Mohamed Ali, boxeur poids lourd mort à 74 ans. Parkinsonien depuis 32 ans. Y avait-il un lien ?

 

Bonjour

Des encensements médiatiques comme rarement. Des emphases jusqu’à plus soif. « Le plus grand de tous les temps ». Il était « plus qu’un homme » (sic). « Une histoire de l’Amérique ». « Le combattant du siècle » etc.

Des souvenirs en veux-tu en voilà. Des résurgences d’une époque où la boxe était un sport. Une sorte d’art avec des coups, des larmes et des gouttes de sang en noir et blanc. Une salle enfumée, des paquets de billets, quatre boules de cuir, deux boîtes crâniennes et un maître de cérémonie arrêtant le massacre avant l’entrée dans le coma. Cela plaisait. C’était le ring, c’était la guerre, c’était la vie.

Seule question manquante

Cassius Marcellus Clay, Jr. (devenu Mohamed Ali à l’âge de 22 ans) vient de mourir. Il aura, l’espace d’un étrange week-end de juin, fait resurgir tout cela. Car tout cela est mort, ou sur le point de mourir. On veut dire la boxe.  Mohamed Ali souffrait d’une maladie de Parkinson depuis trente-deux ans. Et la seule question qui manque, dans la somme considérable des nécrologies qui lui sont consacrées, est bien celle du lien de causalité entre les coups, innombrables, qui lui furent portés et le processus dégénératif cérébral dont il a souffert.

On comprend cette absence : établir un lien de causalité (ou, simplement, le suggérer) c’est regarder la boxe, notre jeunesse, sous un autre angle. On se souvient d’un confrère, médecin et journaliste, qui avait tenté de mener un combat : obtenir, par la simple démonstration de ses dangers, la fin d’une pratique qu’il tenait pour inhumaine. Il vogue et souque, désormais, sous d’autres longitudes. Que n’est-il là, aujourd’hui, pour témoigner de son combat ?

Fortes suspicions

Un lien de cause à effet entre les soixante-et-un combats professionnels de Mohamed Ali et sa maladie de Parkinson, diagnostiquée l’année de ses 42 ans ? «On ne peut rien affirmer de péremptoire mais il y a quand même de fortes suspicions, a confié à l’AFP le Dr André Monroche, médecin de la Confédération des sports de contact et arts martiaux. On sait aujourd’hui que les chocs répétés altèrent les cellules nerveuses, surtout sur un cerveau qui n’a pas été mis au repos.»

Il y a plus direct, comme  le Dr Jean-François Chermann (on peut l’entendre ici), dans son ouvrage «KO, le dossier qui dérange» (Stock, 2010. Préface de Christophe Dominici).

C’est en 1984 que le diagnostic de Parkinson fut porté chez le plus grand des boxeurs. Il vient de prendre sa retraite. En 2001 Karim Ben-Ismaïl, reporter à L’Equipe lui demande s’il n’éprouve pas de la rancœur envers ceux qui ont « caché son dossier médical » pour qu’il dispute son combat contre Larry Holmes (Las Vegas, 2 octobre 1980, combat perdu par Mohamed Ali, appel 11ème). Le malade réfléchit, et répond qu’il ne sait pas 1.

KO amateurs

Quatre ans plus tard les symptômes du géant ne trompent plus personne. On parle à l’époque de « démence pugilistique ou punch-drunk syndrome». Trente ans plus tard, l’épidémiologie des sports de contact permet d’élargir le tableau, explique 20 minutes. Environ 30% des boxeurs développent après leur carrière des troubles neurologiques estime le Dr Chermann. « Plus on prend de KO, dit-il, plus les risques sont élevés. Les amateurs ne sont pas épargnés. Ils font plus de combats, sont moins suivis et travaillent moins leur défense que les pros», note-t-il.

Mais le KO n’est que le plus spectaculaire des traumatismes. C’est, si l’on ose dire, la partie comateuses émergée de l’iceberg des commotions cérébrales, également fréquentes dans le rugby mais aussi le football, le hockey sur glace, le ski, le handball, le judo, l’équitation, la gymnastique etc.

Coups de Dieu

« C’est beaucoup moins spectaculaire que la boxe où l’on voit les traumatismes en direct », reprend le Dr Monroche. Pour autant ce n’est pas anodin. La répétition des traumatismes et des chocs, ce peut être aussi un footballeur qui joue beaucoup de la tête. En boxe, il y a un arbitre, dans d’autres disciplines, personne ne peut intervenir.»

On peut certes voir le monde comme le Dr Monroche. On peut aussi le voir comme Marcellus Clay, Jr. Devenu Mohamed Ali : Dieu m’a donné la maladie de Parkinson pour me montrer que je n’étais qu’un homme comme les autres. »  Où l’on voit que Dieu sait, aussi, taper assez fort.

A demain

1 Cet entretien est repris dans le (superbe) numéro que L’Equipe consacre, ce 5 juin 2016, à Mohamed Ali. « Le plus grand ».

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