Morts dues à la maladie alcoolique : l’Etat français pourrait bientôt être jugé « complice »

Bonjour

C’est un scoop et il émane d’Europe 1. La Cour des comptes devrait, dans quarante-huit heures, rendre public l’un de ces rapports dont elle a le secret – un rapport « accablant » qui pourrait modifier bien des éléments dans la paysage juridique  de la maladie alcoolique : « Morts liées à l’alcool : la Cour des comptes pointe la « complaisance » de l’Etat ». Ce rapport a ensuite été diffusé via le site de la Cour, il est disponible ici: « Les politiques de lutte contre les consommations nocives d’alcool » 1.

Norme de tolérance

Selon Europe 1 les sages parisiens du n°13 rue Cambon (à deux pas du Harry’s Bar et de Lavinia-Madeleine) y accusent l’État français de « complicité » dans la mort prématurée, chaque année, de 49 000 personnes. Le rapport dénonce la « norme » établie, devenue « officielle », d’une consommation « d’alcool tolérée ». Sur le site Alcool Info Service par exemple, une consommation dite « à risque » est définie de la manière suivante : « trois verres standards par jour pour les hommes et deux verres standards par jour pour les femmes »:

« Il n’est pas possible d’établir une frontière nette entre, d’un côté, une consommation d’alcool qui serait sans risque pour la santé et de l’autre, une consommation dangereuse ou excessive. Ce qui est certain, c’est que les risques de dommages liés à la consommation d’alcool, qu’ils soient au cours de la vie ou au cours d’une occasion particulière, augmentent avec les niveaux d’alcool consommés. C’est pourquoi la recommandation de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en matière de consommation d’alcool est la suivante : Moins, c’est mieux. »

A partir d’un verre par jour

Or, si l’on en croit les sages de la Cour des comptes, de nombreux cancers seraient favorisés dès le premier verre standard quotidien. De ce point de vue le célèbre avertissement accompagnant toutes les publicités alcooliques « (« A consommer avec modération ») n’aurait aucun fondement, ni sanitaire ni juridique.  Pire : il pourrait avoir une dimension de perversité en ouvrant la voie à des consommations qui, chez certains deviennent véritablement pathologiques.

C’est là un sujet parfois évoqués dans certains cénacles spécialisés – notamment par le Pr Gérard Dubois. Force est de constater qu’il n’a jamais fait l’objet d’investigations de la part des journalistes versés dans cette discipline.

Recherche financée par les alcooliers

Autre accusation de « complaisance » visant l’État : la Cour des comptes regrette le faible investissement financier dans la recherche médicale sur les effets de l’alcool. Il est acquis que le budget de recherche américain est dix fois supérieur à celui de la France. On aimerait connaître ici la réponse que ne manquera pas d’apporter à la Cour le Pr Yves Lévy, président directeur général de l’Inserm et le Pr Agnès Buzyn, qui a dirigé l’Institut national du cancer ces cinq dernières années. Quand elle existe cette recherche est, pour l’essentiel, assurée en France par les alcooliers industriels.

Confronté aux difficultés que l’on sait le gouvernement de Manuel Valls lira-t-il le rapport de la Cour ? Profitant de l’Euro 2016 les lobbies de la grande distribution, des bières et des spiritueux affûtent déjà leurs couteaux publicitaires. Pour autant les observations de la Cour  pourraient à court ou moyen terme amener des victimes de la maladie alcoolique  à l’attaquer en justice. Après être parti en croisade contre la consommation de tabac, l’État français est maintenant invité par la Cour des comptes à commencer un nouveau combat. On sait ce qu’il en est de la première croisade (toujours en retard sur la ligne de départ). On attendra de voir ce qu’il en sera de la seconde.

A demain

1 Résumé politiquement correct : « La Cour des comptes a conduit une évaluation des politiques de lutte contre les consommations nocives d’alcool visant à analyser les évolutions de la consommation et l’état des connaissances scientifiques sur les comportements à risque, et à apprécier l’efficacité des principaux leviers d’action publique et les limites des politiques conduites. Aux termes de son enquête, la Cour appelle à une prise de conscience collective et propose un cadre d’action au service d’objectifs mieux affirmés. »

3 réflexions sur “Morts dues à la maladie alcoolique : l’Etat français pourrait bientôt être jugé « complice »

  1. Bonjour Je crois qu’il faudrait se pencher sur le contrat passé par Carlsberg, l’UEFA et l’état français . Comment la loi Evin a t elle été appliquée dans les « Fan Zones » et les stades ou la bière coule à flot
    Merci

  2. Pour prendre la mesure de l’ineptie de ce chiffre de « à partir de trois verres par jour », en dose standard cela donne une bouteille de vodka par semaine pour un homme adulte, en moyenne…..plus de 50 bouteilles de vodka dans l’année, ou si on préfère compter en cannette de bière, il faut deux gros pack de 52 bouteilles pour tenir le mois à ce rythme, plus de 1000 bières par an, vu comme ça il devient quelque peu évident que ça peut poser assez vite des problèmes pour les personnes qui utilisent cette limite comme « un seuil en deça duquel tout irait bien »…..

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