Deux siècles plus tard, le véritable Frankenstein (génome synthétique) va voir le jour

 

Bonjour

Cette année 2016 est celle du deux-centième anniversaire de l’écriture de Frankenstein, par Mary Shelley, à Cologny, sur les bords genevois du lac Léman. C’est aussi celle de la publication, dans la revue Science, d’un projet qui ferait peur à Mary Shelley –  à Mary Shelley comme à lord Byron « qui logeait dans la même villa que la jeune Shelley, traversait à la nage, à peine handicapé par son pied bot, à une époque où quasi personne ne savait nager sauf quelques romantiques aventuriers (détails qui, il est vrai, n’ont que peu à voir avec l’intérêt de cet anniversaire) » 1.

Sans avoir lu Mary Shelley on peut se précipiter sur Science où des chercheurs américains viennent de dévoiler leur  projet visant à créer un génome humain synthétique qui soulève de considérables inquiétudes éthiques. La langue anglaise, une fois encore, fait merveille : « Scientists reveal proposal to build human genome from scratch » (Kelly Servick) – une afaire déjà évoquée dans le New York Times : “Scientists Talk Privately About Creating a Synthetic Human Genome” (Andrew Pollack).

Orphelins biologiques

Il y a là un peu de la folie, du secret qui excitaient tant Mary Shelley. La description de ce projet baptisé « The Genome Project-Write » a déjà déclenché des critiques de plusieurs scientifiques peu favorables à l’idée que l’on puisse, demain, « créer des enfants sans parents biologiques ». D’autres dénoncent le secret qui entoure un projet dont ils ne font pas (encore) partie.

Les vingt-cinq promoteurs de ce projet sont dirigés par George Church, professeur de génétique à la faculté de médecine de Harvard et Jef Boeke de l’Université de New York. Cette initiative fait suite de nombreuses avancées scientifiques et médicales en permettant de pouvoir fabriquer de grandes parties d’ADN à un coût fortement réduit.

Eldorado humain

« Les applications potentielles des résultats de HGP-write sont notamment la possibilité de créer des organes humains pour des transplantations et de produire des lignées de cellules résistantes à tous les virus et cancers », écrivent ces chercheurs. Il sera aussi possible de fortement accélérer la production de vaccins et de développer des médicaments en utilisant des cellules humaines et des organes synthétiques. »

Ce projet devrait être piloté par une Organisation à but non-lucratif : « Center of Excellence for Engineering Biology » qui cherchera à lever 100 millions de dollars cette année auprès de différentes entités publiques et privées. Ses promoteurs n’ont toutefois pas donné d’estimation quant son coût ultime qui pourrait, selon des estimations, dépasser le milliard de dollars. Ce qui est assez peu élevé pour créer un être humain nouveau.

Incarnation du destin

« Avant le lancement d’un tel projet avec des implications éthiques et théologiques aussi énormes, il est nécessaire de poser les questions fondamentales en commençant par le fait de savoir si et dans quelles circonstances nous devrions faire de ces technologies une réalité » écrivent, dans le New York Times, des scientifiques inquiets.

« De Frankenstein à nous, le scénario reste le même : la créature-monstre échappe à son créateur, jusqu’à le menacer dans son existence, conclut le Dr Bertrand Kiefer dans la Revue Médicale Suisse. Pourtant, mystérieusement, l’humain créateur ne peut s’empêcher de la créer, parce que cette créature est aussi lui-même, un prolongement de son être, une incarnation de ses idées et de son pouvoir. Et peut-être même de son destin. »

A demain

1 Lignes empruntées à notre confrère Bertrand Kiefer : « Frankenstein et les machines intelligentes » Revue Medicale Suisse 2016;1008-1008

2 Jef D. Boeke, George Church, Andrew Hessel, Nancy J. Kelley, Adam Arkin, Yizhi Cai, Rob Carlson, Aravinda Chakravarti, Virginia W. Cornish, Liam Holt, Farren J. Isaacs, Todd Kuiken, Marc Lajoie, Tracy Lessor, Jeantine Lunshof, Matthew T. Maurano, Leslie A. Mitchell, Jasper Rine, Susan Rosser, Neville E. Sanjana, Pamela A. Silver, David Valle, Harris Wang, Jeffrey C. Way, Luhan Yang

Corresponding author. Email: jef.boeke@nyumc.org

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