Les scientifiques français sont radicalement opposés à leur suicide politiquement assisté

 

Bonjour

Voici venu le temps des paris assassins. Celui de la Confédération Générale du Travail tout d’abord, engagée dans un bras de fer avec le gouvernement. Une affaire d’hommes. Le pays observe. Qui de Philippe Martinez, 55 ans, et de Manuel Valls, 53 ans, pliera ?

Mais il y a aussi un autre affrontement, moins médiatisé mais pas moins essentiel, pas moins symptomatique : celui qui oppose les chercheurs du domaine public au gouvernement de Manuel Valls et d’Emmanuel Macron, 38 ans. Pas de leader syndical charismatique, côté science, sinon sept prix Nobel et une médaille Fields 1 (on notera l’absence, inexpliquée, de Luc Montagnier). Ils viennent de lancer un cri dans Le Monde : « Coupes budgétaires dans la recherche : huit grands chercheurs dénoncent ‘’un suicide scientifique et industriel’’ ».

Lézardes gouvernementales

Pour financer les différentes mesures nouvelles (plan emploi, agriculture, sécurité, etc.) annoncées depuis janvier, le gouvernement Valls a préparé un projet de décret prévoyant au total 1,1 milliard d’euros d’économies budgétaires supplémentaires en 2016. La Mission interministérielle recherche et enseignement supérieur (Mires) est appelée à fournir un quart de cet effort :  256 millions d’euros d’annulations de crédit, dont 134 millions d’euros concernent les subventions allouées aux organismes de recherche. Le CEA est mis à contribution à hauteur de 64 millions d’euros, le CNRS de 50 millions, l’Inria et l’Inra de 10 millions chacun. Ce décret inattendu a semé la consternation dans la communauté scientifique.

Qui l’emportera ? L’Agence France Presse vient de résumer la situation telle qu’elle se présente au 25 mai. Les lézardes gouvernementales apparaissent considérables. Le mouvement d’indignation des scientifiques a reçu le soutien des commissions des Finances de l’Assemblée nationale et du Sénat. Les huit scientifiques médaillés français se disent d’autant plus consternés qu’ils viennent d’apprendre que « les dépenses de recherche et développement (R&D) de l’État fédéral allemand ont augmenté de 75 % en dix ans ». Les conseils scientifiques de cinq organismes de recherche (CNRS, Inra, Inserm, Ined, IRD) « s’indignent » eux aussi du projet de décret. Pour l’heure les directeurs généraux ne semblent pas avoir mis leur démission dans la balance.

Pigeons réabondés

Ces conseils  « demandent au gouvernement de surseoir à ce projet contre-productif ». Certains de ces organismes ne sont pas touchés, mais ils sont solidaires de ceux mis à contribution. « Trop, c’est trop, a expliqué à l’AFP Bruno Chaudret, 62 ans, président du conseil scientifique du CNRS. Nous en avons vraiment assez d’être pris pour des pigeons. Les intérêts privés sont entendus par le gouvernement, mais nous, qui représentons l’intérêt public, nous servons de variable d’ajustement. » Des pigeons publics ? Qu’en pense Emmanuel Macron ?

Najat Vallaud-Belkacem, 38 ans, ministre de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Najat Vallaud-Belkacem a affirmé, lors des questions au gouvernement, que les coupes « n’auront aucun impact sur l’activité des organismes de recherche ». « J’en prends l’engagement ici : si les 134 millions d’euros venaient à manquer aux organismes de recherche dans la conduite de leurs projets, je prendrai les mesures nécessaires pour réabonder leurs crédits », a-t-elle promis. Que ne réabonde-t-elle pas dès aujourd’hui ?

François Hollande et les incohérences

Tout tangue : le rapporteur général du budget, la socialiste Valérie Rabault, 43 ans, a « recommandé » de renoncer à ces annulations de crédits, jugeant que « d’autres solutions peuvent être envisagées pour respecter l’équilibre budgétaire ». De son côté, la commission des Finances du Sénat a émis un avis défavorable sur le projet de décret dans sa totalité, suivant le rapport d’Albéric de Montgolfier, 51 ans (Les Républicains, Eure-et-Loir). Concernant les coupes dans la recherche, elle estime qu’elles « sont incohérentes avec les engagements pris par le président de la République de sanctuariser, voire d’augmenter ces crédits ».

Le cas le plus intéressant est celui de Thierry Mandon, 58 ans, socialiste et secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ses services ont  expliqué que les économies de 134 millions d’euros se feront « en mobilisant les fonds de roulement disponibles et les trésoreries des organismes de recherche » – et ce « sans mettre en cause l’exécution » des budgets annuels prévus par les organismes de recherche. Les « fonds de roulement » ?  « Pour nous, c’est l’oxygène de la recherche ! C’est ce qui permet de mener à bien des recherches libres qui pourront donner lieu plus tard à des projets d’envergure », tonne Bruno Chaudret.

Changer de « machine à décider »

De quel côté se situe Thierry Mandon ? Dans le dernier Journal du Dimanche il déclarait : « Il faut revoir la façon dont on dirige le pays ». Extrait :

« Depuis de nombreuses années, et bien avant ce quinquennat, toute notre « machine à décider »! C’est l’ensemble de notre système de gouvernance qui est obsolète. À tous les niveaux, les mécanismes de prise de décision sont grippés en France. Nous devons mener une réflexion globale pour remettre cette machine en état de marche. Oui, il faut avoir le courage de revoir profondément la façon dont on dirige le pays… »

« En tant que secrétaire d’État en charge de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, je regarde de près la production intellectuelle des sciences sociales sur la question démocratique. Or, je ne peux que constater que cela fait des années que les chercheurs tirent la sonnette d’alarme. Notamment sur l’aspiration d’une société plus éduquée, plus mûre, à participer aux décisions publiques. À cet égard, le dernier livre de Pierre Rosanvallon, « Le Bon Gouvernement »[éditions du Seuil] est très éclairant. »

Un livre éclairant, donc. Et maintenant ?

A demain

1 Françoise Barré-Sinoussi (Prix Nobel de médecine), Claude Cohen-Tannoudji (Prix Nobel de physique), Albert Fert (Prix Nobel de physique), Serge Haroche (Prix Nobel de physique), Jules Hoffmann (Prix Nobel de médecine), Jean Jouzel (vice-président du groupe scientifique du GIEC, au moment où celui-ci reçoit le prix Nobel de la paix), Jean-Marie Lehn (Prix Nobel de chimie) et Cédric Villani (médaille Fields).

3 réflexions sur “Les scientifiques français sont radicalement opposés à leur suicide politiquement assisté

  1. Je veux bien aller manifester, signer une pétition en ligne, et voterai en conséquence contre ces imbéciles. Contrairement à ce qu’écrivent les personnalités scientifiques, il ne s’agit pas à proprement parler d’un suicide, car il y a une constante chez le suicidé : il était consentant puisqu’à l’initiative du geste. Or, là ce n’est pas le cas, des gestionnaires ronds de cuir qui croient que la recherche d’un pays repose uniquement sur les financement privés, décident unilatéralement d’amputer son budget. Si l’on avait attendu des entreprises qu’elles financent la recherche fondamentale qui précède généralement de quelques décennies la recherche appliquée, on n’aurait pas tous ces prix nobels qu’au passage on est capable de générer, et surtout on n’aurait pas de recherche appliquée et donc pas d’innovation industrielle. Tout les pays industrialisés l’on compris en augmentant de façon conséquente depuis la crise de 2008, l’effort de financement. Au lieu de cela, pour des raisons de stratégie électorale on redistribue ce que l’on n’a pas encore généré. A ce rythme là, on n’aura bientôt plus les moyens de financer la recherche, à supposer que l’on ait encore des volontaires pour en faire dans ce pays, ce qui est un autre problème intimement lié et qu’il faudra pourtant bien aborder un jour. Il faut que notre président sorte de cette fâcheuse habitude de garantir une chose, comme la sanctuarisation des budgets de la recherche, et de faire son contraire. d’ailleurs sanctuariser était un moindre mal alors qu’il est évident qu’il faut dégager des financements supplémentaires tout en réformant si c’est nécessaire le mode d’allocation.
    Espérons que nos gouvernants seront sensibles aux vives critiques auxquelles ils vont devoir faire face et qui émaneront de personnes qui partagent les mêmes valeurs d’élitisme républicain au sens noble du terme.
    Tant d’incurie au plus haut niveau de l’Etat est exaspérant et insupportable !

  2. Je me permets de préciser à Jeanjean que dans les hôpitaux, les entreprises, les cabinets médicaux certains suicides ne sont pas vraiment le fait d’êtres consetants dans la mesure où ils ont été délibérément provoqués …J’ignore si des chercheurs sot également concernés et leur nombre mais j’ai appris il existe à ma connaissance des collectfs de thésards contre le harcèlement moral …

  3. Une suggestion pour aider nos politiques faisant preuve d’un tel respect pour les plus puissants cerveaux français :les psychiatriser , la grande intelligence étant notoirement proche de la maladie mentale …Les harceleurs seront aisément recrutés dans notre société pervertie …

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