Haute Autorité de Santé : « Non, on ne peut pas dépister le cancer du fumeur ! » Et après ?

Bonjour

En jargon officiel on dit « Cancer du poumon : conditions non réunies pour un dépistage chez les fumeurs ». C’est le titre, sans nuance, d’un communiqué de presse que vient de diffuser la Haute Autorité de Santé » (HAS) : « Cancer du poumon : conditions non réunies pour un dépistage chez les fumeurs ». C’est, en toute logique ministérielle, un message qui devrait figurer sur les « paquets neutres » qui commenceront à arriver demain chez les buralistes. C’est un message qui n’y figurera pas.

De quoi parle-t-on ? Du cancer dit « du poumon ». C’est le cancer responsable du plus grand nombre de décès prématurés. C’est un cancer qui est « lié » dans 90% des cas au tabagisme. A ce titre c’est un cancer qui est « lié » à tous ceux qui fabriquent, commercialisent et taxent les produits du tabac. « Liés »à toutes celles et ceux qui, disposant des outils de la puissance publique, ne mettent pas tout en œuvre pour prévenir et combattre l’addiction à la nicotine associée aux mille et un cancérigènes de la fumée du tabac carbonisé.

Scanner thoracique

On a recensé 45 200 nouveaux cas de cancer du poumon en France en 2015. Cette lésion tue prématurément, chaque année, environ 21 000 hommes et 9 500  femmes. Cinq ans après le diagnostic de la maladie, moins d’un malade sur six est encore en vie.

De quoi nous parle la HAS ? De son évaluation de la possibilité (et de l’intérêt) de dépister ce cancer chez les fumeurs. Pourquoi ? Pour détecter et  traiter cette maladie à un stade précoce de son développement. Que conclut la HAS ? Que les conditions ne sont actuellement pas réunies pour que ce dépistage soit possible et utile 1. Les espoirs reposaient ici sur le dépistage de ce cancer du poumon par « scanner thoracique à rayons x à faible dose ». Ces espoirs ne sont plus d’actualité.

Inversion des conclusions 

Quelles sont les conclusions de la HAS ? Elles méritent que l’on s’y arrête. Il faut, selon elle, « continuer la recherche et intensifier la lutte contre le tabagisme ». On aurait, naïvement, imaginé que cette institution aurait inversé cet ordre des priorités. Nullement :

« Compte tenu du nombre de fumeurs en France et afin de réduire le risque de survenue du cancer du poumon, la HAS insiste sur la nécessité de :
– poursuivre les recherches sur les traitements, les caractéristiques de la maladie et les techniques de dépistage,
– intensifier la lutte contre le tabagisme avec des actions incitant les jeunes à ne pas commencer à fumer et les fumeurs à arrêter, comme prévu dans le programme national de réduction du tabagisme,
– faire preuve d’une vigilance particulière face aux premiers signes cliniques qui pourraient alerter sur le cancer du poumon
. »

Cigarette électronique

Rappelons que la consommation de tabac en France est l’une des plus élevées en Europe (plus d’un adulte sur trois) ; que le collège de la HAS est présidé depuis mars par le Dr Agnès Buzyn ; que le Dr Buzyn présidait auparavant, depuis 2011, l’Institut national du cancer (INCa) ; et que l’on ne garde pas trace d’un engagement public et politique, déterminé et farouche du Dr Buzyn dans la lutte contre le tabac. On aimerait, bien sûr, être démenti; preuves à l’appui.

Questions : les grands patrons des grands organismes en charge de la santé publique peuvent-ils avoir une action politique? Rangent-ils le tabagisme au rayon des fatalités ? Que fait la HAS pour (ou contre) la cigarette électronique ? Les réponses seront publiées.

A demain

1 Pour qu’il soit possible et utile de dépister une maladie, au moins six conditions doivent être réunies ; ce qui n’est pas le cas actuellement pour le cancer du poumon. La HAS estime en effet que :

a. la maladie est difficilement détectable à un stade précoce à cause de sa rapidité d’évolutionil n’est pas clairement établi qu’il existe une période suffisamment longue – entre le moment où une anomalie est décelable à l’imagerie et l’apparition des premiers symptômes – pour mener un dépistage.

b. l’examen de dépistage disponible n’est pas adapté:le scanner thoracique génère trop de « faux positifs » (jusqu’à 90% des anomalies trouvées au scanner s’avèrent non cancéreuses après examen) et reste irradiant même à faible dose. La question du risque de cancers induits par les radiations se pose d’autant plus que cet examen, qui irradie une large part du thorax, devrait être répété et réalisé régulièrement dans le cadre d’un dépistage.

c. les possibilités de traitements sont restreintes, même à un stade précoce de la maladie:les traitements actuels sont essentiellement chirurgicaux, lourds et réalisables dans certains cas uniquement (selon l’état général de la personne et les caractéristiques de la tumeur).

d. les personnes qui pourraient bénéficier d’un dépistage ne sont pas précisément identifiables:il n’existe pas de repères précis (nombre de cigarettes fumées, ancienneté du tabagisme) permettant d’identifier avec exactitude les fumeurs les plus à risque de développer un cancer du poumon.

e. la réduction de la mortalité grâce à ce dépistage n’est pas établie dans le contexte français.

f. il y a trop de risques et d’inconvénients associés à ce dépistage pour des bénéfices très incertains:les  inconvénients d’un dépistage du cancer du poumon par scanner thoracique sont nombreux, avec des complications parfois graves voire mortelles suite à l’exploration d’anomalies non cancéreuses identifiées au scanner. Les bénéfices quant à eux sont très incertains.

 

3 réflexions sur “Haute Autorité de Santé : « Non, on ne peut pas dépister le cancer du fumeur ! » Et après ?

  1. « le collège de la HAS est présidé depuis mars par le Dr Agnès Buzyn ; que le Dr Buzyn présidait auparavant, depuis 2011, l’Institut national du cancer (INCa) ; et que l’on ne garde pas trace d’un engagement public et politique, déterminé et farouche du Dr Buzyn dans la lutte contre le tabac.  »

    Cet institut (et était-ce Mme Buzyn ? ) est farouchement engagé dans la lutte contre le fait de prendre ne serait-ce qu’un verre de vin par jour avec un repas.

  2. Bonsoir,
    je suis très etonné de lire que le Dr buzyn n’a pas laissé de trace d’un engagement public contre le tabac.
    Voici les preuves à l’appui :
    En tant que présidente de l’INCa, elle a publié dans le monde cette tribune :
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/05/31/tabac-nous-devons-agir-contre-cette-bombe-a-retardement-sanitaire_3421857_3232.html

    Elle s’est battue pour obtenir un programme national de reduction du tabagisme dans le cadre du plan cancer 2014-2019 (mesure 10 du plan cancer 2014-2019)
    et elle a lancé pour la période 2015-2019 un programme pluriannuel de recherche sur le tabac appelé « PRIORITE Tabac » (le nom choisi montre bien son engagement).

    Voici donc les preuves de son engagement fort dans la lutte contre le tabac et elle semble continuer son engagement en tant que nouvelle presidente de la HAS.

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