Valérie Pécresse et le cannabis : dépistage dans les lycées, dans les salives et les eaux usées

 

Bonjour

L’actualité des addictions est un livre ouvert ; sur les passions et la déraison, sur la politique. La sarabande des substances est connue : tabac-nicotine, boissons alcooliques et produits illicites. A échéance régulière l’exécutif s’invite dans ces océans ; souvent au nom de la police, parfois de la santé publique. Parfois il s’agit d’artifices politiciens : faire parler de soi, montrer que l’on dirige la barque, rassurer le citoyen, calmer les angoisses. Il arrive aussi que les artifices ne soient pas contraires au bien public.

Personne n’aurait parié qu’elle passerait à l’acte. On allait en rester la promesse de campagne, à la vibration d’une ridule médiatique. Pari perdu : Valérie Pécresse, 48 ans a une poigne de fer: la région Ile-de-France a adopté, jeudi 19 mai, la proposition portée par sa présidente (Les Républicains). Elle financera la réalisation de tests salivaires de dépistage de drogue et d’éthylotests destinés les lycéens franciliens. Il s’agit, on l’aura compris, de lutter contre les addictions, « source de décrochage scolaire ». Mme Pécresse s’intéresse aux addictions autant qu’à sa région : « Il y a un fléau en Ile-de-France, c’est le décrochage scolaire. A la racine de ce fléau, mettons des mots : des addictions, la drogue, l’alcool et les jeux vidéo, qui sont une autre forme d’addiction », 

Outils de diagnostic

Mme Pécresse et Les Républicains ont vaincu la gauche et ignoré l’abstention du Front national.  La région va demander à chaque établissement « d’établir un diagnostic sur la consommation des substances addictives » Il s’agira aussi d’identifier les éventuels trafics à proximité immédiate des lycées. Pour les chefs d’établissement qui le souhaiteront, les tests de dépistage seront « des outils de diagnostic », menés sous couvert du secret médical. Les résultats individuels ne seront pas transmis aux chefs d’établissement – uniquement à la famille, ou au lycéen (s’il est majeur). On entend d’ici les échos familiaux en cas de résultats positifs.

Ce n’est pas tout : la région a aussi adopté la possibilité de détecter collectivement des consommations de drogue via l’analyse … des eaux usées des lycées. Pour le coup la détection sera radicalement anonyme. Elle donnera  « une vision claire et objective » de la consommation dans chaque lycée. C’est là une initiative du groupe MoDem ; elle montre que la raison peut ne pas être au centre. On entend déjà l’organisation des compétitions inter-lycées-eaux usées.

Humoriste épidémiologiste

Tout ceci a été très festif : un élu francilien de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) a distribué des tests salivaires aux élus dans l’hémicycle. Se fondant sur des statistiques nationale il avait calculé que dans l’assemblée  17 élus devaient être des fumeurs réguliers de cannabis, et 8 des consommateurs quotidiens. Cet humoriste épidémiologiste a proposé de tester en premier le groupe EELV. Le groupe visé a immédiatement dénoncé une « stigmatisation ». « Je n’ai pas dit que vous étiez positifs », a répondu l’élu. Humour et politique.

Selon Agnès Evren, vice-présidente chargée de l’éducation,  10 % des jeunes d’Ile-de-France fument plus d’un joint par jour. Le Front national a dénoncé « un enfumage », le Front de gauche a déploré une « stigmatisation caricaturale » et le Parti socialiste (PS) « le rideau de fumée des tests salivaires » et le « rôle de police » donné aux proviseurs. « Ce ne sera pas un arsenal pénal mais un mécanisme de prévention et de protection », a jugé de son côté le groupe LR, et l’UDI a salué « le courage d’aborder un sujet tabou ».

Fin décembre, nous nous demandions si Mme Pécresse, depuis longtemps figure montante du groupe Les Républicains, allait véritablement passer à l’acte. Frédéric Péchenard, poids lourd de droite, ancien directeur de la police nationale et vice-président du conseil régional d’Ile-de-France, avait annoncé le 22 décembre sur France Info une mise en place « dès que possible »  du dispositif, assurant qu’il se ferait « dans le respect absolu »des élèves et de leurs familles.

Fatigues et inquiétudes

Le Monde avait alors interrogé le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Réponse : « Rien dans la loi ne permet ce type de dépistage en dehors d’une procédure judiciaire ». Même question à la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).  Membre du comité scientifique de SOS Addictions et président de la Fédération addictions, Jean-Pierre Couteron avait quant à lui déclaré au Monde être à la fois « sceptique » et « inquiet ». On le sentait alors  presque fatigué de voir certains responsables politiques faire comme si rien n’avait été fait sur ce sujet.

Il rappelait « l’effort fait depuis deux ou trois ans pour consolider les consultations jeunes consommateurs et développer l’intervention précoce pour aller à la rencontre des jeunes ». Cinq mois ont passé. Mme Pécresse et Mr Péchenard ont choisi de faire table rase du savoir passé. Puisqu’ils persistent dans leur volonté de doser, on leur conseillera de rechercher, aussi, dans les salives, les urines et les eaux usées, les métabolites de la nicotine. On rappellera que la loi interdit, en France,  à un mineur d’acheter des cigarettes de tabac. Paquets  neutres ou pas.

A demain

 

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