Baclofène, alcoolisme et apnées du sommeil : que va bien pouvoir dire et faire l’ANSM ?

Bonjour

Le baclofène est, aussi, une passion française – la face inversée de cette autre passion nationale qu’est la maîtrise culturelle de l’ivresse 1. Où ailleurs qu’en France pourrait-on voir un chef de l’Etat inaugurer une Cité du Vin, un monde de culture (134 – 150 Quai de Bacalan, 33300 Bordeaux) ?

La passion expose parfois gravement au risque d’addiction. Nous évoquions, hier dans ces colonnes, une nouvelle publication médicale concernant le baclofène et « quatre cas d’apnées sévères du sommeil diagnostiquées au CHU d’Angers » – évocation qui a suscité deux commentaires spécialisés particulièrement intéressants où l’on retrouve les notions de conflits d’intérêts et les débats récurrents sur l’efficacité. La publication médicale a été faite dans la revue américaine très spécialisée Chest 2. Les médias français n’en parleraient sans doute pas sans le communiqué que lui a consacré le service de presse de l’Inserm – communiqué d’une longueur inhabituelle  : « Le baclofène pourrait provoquer des apnées du sommeil ».

Où l’on voit que les quatre observations ne concernent pas que la Loire angevine : unité 1063 Inserm/Université d’Angers certes, mais aussi unité 1042 Inserm/Université de Grenoble, en collaboration avec les CHU d’Angers (département de pneumologie), le CHU de Grenoble, la clinique de la Louvière (Lille), l’hôpital Bichat-Claude Bernard (AP-HP) et l’université Denis Diderot.

« Baisse de la libido… »

Aujourd’hui c’est Le Point qui remet l’ouvrage sur le métier : « De graves apnées du sommeil dues au BaclofèneDe nouveaux effets secondaires apparaissent avec ce médicament désormais largement prescrit à forte dose pour lutter contre l’alcoolisme. » (Anne Jeanblanc) :

« Jusqu’à 100 arrêts respiratoires et 40 micro-éveils par heure ! C’est un nouvel effet – pour le moins indésirable – provoqué par le Baclofène. Il vient d’être décrit par plusieurs équipes françaises dont le travail a été publié dans la revue scientifique Chest. Certes, il ne concerne que quatre malades, mais il mérite d’être souligné puisque le Baclofène est de plus en plus souvent proposé, depuis une dizaine d’années, et à des doses parfois très élevées, aux personnes qui ont sombré dans l’alcool (…)

L’augmentation du nombre de malades traités et des doses prescrites conduit, logiquement, à la mise au jour de nouveaux effets secondaires, en l’occurrence de ces fameuses apnées du sommeil et leur cortège de conséquences : endormissement soudain en pleine journée, irritabilité, dépression, troubles de mémoire et de concentration, baisse de libido…. (…) l’équipe qui, après avoir éliminé tous les facteurs susceptibles de provoquer ce trouble, a fini par désigner le coupable, le Baclofène. (…) »

Le Point va plus loin.

« Même si cette équipe n’en parle pas dans sa publication, il faudra sans doute aussi s’intéresser aux autres patients qui prennent de fortes doses de ce traitement, notamment les boulimiques, écrit l’hebdomadaire. Car le Baclofène donnerait des résultats dans les troubles du comportement alimentaire (une autre forme d’addiction…) et certains médecins n’hésitent pas à le prescrire, malgré l’absence d’études scientifiques sur le sujet. En attendant, comme le précisent les auteurs, les médecins doivent être très vigilants. D’autant plus que l’Agence du médicament a lancé une mise en garde. ‘’Les cas d’épisodes dépressifs, de suicides, de tentatives de suicide et de syndromes d’apnée du sommeil doivent être étroitement surveillés’’, précisait même un récent compte rendu de séance du comité technique de pharmacovigilance … ».

Ces épisodes sont-ils étroitement surveillés dans le cadre de la « Recommandation Temporaire d’Utilisation » dont le baclofène fait l’objet ? Combien de personnes malades de l’alcool sont-elles, aujourd’hui en France, officiellement sous baclofène ? A quelles doses ? Combien le sont-elles réellement ? Qui est en charge des calculs relatifs à l’efficacité ? Qu’en est-il des calculs risques-bénéfices ? Qui éclairera sur les coulisses de la compétition entre le baclofène et son dernier concurrent en date : le  Selincro® (nalméfène) des laboratoires Lundbeck. 50,24 euros les 14 comprimés, remboursés à 30%.

A demain

1 Pour (aider à) s’en convaincre : « Boire et déboires en terre d’abstinence » de Lawrence Osborne  – Osborne qui se pique de citer Barthes : « D’autres pays boivent pour se saouler ; en France l’ivresse est conséquence, jamais finalité ; la boisson est sentie comme l’étalement d’un plaisir, non comme la cause nécessaire d’un effet recherché ; le vin n’est pas seulement philtre, il est aussi acte durable de boire. »

 2’Severe Central Sleep Apnea Associated With Chronic Baclofen Therapy”. Pierre-Yves Olivier, MD; Marie Joyeux-Faure, PharmD, PhD; Thibaut Gentina, MD; Sandrine H. Launois, MD, PhD; Marie Pia d’Ortho, MD, PhD; Jean-Louis Pépin, MD, PhD; Frédéric Gagnadoux, MD, PhD Chest. 2016;149(5):e127-e131. doi:10.1016/j.chest.2015.10.001

Correspondance : Frédéric Gagnadoux, MD, PhD, Université d’Angers, CHU Angers, Département de Pneumologie, 4 rue Larrey, 49033 Angers Cedex, France

 

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