Peut-on avorter sans jamais arrêter de travailler ? Un décret suscite une nouvelle polémique

 

Bonjour

Le temps passe, les passions durent, la violence reste. Relevé sur Slate.fr : « Une IVG médicamenteuse sans arrêt de travail: le mépris des gynécos français ». Le mépris, vraiment ? Les gynécos français ? De qui, de quoi parle-t-on ici ? Tout d’abord  d’un décret qui, depuis quelques jours permet aux sages-femmes de réaliser des interruptions IVG médicamenteuses : « Grâce à Marisol Touraine, les sages-femmes pourront réaliser certaines IVG et vacciner ».

Corporatisme

Cette décision, voulue et annoncée par la ministre de la Santé a aussitôt suscité l’ire du Syndicat nationale des gynécologues-obstétriciens français : « IVG quand les obstétriciens cherchent des noises à Marisol Touraine et aux sages-femmes ». Une réaction corporatiste d’un autre âge prenant la forme d’un communiqué de presse  signé du président su Syngof, le Dr Bertrand de Rochambeau (Hôpital privé de Marne-Chantereine). Une résurgence, aussi, des antiques conflits entre la corporation des obstétriciens et celle des sages-femmes :

« Ce décret rend possible la prescription d’un arrêt de travail, renouvelable une fois, apparaît comme les prémices d’une médecine pleinement exercée par une profession qui ne l’a jamais apprise, avec les risques que cela comporte pour les patientes. »

Le tout associé à quelques solides vérités :

« Le Syngof fait remarquer que tout arrêt de travail relève d’une situation pathologique et que toute situation pathologique relève d’une prise en charge médicale par un médecin. Le Syngof souligne que les interruptions médicamenteuses de grossesse ne sont pas sans risque de morbidité, voire de mortalité, et qu’en cas de complication l’intervention d’un médecin est obligatoire. »

Femme égale de l’homme

C’est dans ce contexte de tensions assez vives que l’on peut lire ce texte, signé du Dr Elisabeth Paganelli, texte  posté sur la page Facebook du Syngof:

« Pour avoir pratiqué en ville l’IVG médicamenteuse depuis des années dans mon cabinet, après l’IVG chirurgicale au CHU de Tours, je n’ai jamais prescrit 4 à 8 jours d’arrêt de travail pour une IVG médicale… Soit il y a une complication et la patiente a dû être vue aux urgences gynécologiques pour hémorragie – et l’arrêt de travail est prescrit pour complications. Soit tout se passe bien et on propose à la patiente de choisir le jour de l’expulsion un jour férié avec un adulte (si possible le compagnon ou une amie) ou de poser un jour de congé (cela lui évite de donner un arrêt de travail à son employeur et de craindre de devoir s’expliquer avec ses collègues).

« Cela est le vrai contexte de l’IVG de ville qui permet aux femmes de poursuivre au mieux leurs activités sans arrêt de travail et leur permet au mieux l’anonymat de l’acte.  S’il y a nécessité de 4 jours d’arrêt de travail ce n’est pas une IVG médicamenteuse normale.

« Il faut justement travailler tous ensemble : médecins traitant, sage femme, gynécologues de ville et hôpital Si on considère que la femme est l’égale de l’homme au sein du travail et qu’elle puisse enfin être payée comme l’homme et avec égalité, il faut que les professionnels de santé évitent les arrêts de travail injustifiés à leurs patientes. »

« Félicitations »

Ces mots ont suscité de nombreux et vifs commentaires sur les réseaux sociaux. Slate.fr a notamment repris celui de Martin Winckler-Marx Zaffran en réponse à sa consœur Elisabeth Paganelli:

«Ce que vous écrivez ici montre que beaucoup de gynécologues français.e.s n’ont pas pour mission de soigner ou d’assister les femmes, mais d’appliquer des valeurs et des normes qui n’ont rien à voir avec la vie et les besoins des citoyen.ne.s. Un arrêt de travail ne peut pas être décidé a priori. C’est la femme qui sait en quoi une IVG perturbe ou non sa vie, et c’est à elle de dire ce qui rendra les choses confortables.

 « Ce qu’on accorde aux hommes qui ont un lumbago ou une colique néphrétique (de dire s’ils se sentent capables ou non de retourner au boulot), les femmes y ont droit elles aussi. Et ce n’est pas aux médecins de définir a priori ce qu’un AT pour IVG doit être. Sauf s’ils se considèrent d’abord comme des flics ou des juges, et non comme des soignants. Votre position sur le sujet n’est pas seulement dénuée d’empathie, elle est aussi profondément réactionnaire. Félicitations.»

Mercredi 22 juin,  Marisol Touraine tiendra une conférence de presse. La ministre y annoncera le  « lancement de la campagne nationale d’information sur le rôle et les missions des sages-femmes ». Quelques questions pourront être posées.

A demain

1 « Décret n° 2016-743 du 2 juin 2016 relatif aux compétences des sages-femmes en matière d’interruption volontaire de grossesse par voie médicamenteuse et en matière de vaccination »

 

 

 

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