dire et redire : donner son sang est un geste simple et solidaire qui permet de soigner un million de malades chaque année. Redire encore : un don de sang est un geste précieux qui ne dure que 45 minutes (dont 10 minutes pour le prélèvement). S’interroger : où est le contre-don ?

Ovocytes et spermatozoïdes

Donner, certes. Mais inciter à donner, et le faire de manière récurrente. Faire de la publicité tout en mettant régulièrement en lumière la pénurie. Est-ce une bonne politique ? N’y a-t-il pas là matière à s’interroger ? Sur le contre-don, sur la forme publicitaire donnée aux incitations, sur les limites de son action dans un domaine à ce point lourd de symbole ?

Du 19 mai au 15 juin l’Agence de la biomédecine « lance une nouvelle campagne nationale sur le don d’ovocytes et le don de spermatozoïdes ». Et ne craint pas de culpabiliser : « plus de 3000 nouveaux couples en attente en France ».  Qui oserait refuser à des couples souffrant d’une une infertilité de « connaître le bonheur d’être parents » ? Qui oserait ne pas faire preuve de la générosité de celles et (surtout) ceux qui « ont déjà permis la naissance de plus de 5 000 enfants ces cinq dernières années ».

L’objectif 2016 est le même que celui des années précédentes, le même que depuis quarante ans : recruter de nouveaux donneurs « pour répondre aux besoins des nombreux couples en attente ». Soit, en cette année 2016, neuf cents donneuses et trois cents donneurs à recruter. (En 2014, 245 donneurs et 501 donneuses ont permis la naissance de 1 326 enfants). Cette dynamique doit se renforcer.

« Pour élargir la possibilité de donner, depuis fin 2015, les personnes n’ayant pas procréé peuvent devenir donneur. Un double effet : élargir la population des donneurs potentiels et abaisser l’âge moyen des donneurs. La possibilité de conserver une partie des ovocytes ou des spermatozoïdes est proposée aux donneurs, sous réserve, dans le cas des ovocytes, que la quantité prélevée soit suffisante. Ceci pour le cas où les donneurs seraient éventuellement confrontés à leur tour à une infertilité médicale. »

Logiques des dons

Pour sensibiliser le grand public, l’Agence de la biomédecine déploie depuis 2008 des campagnes de communication nationale.  Pour encourager l’activité de don d’ovocytes, les donneuses bénéficient d’une prise en charge effective à 100 % des actes médicaux (échographie, dosages hormonaux,…) liés au don, pour six mois ainsi que les frais non médicaux engagés à l’occasion du don. Parallèlement, le financement de l’activité des centres est renforcé avec un forfait « T2A » (tarification à l’activité) spécifique pour la ponction d’ovocytes et avec une dotation « MIG » (Mission d’Intérêt Général) couvrant les charges de structure. Rien n’est dit sur le contre-don.

« Marcel Mauss a aussi cherché à mettre en évidence les logiques qui régissent le don. Il montre notamment qu’il existe un laps de temps incompressible qui sépare le premier don du contre don. D’autre part, le don a tendance à grandir le donateur et à abaisser le donataire. Pierre Bourdieu a effectué une lecture pessimiste du don à partir de ces deux logiques : en effet, pour lui, ce laps de temps permet au donateur de faire violence au donataire (contraint de rester débiteur du donateur). Par ailleurs, dans ce système, la violence est masquée sous une apparence de générosité sans calcul. Le donataire reste donc dans la dépendance du donateur. »

A demain

1 A lire, pour bien des raisons : « Inventer le don de sperme » ; entretiens avec Georges David, fondateur des Cecos Par Fabrice Cahen, historien, chargé de recherches à l’Institut national d’études démographiques et Jérôme van Wijland, conservateur des bibliothèques et directeur de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine. Editions Matériologiques, collection « Épistémologie de la médecine et de la santé »:

« Alors que resurgit le débat sur l’assistance médicale à la procréation dans ses aspects pratiques, éthiques ou légaux, l’histoire des thérapeutiques de la stérilité et des technologies reproductives reste, elle, peu connue. Ce livre d’entretiens retrace l’histoire du premier système institutionnalisé de don de gamètes en France, le Centre d’étude et de conservation des œufs humains et du sperme (Cecos), créé en 1973 en réponse à la stérilité conjugale involontaire d’origine masculine.

 « À travers la trajectoire de son fondateur le Pr Georges David, il s’agit de comprendre l’apparition d’un espace professionnel spécialisé, la mise en place d’un ensemble de pratiques et de savoir-faire, ainsi que les conditions ayant permis la reconnaissance du système par les pouvoirs publics. Chemin faisant, le lecteur est invité à découvrir sous un angle inédit ce que fut le monde médico-hospitalier et biomédical en pleine mutation des décennies de l’après-guerre. Georges David, membre de l’Académie nationale de médecine et membre correspondant de l’Académie des sciences, ancien membre du Comité consultatif national d’éthique, témoigne de cet itinéraire singulier. »

 

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