Combien y a-t-il, en France, de prescripteurs d’antidépresseurs avant l’âge de 18 ans ?

Bonjour

Quand ils ne sont pas dangereux la plupart des médicaments antidépresseurs sont inefficaces chez les enfants et les adolescents souffrant de dépression majeure. C’est, résumée, la bien dérangeante conclusion d’une vaste étude publiée jeudi 9 juin sur le site de The Lancet : “Comparative efficacy and tolerability of antidepressants for major depressive disorder in children and adolescents: a network meta-analysis”.

Un travail d’ampleur internationale financé par la Chine 1. Un travail qui doit être replacé dans son contexte ; la proportion des enfants et des adolescents (de 0 à 19 ans) concernés augmente. Elle est passée de 1,3 à 1,6 % de 2005 à 2012 aux Etats-Unis et de 0,7 à 1,1% au Royaume-Uni – résultats d’un travail mené en plus de ces deux pays, à partir des données nationales du Danemark, d’Allemagne et des Pays-Bas (rien sur la France) : “Trends and patterns of antidepressant use in children and adolescents from five western countries, 2005–2012”.

Comportements agressifs

Selon d’autres estimations 2,8% des enfants de 6 à 12 ans et 5,6% des adolescents souffriraient de troubles dépressifs majeurs dans les pays développés, un chiffre qui pourrait être sous-estimé compte tenu de la difficulté à diagnostiquer la pathologie. A fortiori si l’on qualifie de symptômes dépressifs l’irritabilité, le refus scolaire ou les comportements agressifs.

Le travail publié dans The Lancet a analysé trente-quatre essais portant sur 5260  enfants et adolescents âgés de 9 à 18 ans et quatorze médicaments antidépresseurs. Un seul de ces médicaments, la fluoxétine (Prozac®  et très nombreux génériques) semble plus efficace qu’un placebo face aux symptômes d’une dépression. Il est  également mieux toléré que les autres antidépresseurs.

Le nortriptyline a pour sa part été jugé le moins efficace des quatorze antidépresseurs étudiés et l’imipramine (Tofranil ®)  le moins bien toléré. La venlafaxine est de son côté associée à un risque accru de pensées suicidaires. Les auteurs soulignent toutefois que la véritable efficacité et les véritables risques d’effets indésirables graves de ces médicaments restent dans l’ensemble mal connus en raison de la faiblesse des essais cliniques existants. Ce qui conduit à s’interroger sur les conditions préalables à leur commercialisation autant que sur la qualité des systèmes de pharmacovigilance.

Suicidaires

Prenons le cas des pensées ou comportements suicidaires. Dans un commentaire joint à l’étude Jon Jureidini (Critical and Ethical Mental Health research group, Robinson Research Institute, University of Adelaide, Australie) relève qu’avec la paroxétine (Deroxat ®. et nombreux génériques)  ils atteignent 10% dans une nouvelle analyse des données contre 3% dans les essais déjà publiés.

Au-delà des idées suicidaires la consommation d’anti-dépresseurs peut également être associée des maux de tête, des nausées, des insomnies. Leurs prescriptions continueraient d’augmenter, alors même que dans la plupart des pays occidentaux les recommandations officielles précisent qu’ils doivent être impérativement réservés aux dépressions les plus graves et après échec des psychothérapies.

Consensus verbal

« Les antidépresseurs ne semblent pas offrir un bénéfice évident chez les enfants et les adolescents, concluent les auteurs de l’étude. La fluoxétine est probablement la meilleure option quand le traitement médicamenteux est indiqué. » Le premier traitement des dépressions chez l’enfant ou l’adolescent doit rester « l’approche psychologique ou relationnelle qui est plus efficace sur le long terme » a indiqué à l’AFP le Pr Daniel Marcelli, vice-président de la Société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, qui a participé à l’élaboration des recommandations françaises.

 « Il est admis depuis une dizaine d’années que les traitements médicamenteux n’ont que peu d’effets sur les dépressions de l’enfant et l’adolescent » a expliqué au Monde le Pr David Cohen, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à la Pitié Salpêtrière.  Il y a consensus pour dire que la psychothérapie reste le traitement de première intention, mais tout laisse penser que ce consensus n’est pas, en pratique, respecté. On aimerait savoir pourquoi.

Files psychothérapiques

« Les antidépresseurs sont-ils des outils de première ligne ? La  réponse est non, répond, dans Le Monde,  le Pr Bruno Falissard (Inserm, Maison de Solenn, Paris), le traitement de premier recours devrait être la psychothérapie. Mais les psychothérapies ne sont généralement pas remboursées hors de l’hôpital, les délais d’attente sont souvent de plusieurs mois dans les centres médico-psychologiques. »

On comprend mieux, dès lors, les prescriptions et les prescripteurs. On comprend moins, en revanche ces délais d’attente et ce refus de prendre en charge, hors de l’hôpital, des prises en charge où la parole, l’écoute et le regard font le plus souvent, et sans angélisme, infiniment mieux que les molécules. Où sont les responsables de cette faille majeure ? Comment progresser, comment soigner sans Prozac® ?

A demain

1 Un seul Français parmi les très nombreux signataires : le Pr David Cohen (Department of Child and Adolescent Psychiatry, Hôpital Pitié–Salpêtrière, Institut des Systèmes Intelligents et Robotiques, Université Pierre et Marie Curie, Paris). Un travail dirigé par le Dr Andrea Cipriani (Department of Psychiatry, University of Oxford, Warneford Hospital Oxford, UK) et le Pr Peng Xie (Department of Neurology and Psychiatry, The First Affiliated Hospital of Chongqing Medical University, Yuzhong District, Chongqing, China).

 

 

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