Le Foll, Royal et morts d’abeilles : grande foire agricole aux maladies professionnelles

 

Bonjour

Fin juin 2016. Grande foire agricole aux politiques et aux insecticides.  C’est tout d’abord le ballet incompréhensible des pesticides anti-abeilles interdits, puis autorisés avant de ne plus l’être jusqu’en 2018. Plus personne ne comprend plus et plus personne n’écoute Ségolène Royal.

C’est ensuite Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Porte-parole du Gouvernement. Dans un communiqué de presse il vient de faire savoir qu’il « apportera son soutien » à la proposition de Nicole Bonnefoy. Mme Bonnefoy est sénatrice socialiste du département de la Charente. Elle propose de créer un fonds d’indemnisation pour les victimes de l’exposition aux produits phytosanitaires.

Happyculteurs

Jusqu’ici rien d’étonnant. Cette proposition suppose toutefois que le lien entre une exposition aux produits phytosanitaires et une pathologie conduisant au statut de victime soit établi. Or Que nous dit M. Le Foll ? Que cette proposition est « fidèle à leur engagement constant, depuis 2012, pour limiter les risques sanitaires associés à l’utilisation de ces produits ». Il ajoute ceci :

« La création d’un tel fonds avait été appelée de ses vœux par l’association Phyto’victimes, notamment afin d’améliorer la prise en compte de maladies professionnelles liées à l’exposition aux produits phytosanitaires.

 « Ce fonds, dont il est envisagé que le financement soit assuré par une contribution des industriels détenteurs d’autorisations de mise sur le marché de produits phytosanitaires, devrait permettre de faire progresser la prise en charge des utilisateurs de produits phytosanitaires, à titre professionnel ou amateur,  victimes d’un dommage directement lié à l’exposition à ces produits, et en particulier d’améliorer les procédures de reconnaissance de maladies professionnelles. »

Souvenir d’amiante

En d’autres termes les responsables politiques ont conscience d’un danger pour la santé (individuelle et publique) des produits phytosanitaires. Ils laissent ces produits sur le marché, se disent favorables à la reconnaissance officielle des maladies provoquées, favorables aussi à la création d’un fonds d’indemnisation des victimes, fonds financé par ceux qui font des bénéfices en fabriquant et commercialisant les produits pathogènes. On songe à l’amiante. Il y a là une faille dans la logique gouvernementale. Qui la découvrira ? Qui la dénoncera ?

Pour l’heure le citoyen peut être rassuré à moindre frais. « La protection des agriculteurs et de leurs salariés susceptibles d’être exposés à des produits phytosanitaires dangereux, est une préoccupation majeure de Stéphane Le Foll,  nous fait savoir son ministère. Cette préoccupation va de pair avec la limitation du recours à de tels produits, encouragée au travers du Plan Ecophyto 2 et du projet agro-écologique pour la France. »

Rapport pré-enterré

« Vers un nouveau scandale des pesticides ? » s’interroge Le Monde (Martine Valo). Le vieux quotidien vespéral a pu consulter le volume central  d’un rapport intitulé « Expositions professionnelles aux pesticides en agriculture ». C’est un document daté de 2011 émanant de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Cette dernière « avait pris l’initiative de se pencher sur ceux qui sont en première ligne face à ces substances : les agriculteurs ». Et Le Monde de sous-entendre que ce rapport pourrait bien être enterré avant même de voir le jour.

« Après une présentation au ministère de l’agriculture en avril, une réunion de restitution était annoncée le mercredi 22  juin. Elle a été ajournée in extremis, provoquant la colère des associations environnementalistes. Le rapport (…) explore les pratiques des agriculteurs, la façon dont ils se protègent ou pas des effets des pesticides, les conseils de prévention et les informations sur la toxicité qui leur sont dispensés. L’idée des experts – praticiens hospitaliers, vétérinaires, agronomes, toxicologues, sociologues, ergonomes… – était d’esquisser des pistes de réduction des risques.

« L’état des lieux en dit long sur le fonctionnement de la ferme France, un système incapable de freiner l’emballement du recours aux pesticides, dont la consommation s’est élevée à au moins 60 000  tonnes en  2014, 9 % de plus qu’en  2013, comme l’année précédente. Or les alertes se multiplient sur les liens possibles avec les hémopathies malignes, cancers de la prostate, de la peau, tumeurs cérébrales, maladies de Parkinson et d’Alzheimer, troubles de la reproduction et du développement… »

Alain Bashung

Le rapport dénonce une absence de transparence génératrice d’une « invisibilité des problèmes », d’un « relatif silence » sur les maladies professionnelles. On parle encore des « obstacles quasi insurmontables que rencontrent les malades à faire reconnaître leurs pathologies chroniques ».  Entre 2002 et 2010, la Mutualité Sociale Agricole (MSA) a admis 47  cas de maladies professionnelles de ce type en tout et pour tout. Sur 607  dossiers reçus en trois ans, seuls  101 concernaient une pathologie chronique. La MSA en a classé 54  sans suite.

« S’il s’avère difficile de protéger les cultivateurs et les éleveurs des effets des pesticides, le plus simple ne serait-il pas d’en utiliser moins ? » demande Le Monde.  C’est à Stéphane Le Foll qu’il faudrait poser la question. Et à Nicole Bonnefoy. On leur demandera aussi, à cette occasion, s’ils perçoivent une faille, béante, dans leur raisonnement.

Dans l’attente, d’heure en heure, Alain Baschung et sa mort de l’apiculteur.

A demain

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s