Le Roundup® (glyphosate) est-il cancérogène ? Rebondissement sur le Vieux Continent

 

Bonjour

C’est un puissant lobby planétaire qui avance à visages découverts. Il s’est baptisé GTF (Glyphosate Task Force) et vient de prendre la parole sur le Vieux Continent 1. C’est aussi un long feuilleton, une série, dont on se lasserait si elle n’était vitale ; la série du glyphosate, le feuilleton du Roundup®. L’affaire de l’insecticide à la fois « potentiellement cancérogène » et le plus vendu au monde – un produit chimique qui cristallise toutes les oppositions, toutes les manipulations.

En charge de bien des intérêts la Commission européenne fait tout pour éviter l’expiration de l’actuelle autorisation du glyphosate. Aussi vient-elle de « présenter une proposition » visant à prolonger la période d’approbation actuelle de 18 mois jusqu’à fin 2017. « Cette proposition n’a pas été soutenue par un nombre suffisant d’États membres lors de la réunion du Comité permanent du 6 juin 2016, vient de faire savoir le GTF. L’expiration soudaine de l’autorisation aurait des conséquences graves pour les agriculteurs européens et la majorité des agriculteurs français, qui comptent sur le glyphosate comme un outil fiable et efficace pour la gestion des mauvaises herbes et la protection des rendements des cultures. »

Politiques et scientifiques.

Et en professionnel de la chose publique le GTF de dénoncer les « considérations politiques » d’un dossier (le processus de renouvellement du glyphosate) qui devrait selon lui n’être que pureté scientifique ». Cela donne ceci :

« Les évaluations scientifiques approfondies menées par les organismes de réglementation compétents de l’UE ayant clairement établi que le glyphosate ne pose pas de risques inacceptables pour la santé humaine ou pour l’environnement, le renouvellement aurait dû être un processus simple aboutissant à une période de renouvellement de 15 ans. La proposition initiale de classement publiée par l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) la semaine dernière soutient par ailleurs les conclusions des évaluations réglementaires antérieures, selon lesquelles le caractère cancérogène du glyphosate est peu probable. »

Ségolène Royale démentie

Face au lobby de la chimie et de l’agriculture productiviste : les troupes écologistes réunies sous la bannière du principe européen de précaution. « Après deux reports de décision, la Commission européenne proposait aujourd’hui aux Etats membres une prolongation de l’autorisation du glyphosate pour une période de 12 à 18 mois, fait valoir Générations Futures. Mais aucune majorité qualifiée n’a été obtenue. Ce laps de temps supplémentaire devait permettre à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) de remettre un avis scientifique. »

Et Génération Futures de pointer une nouvelle démission tricolore : « la France qui, par la voix de sa ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, s’était engagée à voter contre le glyphosate, s’est finalement abstenue. Pourquoi ? Le saura-t-on un jour ?

Pour foodwatch, Générations Futures et la Ligue contre le cancer la demande est radicale : l’autorisation du glyphosate ne doit pas être renouvelée puisqu’il est considéré comme « probablement cancérogène » pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS (Organisation mondiale de la santé).

Cancer et moindre mal

Le Commissaire européen concerné, visé par une pétition des trois organisations qui a déjà rassemblé près de 155.000 signatures, devrait communiquer sur les prochaines étapes du processus dès demain 7 juin. « En l’absence de décision claire de la part des Etats membres, c’est vraisemblablement un comité d’appel présidé par la Commission qui tranchera d’ici le 20 juin, pronostique Générations Futures. Alors que les lobbies de l’industrie chimique se lamentent de la politisation du débat, la Commission, elle, joue la montre en se réfugiant derrière un avis de l’ECHA. »

Loin de Bruxelles, la Touraine et La Nouvelle République du Centre Ouest. Le quotidien régional écoutait, il y a quelques jours, les céréaliers : « Sans le glyphosate, tous nos efforts pour piéger les nitrates, lutter contre l’érosion des sols et limiter les rejets de carbone seront remis en cause. Aujourd’hui, on ne peut pas faire sans », expliquait Henri Frémont  président de la Chambre d’agriculture installé à Chemillé-sur-Indrois, dans le Lochois. Pour M. Frémont le glyphosate n’est, au fond, rien d’autre qu’un « moindre mal ».

A demain

1 Le Glyphosate Task Force (GTF) est le « groupe de travail européen » au sein duquel une quarantaine d’entreprises du secteur ont « conjugué leurs efforts » pour « travailler au renouvellement » de la substance active glyphosate, via le dépôt d’un dossier de renouvellement commun.

Les membres actifs de la Plateforme Glyphosate France sont huit entreprises commercialisant en France des préparations phytopharmaceutiques à base de glyphosate, à savoir Nufarm SAS, Syngenta France SAS, Dow AgroSciences SAS, Adama France SAS, Monsanto SAS, Arysta Lifesciences SAS, FMC France (Cheminova Agro France) et Albaugh. D’autres entreprises, dont plusieurs membres du GTF, commercialisent par ailleurs en France des préparations phytopharmaceutiques à base de glyphosate.

 

Une réflexion sur “Le Roundup® (glyphosate) est-il cancérogène ? Rebondissement sur le Vieux Continent

  1. Il est évidemment nécessaire d’être prudent et mesuré. Je suis néanmoins dubitatif face à cette campagne qui me semble être plus dirigée contre le fabricant principal – Monsanto – que contre le produit lui-même.
    Une des sources principales des troubles générés par de tels produits (pas uniquement le glyphosate) c’est le surdosage et le non respect des obligations de protection lors de la mise en oeuvre du produit.
    Le glyphosate est utile et peu rémanent par rapport à d’autres herbicides. Le principe de fonctionnement du glyphosate est permettre une dégénérescence de la plante par inhibition de la biosynthèse. Il ne faut donc pas utiliser le glyphosate sur des végétaux qui n’y sont pas ou peu sensibles (le surdosage était dans ce cas totalement inutile).
    Personnellement, je suis totalement opposé à la manipulation génétique des semences pour rendre les plants résistant au glyphosate.
    En revanche, une interdiction totale risque de provoquer l’utilisation de produits plus nuisibles pour l’environnement.
    Entre un classement « potentiellement cancérogène » du glyphosate et l’inconséquence des pouvoirs publics face au tabac, je pense qu’une mise en perspective chiffrée est plus que nécessaire.

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