Coup de théâtre dans l’affaire de Rennes : le mort avait une «pathologie endocrânienne occulte»

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Cinq mois après les faits. Le parquet de Paris vient d’annoncer l’ouverture d’une information judiciaire contre X pour « homicide involontaire » et « blessures involontaires » sur les circonstances dans lesquelles un volontaire rémunéré pour un essai clinique conduit, à Rennes, par la société BIOTRIAL est décédé. L’information vise aussi les conditions dans lesquelles cinq autres volontaires ont été victimes d’effets secondaires cérébraux graves nécessitant leur hospitalisation en urgence au CHU Pontchaillou de Rennes.

Soyons pédagogiques, comme sait parfois l’être François Molins, procureur de Paris. L’information judiciaire des juges d’instruction devra « déterminer si des fautes de nature pénale ont contribué de manière certaine aux décès et blessures des victimes ou si les faits s’inscrivent dans le cadre d’un aléa scientifique ». Vaste sujet. Le droit éclairant les aléas de la science. Ou plus précisément des juges d’instruction tentant de faire la part entre l’éthique et les essais au service de l’industrie pharmaceutique.

« Bien avant l’essai »

Techniquement cette information judiciaire fait suite à une enquête préliminaire ouverte le 15 janvier par le pôle de santé publique de Paris. Au terme des investigations réalisées dans ce cadre, il apparaît notamment que « la victime décédée était porteuse, bien avant sa participation à l’essai, d’une pathologie vasculaire endocrânienne occulte, susceptible d’expliquer l’issue fatale la concernant », a révélé le procureur de Paris. Etonnante révélation qui semble d’ores et déjà orienter la suite des événements. Une pathologie endocrânienne occulte ? Une pathologie occulte susceptible d’expliquer sinon de justifient la mort ? Mais encore ? Laquelle ? Un anévrysme ? Depuis quand ? Pourquoi n’a-t-elle pas été diagnostiquée avant l’essai clinique ? Les cinq autres victimes souffraient-elles du même mal ? 1

François Molins n’est décidemment pas avare de précisions. « Le produit administré aux volontaires sains n’était pas adultéré (absence de toute autre substance) » et « les essais effectués sur les animaux, soumis à des doses très fortes sur de longues périodes, ne semblaient pas pouvoir, en l’état des investigations, laisser présager les effets indésirables tels qu’apparus chez l’être humain, exposé à des doses bien moindres et sur une durée réduite », souligne également le procureur.  « À ce stade des investigations, la molécule-test apparaît en cause, mais le mécanisme physiopathologique déclenché demeure encore inconnu à ce jour », affirme-t-il encore.

Impression désagréable

En écho fidèle, presque complémentaire, à la voix du défenseur de la société, François Peaucelle, directeur de BIOTRIAL. Il a fait part de sa « sérénité » et s’est dit prêt à « collaborer totalement » à l’enquête. « On a collaboré à toutes les enquêtes depuis le début. Bien évidemment, nous allons continuer », a-t-il assuré. Selon lui, l’ouverture de l’enquête judiciaire est « une procédure normale, nous sommes sereins face à ça ». « C’est un accident qui mérite une véritable enquête judiciaire », a poursuivi François Peaucelle, tout en se disant « pas sûr qu’il y ait matière à trouver une quelconque faute pénale » dans le dossier. Là encore une désagréable impression d’affaire déjà bouclée.Ou presque.

À propos de la pathologie vasculaire endocrânienne occulte dont souffrait la personne décédée, François Peaucelle a souligné son caractère « occulte ». Il explique que ni Biotrial ni le « patient » lui-même n’étaient au courant de cet antécédent médical avant sa participation à l’essai. Ce serait un point qui mériterait quelques éclairages.

Lumière sur l’occulte

Dans son rapport final, remis quatre mois après l’accident mortel, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) avait reproché plusieurs manquements à Biotrial. Ces manquements portaient sur l’absence de recherche d’information en temps réel sur l’évolution de l’état de santé du premier volontaire et le fait de ne pas en avoir averti les autres volontaires dès l’hospitalisation de la victime, se passant ainsi de leur consentement éclairé pour accepter la dernière administration de la molécule testée pour la première fois chez l’humain. L’IGAS avait estimé par ailleurs que la firme portugaise BIAL promoteur de l’essai clinique mortel, avait également tardé à informer les autorités sanitaires françaises. Le rôle ambigu de l’ANSM dans cette affaire a d’autre part fait l’objet de controverses.

C’est désormais à la justice de faire toute la lumière sur la mystérieuse « pathologie endocrânienne occulte ».

A demain

1 Le Figaro (Anne Jouan) écrit: « Le parquet rapporte que Guillaume Molinet était porteur, «bien avant sa participation à l’essai, d’une pathologie vasculaire endocrânienne occulte, susceptible d’expliquer l’issue fatale le concernant, à la différence des autres volontaires de la cohorte». Selon nos informations, il s’agirait en réalité d’une angiopathie amyloïde, caractérisée par la présence de dépôts dans les vaisseaux cérébraux. Or, selon le Pr Alain Privat, qui a vu toutes les images de Guillaume Molinet, cette pathologie «ne peut être invoquée pour expliquer la gravité des lésions et l’issue fatale» du 17 janvier dernier.»

 

 

 

 

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