Hépatite C et défauts de soins : que répondra Marisol Touraine aux accusations éthiques la concernant ?

 

Bonjour

Elle ne manque pas d’un certain cran diront ses admirateurs. Elle est comme hors-sol diront les autres. Mercredi 25 mai la ministre des Affaires sociales et de la Santé « interviendra en ouverture » de la Journée nationale de lutte contre les hépatites virales. Comment pourra-t-elle justifier la pénurie médicamenteuse dont souffrent les personnes victimes d’une hépatite C et qui ne peuvent être soignés ? Comment pourra-t-elle expliquer qu’elle n’a pas pu tenir les engagements qu’elle avait pris à plusieurs reprises ces dernières années assurant, en substance, qu’aucun malade ne resterait au bord du chemin ?

Restriction des soins

Il faudra à Marisol Touraine répondre aux accusations que vient de formuler le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS). Son dernier communiqué de presse a, médicalement parlant, quelque chose de proprement accablant. Restons à quelques extraits :

« Depuis 2014, l’arrivée de nouveaux antiviraux d’action directe (NAAD) a profondément transformé la prise en charge thérapeutique de l’infection par le virus de l’hépatite C (VHC). Ces nouveaux traitements, hautement efficaces et bien tolérés, permettent aujourd’hui d’obtenir en quelques semaines la guérison virologique chez plus de 90% des patients (…)

« Le coût excessivement élevé des NAAD en France a cependant conduit les pouvoirs publics français à adopter jusqu’ici une politique de limitation de l’accès à ces traitements, en réservant leur prise en charge aux patients dont l’atteinte hépatique est la plus avancée.

« Dans un courrier adressé en décembre 2015 aux ministres en charge respectivement de la santé ainsi que des finances et des comptes publics, le Conseil national du sida et des hépatites virales relevait que les critères d’autorisation de prise en charge financière des NAAD en vigueur étaient plus restrictifs que les recommandations thérapeutiques établies par les experts. Le Conseil faisait part de sa préoccupation face à une situation qui conduit à refuser la prise en charge du traitement à une partie des patients pourtant éligibles sur le plan de l’intérêt thérapeutique, et à différer leur accès jusqu’à aggravation de leur état de santé.

Cette situation perdure depuis de trop nombreux mois pour être considérée comme simplement transitoire. Concernant une pathologie fréquente, elle représente un cas sans précédent en France de restriction d’accès de certains patients à de nouveaux traitements plus efficaces, uniquement en raison de leur caractère onéreux. En l’absence de justification thérapeutique, le Conseil national du sida et des hépatites virales considère que cet accès différentiel constitue une discrimination entre patients qui n’est pas acceptable sur le plan éthique. »

Cocasse tragique

La situation n’est certes pas nouvelle mais elle devient chaque jour moins supportable, moins acceptable, moins justifiable. Et ce d’autant que les décalages entre l’éligibilité thérapeutique et les conditions effectives d’accès aux médicaments salvateurs s’aggrave du fait des dernières recommandations d’experts, plus larges que les précédentes : les nouveaux traitements antiviraux devraient être prescrits à tous les patients infectés par le VHC.

On ajoutera que la situation est d’autant plus tragiquement cocasse que les limitations d’accès coïncident avec les politiques publiques de renforcement du dépistage du VHC. On dépiste mais on ne peut pas soigner. L’absence d’offre effective de traitement à l’issue du dépistage compromet son attractivité, à l’heure où le déploiement d’une offre de tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) devrait favoriser le dépistage plus précoce d’un plus grand nombre de patients.

Ethique de santé publique

Pour ces raisons à la fois éthiques et de santé publique, le Conseil national du sida et des hépatites virales condamne la politique actuelle de lutte contre le VHC. Il réclame qu’elle soit « dès à présent être redéfinie en fonction de l’objectif du dépistage et d’une offre de traitement antiviral à toutes les personnes infectées par le VHC ». « Certains pays européens ont au demeurant déjà fait ce choix et entrepris de déployer des stratégies adaptées » ajoute-t-il.

Cela ne se fera pas sans une volonté affirmée du gouvernement français s’agissant des prix (aujourd’hui insensés) des médicaments concernés. Qui se souvient que le président de la République a souligné « la détermination de la France à lutter contre le prix prohibitif de certains nouveaux médicaments, tout en promouvant l’innovation » et rappelé la nécessaire mobilisation des pays du G7 sur cet enjeu ? De bien belles phrases. C’était il y a peu dans The Lancet 1.

Marisol Touraine avait alors applaudi. Le sera-t-elle, demain, après son intervention « en ouverture » de la Journée nationale de lutte contre les hépatites virales ? Le bruit court qu’elle annoncera à cette occasion un élargissement des indications des NAAD  à tous les patients, quel que soit leur stade de fibrose. Faut-il se méfier des bruits qui courent ?

A demain

1Towards a global agenda on health security” Hollande F. (31,50 dollars ou sur abonnement).

 

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