Bombe dans la police judiciaire : le patron des «stups» aurait aidé à l’importation de cannabis

Bonjour

Belle prise de Libé. Même les  blasés seront mis en appétit : ce 23 mai 2016 le quotidien créé par Jean-Paul Sartre révèle le rôle central qu’aurait joué l’ancien numéro 1 de la lutte antidrogue, dans l’importation en France de plusieurs dizaines de tonnes de cannabis – commerce illégal en lien avec un des plus gros trafiquants européens. « Un système d’une ampleur inédite qui s’apparente à un trafic d’Etat » dit Libération. La structure sur la sellette est le célèbre « Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants » (Octris). L’homme visé se nomme François Thierry : « François Thierry : tuyaux, «tontons» et tonnes de shit » :

Appétence pour les stups

« Pur flic de PJ, François Thierry, 48 ans, sort de l’école de police en 1994. Sa première affectation le mène à Nantes, où il se fait rapidement repérer pour la pertinence de ses analyses criminelles. Ensuite, c’est à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), poste très exposé, qu’il démontre son appétence pour la matière stups. Là, il traque les faux plaisanciers dont les voiliers sont bourrés de coke produite en Colombie, en Bolivie, au Mexique. Et commence à étoffer un sérieux carnet d’adresses d’informateurs, les fameux «tontons». En 2001, l’évidence ne se dément plus : François Thierry, dont le mentor n’est autre que Bernard Petit, l’ancien patron du 36, quai des Orfèvres, a suffisamment prouvé sa valeur pour que lui soient confiées les unités opérationnelles de l’Ocrtis. »

« Les ministres ne s’y trompent pas. En mars 2011, Claude Guéant vient saluer la saisie de 7 tonnes de schnouf entrées par camion du Maroc via l’Espagne. Réalisé en Seine-et-Marne, le coup de filet est à l’époque proche du Guinness des records. Sur la photo, toute la sarkozie, de Frédéric Péchenard, alors directeur général de la police national, à Michel Gaudin, préfet de police de Paris, se presse pour féliciter François Thierry, l’amoureux des voiliers et des grosses cylindrées. (…) Mais il y a un an, le vent tourne brutalement. Les magistrats spécialisés comprennent qu’il y a un loup derrière de nombreux dossiers constitués par l’Ocrtis (…) 

« En mars, François Thierry, dont la compagne est Anne-Claire V. – l’avocate de Sofiane H. – est discrètement exfiltré de l’Ocrtis par la Place Beauvau. Il devient «numéro bis» de la Sous-direction antiterroriste de la PJ (Sdat), c’est-à-dire suppléant du numéro 2»

Chercher la femme

On lira la suite dans Libé. Une affaire comme toutes celles qui s’écrivent aux confins du monde des gendarmes et des voleurs, dans un milieu que l’on peine à comprendre sinon à imaginer. Une affaire comme mille ont déjà été écrites, ou filmées. A cette nuance près que l’on s’approche, ici, du trafic d’Etat. Avec un étonnat personnage principal, et un étonnant système :

« (…) un certain Sofiane H., bien connu des services de police. L’homme habite justement boulevard Exelmans, dans un penthouse de 300 m2 avec piscine intérieure, dont le loyer de 9 000 euros est réglé chaque mois en cash. Mais il a surtout la particularité d’être un indic de l’Ocrtis, dûment immatriculé au Bureau central des sources. Un informateur au pouvoir exorbitant, directement traité par le patron de l’Office, et capable d’importer chaque mois plusieurs tonnes de shit en «livraison surveillée».

«  Cette technique d’enquête, très prisée des services de stups, permet de laisser passer de la drogue sous le contrôle d’un magistrat, afin de démanteler des réseaux de revendeurs à l’arrivée. Une technique légale. Sauf qu’en l’espèce, Sofiane H. semblait bénéficier d’une protection en haut lieu, ce qui lui permettait de poursuivre ses activités sans jamais être inquiété. »

Sofiane H. mais aussi Anne Claire V. :

« (…) Extradé en France, Sofiane H. est condamné en avril 2011 à treize ans de prison. Mais il a désormais une bonne avocate. Anne Claire V. n’est autre que la compagne de François Thierry. A l’énoncé du verdict, elle dénonce une «peine sévère». Mais à peine trois ans plus tard, l’avocate spécialisée en droit immobilier dans un grand cabinet d’affaires parvient à faire libérer le trafiquant.

« Contre toute attente, Sofiane H. bénéficie d’une remise de peine exceptionnelle suivie d’une libération conditionnelle, accordée par un juge d’application des peines de Nancy. Une mesure rarissime, réservée à certains repentis. Selon nos informations, Sofiane H. a dû s’acquitter au passage d’une amende douanière de 2 millions d’euros. Qui a réglé cette somme ? Avec quel argent ? (…) ».

Prévenir l’esclavage

C’est peu dire que l’affaire fait et fera du bruit. C’est déjà le cas au sein  de l’association SOS Addictions. Fragilisera-t-elle le pouvoir en place ? On entend déjà les commentaires. A droite et au sein du gouvernement on trouvera là de nouvelles raisons pour intensifier la lutte et radicaliser le combat contre les drogues illicites. Ailleurs on expliquera que le moment est décidemment venu de changer de braquet, de dépénaliser la consommation puis la détention, puis le commerce de ce cannabis.

Des médecins tenteront de dire que l’urgence, la priorité, le véritable combat, est de tout mettre en place (comme pour le tabac et l’alcool) pour retarder l’âge du premier usage – et ensuite de faire de même pour prévenir l’installation d’un esclavage. Qui les écoutera ?

A demain

 

 

 

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