Anorexie et génétique : peut-on vraiment parler, sans danger, du « plaisir de maigrir » ?

 

Bonjour

Ainsi donc c’était aussi simple que cela : il suffisait d’inverser la charge de la preuve. Des décennies à plancher sur l’anorexie pour en arriver à cette conclusion confondante : les malades n’ont pas peur de perdre du poids  mais prennent du plaisir à en perdre. Telle est bien, noir sur blanc, la conclusion livrée par un communiqué de l’Inserm annoncé depuis quelques jours déjà : « L’anorexie : plaisir de maigrir plutôt que peur de grossir ». Un communiqué qui renvoie à une publication de Translational Psychiatry que l’on peut lire intégralement ici :  Higher reward value of starvation imagery in anorexia nervosa and association with the Val66Met BDNF polymorphism”.

Ce travail a été dirigé par le Pr Philip Gorwood chef de service de la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale Hôpital Sainte-Anne, 100 rue de la Santé). Il réunit des chercheurs de l’Inserm (unité 894) et du département de psychiatrie et de psychothérapie de l’Université allemande d’Ulm. Comment traduire au mieux un travail que l’on perçoit complexe et des conclusions que l’on pressent polémique ?

D’abord rappeler le sujet étudié (en rappelant qu’il n’existe pas de traitement médicamenteux) :

« Très souvent associée à une souffrance psychologique majeure, l’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire qui affecte majoritairement les jeunes filles. Le diagnostic repose sur trois critères internationaux : la présence d’une restriction alimentaire menant à la perte de poids, une perception déformée du poids et du corps et une peur intense de grossir. »

Puis écouter le Pr Gordwood :  

« Lorsque la recherche piétine, il est important de remettre en question les critères qui sont à la base même du trouble. Nous avons donc ré-évalué le dernier critère, pourtant bien présent dans le discours des patientes, en faisant l’hypothèse qu’il s’agirait d’un reflet en miroir de ce qui est réellement impliqué, c’est-à-dire un effet récompense de la perte de poids. Nous avons établi le postulat que les patientes ressentaient le plaisir de maigrir plutôt que la peur de grossir.»

S’intéresser à la méthode utilisée :

Pour ne pas être influencé par le discours et l’analyse des patient(e)s quant à leurs difficultés et souffrances alimentaires, les chercheurs ont utilisé un test de « conductance cutanée » qui mesure le taux de sudation de la peau du sujet exposé à diverses images. L’émotion provoquée par certaines « images » entraîne en effet une augmentation de la transpiration, augmentation à la fois « rapide et automatique ».

En pratique les chercheurs ont montré des « images » de personnes de « poids normal » ou en « surpoids » à soixante-et-onze patientes adultes volontaires suivies à la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale du Centre hospitalier Sainte-Anne. Chez ces patientes, de poids variés et présentant divers degrés de sévérité de la maladie, la vision de ces images provoquait à peu près la même réaction que celle des sujets sains. A l’inverse, face à des images corporelles de maigreur, les patientes présentaient des émotions évaluées comme positives tandis que les sujets sains (vingt femmes) n’avaient pas de réaction particulière.

Rappeler le contexte générique et y insérer les résultats obtenus :

« L’anorexie est un trouble qui a une forte héritabilité (70%). Un des gènes les plus souvent associés à l’anorexie mentale code pour le BDNF [brain-derived neurotrophic factor] un facteur impliqué dans la survie des neurones et la neuroplasticité. Dans le cas des patientes souffrant d’anorexie mentale, l’étude indique que l’augmentation de transpiration face aux « images » de maigreur corporelle s’explique par la présence d’une forme (allèle) spécifique du gène en question. Ce résultat a été confirmé après examen des variables potentiellement confondantes telles que le poids, le type d’anorexie, ou encore l’ancienneté du trouble. »

 Tirer les conclusions :

« Ces résultats renforcent l’approche génétique comme manière d’aborder différemment les symptômes clés de l’anorexie mentale ; orientent les travaux de recherche sur les circuits de récompense plutôt que d’évitement phobique, suggèrent que certaines approches thérapeutiques pourraient avoir un bénéfice net sur cette pathologie, telles que la remédiation cognitive et la thérapie en pleine conscience. »

Quelle lecture feront de tout cela celles et ceux qui, directement ou pas souffrent de ce trouble ? Qu’en diront les spécialistes de la psyché et de la thermodynamique de l’inconscient ?  Ne risque-t-on pas de bien mal se faire comprendre en évoquant le « plaisir » que prendraient des malades à maigrir – maigrir au point, parfois, d’en mourir ?

A demain

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