Maladie alcoolique : Baclofène et Selincro® augmentent-ils le risque de «suicidalité» ?

 

Bonjour

Apnées du sommeil et réactions en chaînes. Communiqué anormalement développé du service de presse de l’Inserm, reprises par des médias généralistes, commentaires peu amènes, soupçons généralisés, dénonciations en sous-main de la concurrence.

Et puis un mail confraternel – le rappel d’une dépêche de l’APM International (ld/ab/APM
LD5O4JO06 25/03/2016 17:30). Dépêche qui rapportait le compte rendu d’une réunion du comité technique de pharmacovigilance (CTPV) de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) – réunion qui s’était tenue mi-décembre 2015. Bientôt six mois, déjà.

Atermoiements

A l’ordre du jour du CTPV figuraient notamment des données des suivis nationaux de pharmacovigilance de baclofène d’une part, et du nalméfène ( Selincro® des laboratoires Lundbeck. 50,24 euros les 14 comprimés, remboursés à 30%). On se souvient peut-être qu’un suivi national de pharmacovigilance du baclofène a été mis en place en 2011 face à un usage hors autorisation de mise sur le marché (AMM) croissant dans le traitement de l’alcoolodépendance. Trois ans plus tard (et après d’innombrables atermoiements) l’ANSM avait consenti à  octroyer une recommandation temporaire d’utilisation (RTU).

« L’analyse des données du suivi national de pharmacovigilance pour l’utilisation chez les patients alcoolodépendants, de septembre 2014 à septembre 2015, « ne fait pas clairement apparaître de nouveau signal en termes d’effets indésirables », indique le centre régional de pharmacovigilance (CRPV) d’Amiens en charge de ce dossier, résumait la dépêche de l’APM. Sur la période, un total de 310 cas (dont 123 graves) avec 640 effets indésirables, pour lesquels le baclofène était suspecté, ont été notifiés, concernant notamment 70 patients enregistrés dans le portail de la RTU. Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés au cours de la période étudiée sont des troubles neurologiques et psychiatriques et dans une moindre mesure, des effets gastro-intestinaux et des troubles musculo-squelettiques. »

Trois suicides, trente tentatives

Cinq décès ont été rapportés, trois suicides et trente tentatives de suicide (31 cas de prise excessive médicamenteuse dont 14 de surdosage en baclofène seul). Dans 48,5% des cas, il existait des antécédents de tentative de suicide.

Le rapport de l’ANSM présentait aussi les données des Centres antipoison et de toxicovigilance (CAP-TV). L’analyse préliminaire des dossiers saisis dans le système d’information des centres antipoison de mars 2014 à mars 2015 recense 465 cas d’exposition au baclofène par voie orale dont 263 chez des patients alcoolo-dépendants. Chez ces derniers, 77,5% des intoxications étaient volontaires et dans 44,8%, il s’agissait de cas graves avec une évolution vers le décès pour quatre patients (1,5%).

Baclofène pour maigrir

Enfin, concernant le baclofène hors AMM, hors alcoolo-dépendance, il existe une utilisation dans le cadre de régimes amaigrissants et un mésusage à type de « défonce ». Le CRPV de Lille (en charge de cette question, pointait  trois cas de syndrome d’apnée du sommeil, cinq cas d’épisode dépressif, une tentative de suicide et deux suicides chez des patients « traités par baclofène » dans le cadre de troubles du comportement alimentaire. Il note aussi deux cas d’éruption bulleuse dont un de syndrome de Stevens-Johnson.

Sur la base de l’ensemble de ces données, le CTPV estimait nécessaire « d’ajouter une précaution d’emploi dans le protocole de la RTU concernant les patients ayant des antécédents de tentative de suicide et de préconiser une surveillance particulière de ces patients ».

Idées suicidaires sous nalméfène

Dans le même compte rendu, le CRPV de Poitiers a présenté un premier bilan des données du suivi national de pharmacovigilance mis en place en octobre 2014 pour le Selincro® qui a été homologué dans le traitement de l’alcoolo-dépendance en Europe en février 2013.

Jusqu’au 24 août 2015, 550 cas d’effets indésirables ont été déclarés (124 aux CRPV et 426 au laboratoire) dont 151 cas graves. Ces 550 cas font état d’un total de 1.400 effets indésirables sur la période couverte, dont 747 (53%) effets listés dans le « Résumé Caractéristiques Produits » actuel du Selincro®. Il s’agissait principalement de troubles psychiatriques, des troubles du système nerveux central, des effets généraux et des effets gastro-intestinaux.

Le CRPV de Poitiers signale qu’au cours de la période couverte par ce rapport, un signal européen a été initié après plusieurs cas d’idées suicidaires chez des patients traités par nalméfène. Le Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC) de l’Agence européenne du médicament (EMA) avait demandé en juin 2015 à la firme Lundbeck une revue des données européennes disponibles puis avait décidé (en octobre) d’inscrire la suicidalité comme un « risque potentiel important » dans le Plan de gestion du risque (PGR) de Selincro®.

Chiffrer la réalité

Cinq cas d’idées suicidaires supplémentaires ont, depuis, été notifiés en France. « Les effets indésirables d’intérêt inattendus, à savoir les idées suicidaires, syndrome de sevrage en lien avec une interaction, les effets cutanés, les effets sur les organes de la reproduction et les troubles de la vision, constituent un signal qui nécessitera des investigations complémentaires dans le cadre de l’évaluation du prochain PSUR [« Periodic Safety Update Report »] européen » conclut le document de l’ANSM.

Il semble bien que l’on soit toujours, dans ces chapitres de la maladie alcoolique médicamentée, confronté à l’impérieuse nécessité de mener des investigations complémentaires. La vérité est-elle à ce point difficile à cerner, à chiffrer ? Nous sommes aussi, faut-il le rappeler, toujours en attente d’évaluations indépendantes établissant les rapports bénéfices-risques – pour ne pas parler des coûts et de l’efficacité.

A demain

2 réflexions sur “Maladie alcoolique : Baclofène et Selincro® augmentent-ils le risque de «suicidalité» ?

  1. Bonjour, je suis médecin, psychiatre de formation avec capacité d’alcoologie, médecin titulaire du DIU de médecine de sommeil, j’ai fais ma (longue) thèse sur le DISULFIRAM.

    Le BACLOFENE que je prescris dès les premier articles dans le Magazine Le Point en 2008 – 2009 peut donner des états manique ou bien mélancoliques si le (la) patient(e) est bipolaire ce qui est très fréquent en alcoologie (35 à 50 % au doigt mouillé)
    au point que l’ alcoolique doit être évalue sur ce plan-là.
    Il donne (ou aggrave) aussi des apnées du sommeil (SAOS) ce qu j’ai constaté aussi depuis 5 ans ; je dois avoir 10 à 12 cas dans ma série personnelle ( mais je ne publie pas).
    j’en avais parlé aux médecins pionniers les Drs Jaury Gache…responsables des études Bacloville

    Ceci dit, les apnées du sommeil donnent aussi des addictions Alcool, tabac, opiacés licites ou non, cannabis : autant de produits utilisé pour dormir la nuit ou stimuler en journée.
    Les personnes addicts devraient être évaluées aussi au titre de la médecine du sommeil car les anomalies maxillo-faciales causant un un SAOS infantile tres souvent inaperçu et ils déclenchent des apnées plus tard avec une addiction complémentaire qui évolue pour son compte.

    Soigner un SAOS chez une personne alcoolique par ventilation a pression d’air, orthèse maxillaire ou bien chirurgie ORL voire sac à dos (pour ne pas dormir sur le dos) c’est « lâcher le frein à main nocturne » et améliorer le sommeil et la vigilance diurne & aider à éviter le recours aux produits.

    Dernière chose : le SAOS survient chez des femmes tres mince, des enfants, des sportifs. Oubliez l’image clinique des années 1990 : le gros monsieur de 70 ans, en sortie de réanimation respiratoire, obèse massif qui dort en 30 secondes sous vos yeux.

    Bien à vous
    Dr JS Houot

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