IVG : quand les obstétriciens cherchent des noises à Marisol Touraine et aux sages-femmes

Bonjour

C’est le dernier (et petit) épisode d’une bien vieille histoire : celle des affrontements entre les sages-femmes et les obstétriciens. Affrontements pour le pouvoir et la préséance ; affrontements techniques et symboliques ; affrontements pour, officiellement, sauver au mieux la mère et l’enfant.

Slate.fr rapporte de quelle manière les femmes accouchaient avant l’apogée de l’obstétrique : « Voilà comment on accouchait autrefois ». Quant à la formidable série The Knick elle expose comment, à New-York en 1900, on tentait de résoudre, chirurgicalement, le drame du placenta praevia.

On connaît une partie de la suite : la médicalisation, puis la surmédicalisation de l’accouchement, le cantonnement infantilisant des sages-femmes, le féminisme, la dépénalisation de l’IVG, les méthodes « naturelles », le retour de l’accouchement à domicile, jusqu’au déclin de Pithiviers.

Travail et pathologie

Aujourd’hui c’est un (triste) communiqué de presse. Il émane du Syndicat national des gynécologues-obstétriciens français (Syngof) et de son président le Dr Bertrand de Rochambeau (Hôpital privé de Marne-Chantereine). Résumons l’affaire.  Un décret « élargissant le champ d’action des sages-femmes » vient d’être publié. Il prévoit notamment que ces dernières pourront prescrire un arrêt de travail (de quatre jours maximum) à la suite d’une IVG médicamenteuse – arrêt de travail renouvelable une fois.

Mais le Syngof fait remarquer que tout « arrêt de travail » relève d’une « situation pathologique » et que toute « situation pathologique » relève d’une « prise en charge médicale par un médecin ». Le Syngof souligne d’autre part que les interruptions médicamenteuses de grossesse ne sont pas sans risque de morbidité, « voire de mortalité ». Il ajoute qu’en cas de cas de complication « l’intervention d’un médecin est obligatoire ».

Confiance et malveillance

En conséquence, le Syngof estime que Marisol Touraine ministre des Affaires sociales et de la Santé « ne mesure pas bien le risque qu’elle fait encourir à la population » et ce « en voulant masquer la carence organisée des gynécologues ». Le Syngof le dit aussi autrement :

« Ce décret rendant possible la prescription d’un arrêt de travail, renouvelable une fois, apparaît comme les prémices d’une médecine pleinement exercée par une profession qui ne l’a jamais apprise, avec les risques que cela comporte pour les patientes. »

Et encore sous cette forme :

« Le Syngof  s’insurge contre la discrimination faite aux femmes majeures  qui s’adressent à leur médecin de ville pour faire pratiquer une interruption de grossesse puisqu’elles n’ont pas le droit à l’anonymat  alors que ce droit est garanti pour toutes les femmes mineures et pour les femmes majeures qui s’adressent aux centres  hospitaliers. Le Syngof y voit une intention malveillante de la part du ministère des Affaires sociales et de la Santé à l’égard de la médecine de proximité. »

Malveillance ? A qui peut-on faire confiance ?

A demain

6 réflexions sur “IVG : quand les obstétriciens cherchent des noises à Marisol Touraine et aux sages-femmes

  1. Les sages-femmes sont déjà en droit de prescrire des arrêts de travail dans le cadre du suivi de grossesse.
    Ils ont vraiment peur pour leur casse-croûte au SYNGOF.

  2. Cher Jean-Yves’,
    À combien d’actes d’orthogénie avez-vous participé, …de 5 à 30 semaines…disons …
    Et combien de reprises d’échec d’IVG ?
    Ceci pour que nous parlions le même langage…issu de notre expérience….qui, pour moi personnellement, a débuté en 1978….
    Confraternellement.

  3. Croit-on les sages-femmes tellement imbéciles qu’elles ne se tourneraient pas vers un « vrai médecin » lors de complications ? L’orgueil n’est pas démesuré chez tous les professionnels de santé, il en est encore qui sont capables de dire quand ils ne sont pas compétents et d’agir intelligemment en conséquence.

    • Pas question de croire ou pas…
      Mais ce que j’ai assimilé assez pour en faire bénéficier les patientes en matière d’efficacité et de sécurité…je l’ai appris progressivement, d’une façon collégiale, en securite, au sein de structures assurant les préparation, les pratiques, les surveillances…
      Chaque progrès pourrait avoir un prénom !!
      Les problèmes ne se sont pas tous manifestés en milieu de matinée et de semaine ….
      Ils n’ont cependant pas tous été pris en urgence…
      Ils n’ont pas tous été faciles à diagnostiquer…( et pourtant sur des patientes connues…)
      Et…il n’y avait personne d’autre à qui le transmettre…. »confraternellement »….bien sûr !
      Et là : une capacité intuitive…science infusée….
      Et d’Autres…..en deuxième intention…, au cas où, soldats godillots….qui n’avaient qu’à ne pas signer !!

      Pour conclure….?
      Le problème de l’Orthogenie ne s’est pas simplifié en 40 ans…malgré beaucoup de bonnes volontés: nous étions pourtant tous volontaires …et acceptant la « sale besogne « ….
      Les pionniers disparaissent….
      les suivants s’épuisent …si tant est qu’il y en ait…

      Et cette délégation n’est qu’un semblant de solution, sur le fond…et la forme :
      bâclée, dans un esprit simpliste, d’optimisme béât et de sous tendus peu éthiques…émanant d’évidence de gens n’ayant pas « pratiqué » !

      Le vrai problème de l’inadéquation des besoins et des moyens adaptés….est évacué ….

      Cela n’a pas été facile pour nous, qui passions de décrets en décrets, de plus en plus contraignants et ignorant la réalité du problème: on ne s’améliore pas dans la psychologie au Ministère !!

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