Spectre de l’autisme et antidépresseurs chez la femme enceinte : le lien ne doit plus être ignoré

 

Bonjour

En marge des turbulences qui l’agite (« essai clinique mortel de Rennes ») la direction de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) revient à l’un de ses fondamentaux : informer pour prévenir ; informer pour, demain, ne pas être accusée de ne pas l’avoir fait. Cela donne une mise en garde 1 vis-à-vis des innombrables médicaments contre les « épisodes dépressifs » et autres « troubles anxieux ».

On parle ici de la famille sans fin des « inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN) ». Des spécialités pharmaceutiques qui, autant que faire se peut, devrait être prohibées durant la grossesse 2. Or il semble que ce ne soit pas toujours le cas. Sans, malheureusement, que l’ANSM ne donne de chiffres sur le sujet. En dispose-t-elle ? On ne le saura pas.

S’inquiéter

De quels médicaments parle-t-on ? Pour les antidépresseurs ISRS : la paroxétine (Deroxat et génériques), la fluoxétine (Prozac et génériques), la sertraline (Zoloft ® et génériques), le citalopram (Seropram ® et génériques), l’escitalopram (Seroplex ® et génériques) et la fluvoxamine (Floxyfral ® et génériques).

Pour les IRSN : la venlafaxine (Effexor ® et génériques), la duloxétine (Cymbalta ® et génériques), la mirtazapine (Norset ® et génériques) et le milnacipran (Ixel ® et génériques).

Pourquoi inquiéter ? Pourquoi mettre en garde ? Car plusieurs études épidémiologiques sur le risque de troubles neuro-développementaux chez l’enfant exposé in utero à ces médicaments sont publiées dans la littérature scientifique.  Certes rien n’est acquis mais le sujet est trop important pour que l’on ne s’inquiète pas :

« Si toutes ne montrent pas de lien, certaines études font cependant apparaître un risque qui doit être pris en compte. Aussi ces résultats conduisent l’ANSM à informer les prescripteurs de la nécessité de faire preuve de précaution dans l’utilisation de ces médicaments chez la femme enceinte. L’Agence maintient par ailleurs une surveillance renforcée sur les risques liés à l’exposition à ces médicaments pendant la grossesse. »

Preuve de précaution

On appréciera comme il se doit la formule : « informer les prescripteurs de la nécessité de faire preuve de précaution ». Les fabricants indiquent pour leur part (avec l’aval de l’ANSM) que ces médicaments sont indiqués notamment dans la prise en charge des épisodes dépressifs majeurs (comprendre caractérisés) et, pour certains d’entre eux, dans le traitement des troubles anxieux : troubles obsessionnels compulsifs (TOC), trouble panique, anxiété sociale, anxiété généralisée ou état de stress post-traumatique.

Résumé par l’ANSM de la revue des données disponibles à ce jour :

« Certaines données épidémiologiques récentes suggèrent une augmentation du risque de troubles du spectre de l’autisme chez des enfants exposés à ces antidépresseurs pendant la grossesse. Cependant d’autres études ne mettent pas en évidence une augmentation de ce risque. Ainsi, à ce jour, les études ne permettent donc pas d’exclure une association entre l’utilisation de ces médicaments pendant la grossesse et l’apparition de tels troubles. »

Surveillance renforcée

L’ANSM maintient donc une surveillance renforcée de ce risque et la faisabilité d’études supplémentaires est explorée par l’Agence européenne du médicament.

Ce risque s’ajoute à d’autres, déjà connus :

« Des données épidémiologiques ont décrit que l’utilisation des ISRS pendant la grossesse, en particulier au troisième trimestre, pourrait augmenter le risque d’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) du nouveau-né. De par leur mécanisme d’action, ce risque ne peut pas être exclu pour les IRSN. Un risque de syndrome sérotoninergique ou de syndrome de sevrage peut également survenir chez le nouveau-né. Une augmentation du risque de malformations cardiovasculaires. (communication interventriculaire et interauriculaire) a été identifiée chez le nouveau-né exposé à la paroxétine ou à la fluoxétine. »

Le drastique attendra

On s’attendrait, dans un tel contexte, à des mesures drastiques. L’ANSM se borne à formuler des « recommandations d’utilisation » de ces antidépresseurs lors de la grossesse :

« Les conditions d’utilisation de ces antidépresseurs pendant la grossesse ne sont pas modifiées : ils ne doivent être utilisés pendant la grossesse que s’ils sont strictement nécessaires. Un traitement non médicamenteux (psychothérapie) doit être privilégié, s’il peut être mis en place de manière efficace et continue. Il est également rappelé que les patientes ne doivent pas interrompre leur traitement sans avis médical et que tout arrêt brutal doit être évité du fait du risque de syndrome de sevrage. Les informations doivent être partagées avec les patientes au moment de la prescription ou de la délivrance de ces médicaments. »

On appréciera comme il se doit le rappel fait aux prescripteurs quant au nécessaire partage des informations avec leur patientes enceintes.

A demain

1 « Risque de troubles neuro-développementaux chez les enfants exposés in utero à certains antidépresseurs – Point d’information ».

2 Après la récente mise en garde actualisée  de l’Académie nationale de médecine sur la nécessité d’éviter toute consommation d’alcool durant la grossesse un ouvrage important, essentiel, développe un autre aspect des conséquences de l’exposition aux toxiques environnementaux (perturbateurs endocriniens) sur le développement et la santé mentale : « Le cerveau endommagé. Comment la pollution altère notre intelligence et notre santé mentale » de Barbara Demeneix (Edition Odile Jacob)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s