Fièvre jaune : épidémie en Angola qui n’intéresse pas les médias. Pénurie mondiale de vaccins

 

Bonjour

Dans l’ombre médiatique de Zika, la fièvre jaune et un même moustique. Dans le premier cas, pas de vaccin. Dans le second il en existe bien un mais il se fait dangereusement rare. Au point que les esprits avertis commencent à s’inquiéter. Et à le dire. C’est, par exemple, ce que fait, sur son blog, le Pr Christian Perronne, infectiologue (hôpital Raymond-Poincaré, Garches) : « Fièvre jaune : recrudescence de la maladie et pénurie de vaccins ».

« Au niveau international, l’attention portée par les médias à la fièvre jaune a été minime » note l’OMS. La situation épidémiologique, inquiétante, est pourtant détaillée, à la date du 18 mai, dans un rapport de situation de l’OMS.

La Chine touchée

« Flambée de fièvre jaune détectée en Angola à la fin de décembre 2015 … confirmée par l’Institut Pasteur de Dakar  le 20 janvier 2016…. augmentation rapide du nombre de cas … au 11 mai 2016, l’Angola avait signalé 2267 cas suspects de fièvre jaune dont 293 décès….  696 confirmés en laboratoire … campagnes de vaccination menées dans les provinces de Luanda, Huambo et Benguela …. circulation persistante du virus dans certains districts….

« Trois pays ont signalé des cas confirmés de fièvre jaune importés d’Angola : la République démocratique du Congo (RDC) (39 cas)… le Kenya (deux cas) … la République populaire de Chine (11 cas)… mise en lumière du risque de propagation internationale par l’intermédiaire de voyageurs non vaccinés….. en Angola et en RDC, le virus se concentre essentiellement dans les grandes villes… le risque de propagation et de transmission locale vers d’autres provinces dans les trois pays reste un grave sujet de préoccupation…  risque élevé d’une éventuelle propagation aux pays frontaliers … en particulier aux pays classés comme étant à faible risque pour la maladie (la Namibie et la Zambie, par exemple) où la population, les voyageurs et les travailleurs étrangers ne sont pas vaccinés contre la fièvre jaune. »

Stocks mondiaux épuisés

La vaccination massive de millions d’angolais et de congolais menace les stocks mondiaux d’épuisement. « La pénurie guette » note le Pr Perronne, qui voit pointer là « un réel problème de santé publique mondiale ».

On rappellera, avec l’Institut Pasteur, que la fièvre jaune a été décrite pour la première fois au milieu du XVIe siècle au Yucatán (Mexique). Elle est due au virus amaril, un arbovirus (virus transmis par un insecte vecteur) isolé en 1927 simultanément au Ghana et au Sénégal, à l’Institut Pasteur de Dakar.  Dès 1932, la vaccination était rendue possible par des chercheurs de l’Institut Pasteur de Dakar, à l’aide d’une souche vivante atténuée baptisée « souche française neurotrope ». Résistant à la chaleur, administrable par scarification, ce vaccin a permis de faire disparaître la fièvre jaune épidémique en Afrique francophone.

Non-dit industriel

La réglementation internationale préconise une vaccination dite « anti-amarile » (une seule injection) tous les dix ans. C’est aussi la seule vaccination obligatoire pour les voyageurs se rendant en zone endémique intertropicale d’Afrique ou d’Amérique du Sud. Que se passera-t-il si les stocks mondiaux s’épuisent ? Où sont les fabricants ? Que font-ils ? Pourquoi, une nouvelle fois, cette sensation de régression associée au non-dit institutionnel et industriel ?

Il y a dix ans l’OMS estimait qu’une épidémie pourrait faire entre 1,5 et 2,7 millions de morts si aucune action n’était menée en matière de prévention vaccinale. Nous sommes ici bien loin des projections hypothétiques des dégâts hypothétiques de Zika – dégâts déjà largement amplifiés par les médias. Quant à la prévention vaccinale, elle attendra.

A demain

 

 

3 réflexions sur “Fièvre jaune : épidémie en Angola qui n’intéresse pas les médias. Pénurie mondiale de vaccins

  1. « Résistant à la chaleur, administrable par scarification, ce vaccin a permis de faire disparaître la fièvre jaune épidémique en Afrique francophone. »

    MAIS NON !!!
    ce ne peut être le vaccin !
    Le vaccin c’est pas bon ! Caca ! Bouh !
    Il y a surement une autre raison.

  2. Je m’évertue depuis des années à mentionner l’importance de la continuité opérationnelle.
    Pendant longtemps, les autorités ont considéré que la continuité opérationnelle ne requérait pas d’être particulièrement mise en exergue car il s’agissait d’abord d’un risque industriel et qu’il devrait être évident qu’il est dans l’intérêt de l’industrie de produire pour pouvoir vendre.
    L’article 81 de la Directive 2001/83/EC ainsi que le CPG 7356.832 de la FDA ne disent pas autre chose, puisqu’ils rappellent que le détenteur de l’AMM s’engage à pouvoir satisfaire les besoins du marché.
    Cette approche a été suffisante tant que des médecins et des ingénieurs compétents et dignes de leurs titres étaient aux commandes de l’industrie pharmaceutique.
    « Grâce » à l’avènement des incontournables MBA et autres IAE, « grâce » aux tentatives « d’Ignakisation » de l’industrie pharmaceutique (en référence à José Ignacio López de Arriortúa qui a sinistrement sévi chez General Motors et VAG dans les années 1990), les managers compétents ont été ringardisés et remplacés par des managers financiers qui ne comprennent pas grand chose aux exigences réglementaires, aux processus de production pharmaceutique et à l’impact de leurs décisions sur la santé du patient et la qualité du produit.
    Des approches de lean management stupidement copiées de l’industrie automobile ont été tout aussi stupidement collées dans le monde pharmaceutique. La gourouïsation de 6Sigma a conduit à appliquer des méthodes incompatibles avec les contraintes de production pharmaceutique et plus particulièrement avec les contraintes que représentent les processus biologiques et biotechnologiques.
    Depuis plus de 10 ans, nous payons chèrement le résultat de ces élucubrations avec des ruptures de stocks à répétition. À tel point, que les autorités réglementaires – en particulier la FDA et l’EMA – considèrent cette situation comme préoccupante et requérant des mesures correctives.
    J’en suis arrivé à souhaiter que le top management des entreprises pharmaceutiques (pas seulement voire pas du tout le pharmacien responsable (QP), mais le conseil d’administration, le CEO et autres CFO, etc,) puisse être directement révocable par les agences réglementaires pour incompétence et ignorance / non-respect des exigences réglementaires applicables.
    C’est seulement à ce prix, que nous pourront nous débarrasser de managers incompétents et seulement avides de boni calculés sur des résultats à très courts termes et que de véritables « capitaines pharma » pourront reprendre la barre de l’industrie pharmaceutique.
    Des ruptures de stock – suite à des incidents industriels – sont toujours possibles.
    Des ruptures de stock, telles que celles de cette dernière décennie, sont d’autant plus insupportables et inadmissibles qu’elles ne résultent – dans la plupart des cas – que de décisions stupides et inadaptées aux processus de production pharmaceutiques (cf. les choix contestables de fournisseurs et prestataires asiatiques « low costs », les « optimisations » de processus qui excluent tout « plan B », etc.).

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