Cystites et Furadantine® : les recommandations officielles sont méprisées. Qui est à blâmer ?

Bonjour

La résistance aux antibiotiques menace comme jamais ? Soyons pégagogique comme une notice pharmaceutique. La Furadantine® est un antibiotique de la famille des nitrofuranes. La substance active est la nitrofurantoïne. Elle agit « en tuant des bactéries responsables d’infections ».

Chez la femme adulte, la Furadantine® est « indiquée dans le traitement de certaines infections urinaires (infections au niveau de la vessie) dues à des germes sensibles lorsqu’aucun autre antibiotique plus adapté à prendre par voie orale ne peut être utilisé ». La Furadantine®  « peut également être utilisé chez la petite fille et chez l’adolescente dans le traitement de certaines infections urinaires (infections au niveau de la vessie) dues à des germes sensibles lorsqu’aucun autre antibiotique plus adapté à prendre par voie orale ne peut être utilisé ».

«Déjeuner – presse»

Soyons précis comme on peut l’être lors d’un « déjeuner – presse » de l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM). Entre 2012 et 2015, l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM) a mis en évidence un taux de 60 % de mésusage de l’antibactérien urinaire nitrofurantoïne (Furadantine® de Merck Serono et  Furadoine® de Merck Lipha Santé France)

« Nous avions déjà eu des signalements en 2012, mais c’est la première fois que nous mesurons l’ampleur du mésusage », explique Caroline Semaille, directrice (à l’ANSM) des médicaments anti-infectieux, en hépato-gastroentérologie en dermatologie et des maladies métaboliques rares. Des propos rapportés par Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb).

La suite du déjeuner est édifiante. Menée à partir des données de l’échantillon généraliste des bénéficiaires (EGB) de l’assurance maladie (soit sur 7 660 patients) cette étude révèle que 15 % des prescriptions ont été faites chez … des hommes. Poursuivons : 45 % des prescriptions ont été réalisées sans que le caractère bactérien de l’infection ne soit avéré par un examen cyto-bactériologique des urines (ECBU) et 8 % des initiations ont été délivrées pour une durée de traitement supérieure à la limite de 7 jours fixée par l’AMM.

Soupçon de Mediator®

A toutes fins utiles on rappellera que la Furadantine® est associée à des effets indésirables graves, telles des fibroses pulmonaires, des pneumopathies interstitielles, des hépatites cytolytiques, des hépatites cholestatiques, des hépatites chroniques et des cirrhoses, dont certaines peuvent conduire à des décès.

« Nous avons déjà enregistré trois décès, explique Caroline Semaille. Mais ce chiffre est probablement sous-évalué. » Trois morts ? Un soupçon de Mediator® ? On n’en saura pas plus. En 2014, il s’est vendu en France 18 millions de cachets de 50 mg. « Les Anglais sont plus gros consommateurs que nous, poursuit Caroline Semaille. Mais nous ne savons pas s’ils ont le même problème de mésusage que nous. Nous allons entamer des discussions au niveau européen sur les problèmes de mésusage de la nitrofurantoïne. »

En attendant l’ouverture des négociations l’ANSM vient de lancer un nouveau bulletin d’alerte:« Nitrofurantoïne : rappel sur le respect des indications et le bon usage – Point d’Information ». Ce n’est que le quatrième. En 2005, une enquête nationale officielle de pharmacovigilance avait révélé une utilisation non conforme à l’AMM et un risque d’effets pulmonaires et hépatiques graves. Cette enquête a été actualisée en 2014, montrant la persistance d’un mésusage de cette spécialité.

Cystites et résistances

Compte tenu de son profil de risques, les indications de l’AMM avaient été restreintes en mars 2012. En 2014 l’ANSM écrivait toutefois :

« La prescription de ces spécialités peut néanmoins être envisagée en traitement probabiliste, si l’état de la patiente nécessite d’instaurer un traitement en urgence et/ou d’après ses antécédents (en cas de cystites récidivantes dues à des bactéries multirésistantes). »

C’est ainsi : l’ANSM tire la sonnette d’alarme sur le mésusage sans parvenir à infléchir les mauvaises habitudes médicales. Tous sont concernés. « Les mauvaises prescriptions ont été faites par tous les types de prescripteurs : médecins généralistes, spécialistes en maladies infectieuses, urologues, en ville comme à l’hôpital », précise Caroline Semaille.

. Jeter le bébé avec ce qui reste de l’eau de son bain ? On s’en gardera bien…. « Cet antibiotique reste majeur, en France, rappelle le Dr Dominique Martin, directeur de l’ANSM. On a très peu de nouveaux antibiotiques dans les pipelines et l’infection urinaire, est une des pathologies les plus fréquentes pour laquelle on a le plus de résistances. »

Il y a là comme une série d’incohérences, une somme de fatalités, comme une impossibilité d’agir. Nous sommes en France, en mai 2016.

A demain

3 réflexions sur “Cystites et Furadantine® : les recommandations officielles sont méprisées. Qui est à blâmer ?

  1. Bonjour
    Prescrire un traitement d’une infection urinaire sans ECBU est la bonne manière de faire : une bandelette urinaire au cabinet couplée à la clinique permet le diagnostic d’infection urinaire basse et n’est pas plus performant qu’un ECBU.

    Les chiffres de l’Assurance Maladie ne peuvent prendre en compte cette pratique pourtant justifiée, puisque la bandelette est « non cotée », hélas.

    On ne peut donc pas inclure ce critère pour déterminer un usage inapproprié de ce médicament.
    Les autres critères sont effectivement pertinents

    Dr Pascal Charbonnel, généraliste

  2. Suite au traitement du cancer du sein j’ai découvert l’horreur des infections urinaires. Je n’avais pas besoin de faire des ECBU à chaque fois, car je me connais bien, et surtout je n’aurais pas eu le temps d’attendre tant la douleur était horrible, une heure après le 1èr cachet la douleur devenait supportable, ensuite je prenais l’antibio pendant 9 jours en moyenne, moins c’était insuffisant car l’infection revenait.
    Le furandantine m’a permis de survivre à ces années difficiles, et ne me donnait aucun effet secondaire. J’étais plus à l’aise avec furandantine qu’avec d’autres antibio.
    J’ai cessé d’avoir des infections urinaires depuis que j’ai renoncé à toute sexualité, il me reste une cystite chronique résiduelle supportable à vie. Il parait que cela s’appelle cystite à urine claire.
    Je n’ai rien contre le furadantine bien au contraire, mais pourquoi est-il en vente si on ne doit pas l’utiliser ?

  3. Pas très exact tout ça.

    « Chez la femme adulte, la Furadantine® est « indiquée dans le traitement de certaines infections urinaires (infections au niveau de la vessie) dues à des germes sensibles lorsqu’aucun autre antibiotique plus adapté à prendre par voie orale ne peut être utilisé ». La Furadantine® « peut également être utilisé chez la petite fille et chez l’adolescente dans le traitement de certaines infections urinaires (infections au niveau de la vessie) dues à des germes sensibles lorsqu’aucun autre antibiotique plus adapté à prendre par voie orale ne peut être utilisé ». »

    Pas seulement dans ces cas.
    Car la nitrofurantoine (c’es de ce produit que l’on parle) a 1- des avantages majeurs, et 2- des effets secondaires essentiellement lors des traitements longs.

    Notamment : peu de résistances, effet limité sur le microbiote.
    Fibroses pulmonaires .

    La Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française dite SPILF a mis a jour les recommandations fin 2015.

    Elles sont complexes et les définitions des affections sont complexes, ce qui fait que ce qui est à blâmer, c’est la complexité de la médecine. c’est comme ça.

    Ainsi la nitrofurantoine peut dans des cas précis être recommandée en première intention ou 2-3ème intention.
    Jusqu’au changement de recommandations ….

    Voir :
    http://www.infectiologie.com/fr/actualites/infections-urinaires-maj-2015_-n.html

    On y lit notamment :

    Nitrofurantoïne
    Le nombre d’atteintes hépatiques ou pulmonaires, quelles que soient les modalités du traitement est deux fois plus élevé chez les sujets d’âge supérieur à 65 ans. Ce facteur âge est peut-être en lien avec l’insuffisance rénale plus fréquente dans cette population. Une clairance inférieure à 40 ml/min est le seuil au-dessous duquel la nitrofurantoïne est contre-indiquée sur la base d’une étude récente [26] ,de préférence au seuil de 60 ml/min retenu dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP) actuel.

    Type d’atteinte Taux de notification
    Hépatiques, pulmonaires ou d’hypersensibilité 1 cas pour 20 551 prescriptions
    Hépatiques 1 cas pour 68 684 prescriptions
    Pulmonaires 1 cas pour 49 245 prescriptions
    Hépatiques, pulmonaires ou d’hypersensibilité
    avec traitement 1 mois 1 cas pour 7 666 prescriptions
    Chroniques pulmonaires ou hépatiques
    avec traitement > 4 mois 1 cas pour 862 prescriptions !!!!!!!

    La nitrofurantoïne est contre-indiquée en cas d’insuffisance rénale connue (clairance de la créatinine 10 jours) et l’antibioprophylaxie au long cours sont contre-indiqués ….

    Dans le traitement probabiliste de la cystite simple:

    – (en ) 3ème intention (en dernier recours)
    Fluoroquinolone en prise unique: ciprofloxacine ou ofloxacine
    • peu de résistance
    • forte pression de sélection

    Nitrofurantoïne pendant 5 jours
    • peu de résistance
    • risque très faible de toxicité grave
    • effet négligeable sur le microbiote

    CYSTITE AIGUE A RISQUE DE COMPLICATION
    Le principe fondamental est de différer chaque fois que possible l’antibiothérapie pour un traitement d’emblée adapté à l’antibiogramme.
    Lorsque le traitement antibiotique ne peut être différé, ce qui doit rester rare (on voit que le rédacteur n’a pas d’infection urinaire) , le traitement probabiliste recommandé est:
    1ère intention
    – Nitrofurantoïne (IV-C)
    • Peu de résistance, en particulier sensibilité des EBLSE
    • Réévaluation systématique après réception de l’antibiogramme, permettant un changement de molécule pour limiter les risques de toxicité
    • Durée de traitement, si poursuite de la nitrofurantoïne: 7 jours

    ———————-
    Qu’est-ce que le fait d’être à risque de complication ?
    ———————-
    Beaucoup de choses. C’est dur à retenir sauf à ne traiter que des infection urinaires.

    Ce sont des infections urinaires survenant chez des patients ayant au moins un facteur de risque pouvant rendre l’infection plus grave et le traitement plus complexe.

    Ces facteurs de risque de complication sont :

    – toute anomalie organique ou fonctionnelle de l’arbre urinaire, quelle qu’elle soit (résidu vésical, reflux, lithiase, tumeur, acte récent…).

    – sexe masculin, du fait de la fréquence des anomalies anatomiques ou fonctionnelles sous-jacentes.

    – grossesse (voir chapitre spécifique).

    – sujet âgé : patient de plus de 65 ans avec > 3 critères de fragilité (critères de Fried, cf. le document argumentaire page 7 et suivantes),

    ou patient de plus de 75 ans.

    – immunodépression grave

    – insuffisance rénale chronique sévère (clairance < 30 ml/min).

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